CHOIX DES OFFICIERS DE SERVICE
le premier rôle; de ce côté, tout dépendait de son commandant général, M. de La Fayette. A ne considérer que ses intentions, exprimées à plusieurs reprises, il eût été impossible de s'en affliger; car, si une résolution paraissait bien arrêtée dans son esprit, c'était celle de ne pas souffrir qu'on mît en péril des existences dont il acceptait d'être le protecteur responsable. Il ne voulait pas la mort des ministres, même prononcée par jugement; à plus forte raison ne pouvait-il vouloir qu'elle fût amenée par les fureurs populaires. On devait seulement se demander s'il saurait prendre les meilleurs moyens pour résister, si ses complaisances habituelles pour le public qui fait les émeutes, jointes à la pesanteur de son âge, lui permettraient de prendre à propos les résolutions vigoureuses que pourraient nécessiter les circonstances.
M. de Sémonville, dont un des mérites particuliers est de prévoir les choses à l'avance, avait été, dès les premiers jours, trouver le ministre de la guerre, le général Gérard, et lui avait fait comprendre la nécessité d'intervenir dans le choix des commandants supérieurs des gardes nationaux et de ne pas l'abandonner à M. de La Fayette. Le général Gérard, après avoir examiné avec M. de Sémonville les qualités qu'il fallait rencontrer dans les hommes auxquels seraient confiées des missions aussi délicates, alla trouver M. de La Fayette et lui laissa le plaisir de feuilleter la liste de son état-major, discutant amicalement les choix qu'il indiquait, puis il finit, d'accord avec M. de Sémonville, par lui faire accepter le colonel Feisthamel comme commandant du Luxembourg, et pour la garde nationale M. Lavocat, tanneur du faubourg Saint-Marceau et lieutenantcolonel de la 12* légion de la garde nationale. Ces choix étaient bons et habiles; M. Feisthamel, officier assez distingué, s'était fait remarquer par quelque action d'éclat durant les Cent-jours. Avant la révolution de Juillet, il servait comme major dans le . 5* régiment de la garde
royale, en cantonnement à Rouen. En août, à la nouvelle des événements de Paris, il y était accouru et s'était mis à la disposition de M. de La Fayette, qui l'avait placé dans son état-major au rang de colonel. M. Lavocat, élève de l'École militaire de Saint-Cyr, ancien officier de la garde impériale, avait été compromis dans la conspiration du 19 août 1820, et la Chambre des pairs l'avait, à celte époque, condamné à mort par contumace avec le capitaine Nantil et l'avocat Rey, de Grenoble. Réfugié en Espagne, il avait été encore condamné à mort en 1823, par la cour d'assises de Paris. Il eût donc été difficile de soupçonner ces deux hommes de dangereuses complaisances pour les ministres accusés; quoi qu'on pût penser de leur conduite antérieure, on ne pouvait leur refuser d'être l'un et l'autre des hommes d'une grande fermeté, une fois leur parti pris, incapables de se laisser intimider par quelque tumulte que ce fût.
Le rapport de M. de Bastard avait été communiqué d'abord à M. Séguier, à M, de Pontécoulant et à moi, puis aux commissaires de la Chambre des députés, qui ne firent aucune objection sérieuse et déclarèrent que le travail leur semblait complet et tout à fait irréprochable. Ils furent aussi très frappés de la gravité des charges ; il échappa à l'un d'eux, à M. Bérenger, de dire, après avoir entendu le passage qui concernait la déposition de M. de Sémon ville sur M. de Polignac : « Eh! mon Dieu, il n'y aura pas « moyen de sauver celte têle-là. » Je le priai de réfléchir que cette déposition, comme toutes les autres, ne constatait rien qui, comme crime politique, ne fût surpassé de beaucoup par la signature des ordonnances et le renversement des lois de l'État; revenu de son premier mouvement, il le pensa comme moi. « Mais si ce n'est pas sur l'esprit des juges, me dit-il, qu'il faut redouter Tefl^et de ces dépositions, c'est sur le public. »
Le point sur lequel nous appelâmes l'attention de MM. les députés commissaires fut celui de la compétence de la