M. DE BASTARD RAPPORTEUR
retirer quelque temps avant le 25 juillet. Je lui demandai s'il voulait que ce dire fût consigné dans le procès-verbal que dressait M. Cauchy. Il le désirait, mais souhaitait que cela fût amené par quelque question qui ne lui donnât pas l'apparence d'avoir pris l'initiative; je me prêtai à son désir, (c Comment, lui dis-je, alors que vous croyiez qu'une « abdication si complète des pouvoirs ministériels résultait « de la mise en état de siège de la ville de Paris, la pensée « ne vous est-elle pas venue de vous retirer des affaires et « de donner votre démission? » Voici sa réponse : a Le « désir de me retirer des affaires, non seulement je l'ai eu, « mais je l'ai exprimé plusieurs fois au Roi, dans le cours « de mon ministère. Quinze jours même avant la signature « des ordonnances, j'en réitérai l'expression à Sa Majesté, « en la priant au moins de nommer un autre président du « conseil, si le Roi jugeait convenable que je restasse au a ministère pour le bien de son service. »
Les interrogatoires nous avaient conduits aux derniers jours de novembre; il fallait les résumer dans un rapport qui mît la Chambre au courant des faits sur lesquels reposait l'accusation et lui permît de statuer sur la compétence, sur l'arrêt à intervenir, sur la translation des accusés dans une prison plus voisine de la cour, et enfin sur l'ouverture des débats. Je confiai h M. de Bastard cette œuvre très délicate. Personne ne songeait à hâter son travail; le gouvernement désirait que les débats ne s'ouvrissent qu'après la première quinzaine de janvier.
Bien que Témeute du 5 octobre eût été comprimée, le parti avancé avait réussi à intimider le gouvernement. Des changements dans le ministère avaient eu lieu qui étaient de nature à lui donner satisfaction. Le 2 novembre, quatre ministres ayant portefeuille donnaient leur démission. Deux autres ministres sans portefeuille les suivaient. M. Mole était remplacé au ministère des affaires étrangères par le maréchal Maison, M. Guizotà l'intérieur par M. de
Monlalivet; le duc de Broglie à rinsiruction publique par M. Mérilhou, ami intime de MM. Dupont de TEure et Laffitte. Il n'entre pas dans mon sujet de raconter les intrigues qui avaient amené ces changements. Des hommes d'une incontestable capacité faisaient place à des hommes moins expérimentés. On éloignait ceux qui avaient jusqu'alors apporté dans l'exercice du pouvoir le plus de modération. Toute l'influence passait aux mains de MM. Laffitte, Dupont de l'Eure, et, par une conséquence forcée, de M. de La Fayette.
Le 17 novembre, le maréchal Maison, qu'on avait appelé un peu légèrement au ministère des affaires étrangères, qui était fort ami du bon ordre, fut remplacé par le général Sébastiani, remplacé lui-même à la marine par M. d'Argout, pair de France, homme d'affaires très capable, très actif, pouvant en de difficiles circonstances rendre de très précieux services. Le général Gérard était, par sa santé, forcé de quitter le ministère de la guerre, qui fut confié au maréchal Soult. Le Moniteur annonçant ces changements publia une ordonnance dans laquelle on trouvait parmi les promotions de conseillers d'État et de maîtres des requêtes le nom de M. Taschereau, secrétaire général de la préfecture de la Seine, l'un des coryphées de la Société des Amis de la patrie, intime ami de M. Odilon Barrot. C'était un succès des plus significatifs pour le parti dont il était un des actifs directeurs. On n'avait pas tardé à reconnaître que M. Treilhard, préfet de poHce, n'était pas capable de s'opposer longtemps aux projets des sociétés révolutionnaires. Tout cela ne devait pas rassurer les hommes d'ordre; l'inquiétude devenait chaque jour plus vive, on s'attendait à quelque explosion de la part du parti républicain, profitant de l'occasion que lui offrait le jugement des ministres. On redoutait de grands malheurs dans le cas où ils ne seraient pas condamnés à la peine capitale, surtout dans le cas où M. de Polignac ne serait pas frappé. C'est