‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 199 sur 241 · LES PRISONNIERS AU LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

LES PRISONNIERS AU LUXEMBOURG

Pourquoi ne pas partir au point du jour? On donnerait, dans les dernières heures de la nuit, les ordres nécessaires aux détachements de la garde nationale et des troupes de ligne; quant à l'escorte, comme elle se composerait de cavalerie et que les mouvements de cette arme sont fort rapides, il suffirait de faire partir pour Vincennes, à cinq heures du matin, un détachement de la garde nationale à cheval, sur laquelle on pouvait compter. Un escadron de chasseurs arriverait en même temps d'un autre côté; on avait pour cela à sa disposition le régiment des chasseurs d'Orléans. L'escorte se trouverait ainsi formée de manière que les prisonniers pussent partir de Vincennes à sept heures du matin et arriver à huit heures au Luxembourg. Quelle route suivrait>-on? Il y en avait deux qui se présentaient naturellement : arriver jusqu'à la barrière du Trône, prendre à gauche les boulevards extérieurs, venir ainsi gagner par Bercy le pont d'Austerlitz et arriver à l'extrémité du jardin du Luxembourg, toujours par les boulevards extérieurs , ou arriver jusqu'à la barrière du Trône, suivre la longue et large rue du Faubourg-Saint- Antoine jusqu'à la gare de l'Arsenal, le long de laquelle on atteindrait le pont d'Austerlitz et ensuite le Luxembourg soit parles boulevards extérieurs, soit par les rues assez isolées qui traversent le faubourg Saint-Marceau. J'indiquai un troisième itinéraire auquel on n'avait pas pensé. On sortirait du château de Vincennes par la porte du bois qu'on traverserait jusqu'à Charenton, dont on passerait le pont, puis on irait joindre le nouveau pont sur la Seine qui débouche dans la plaine d'Ivry, d'où on viendrait tomber sur les boulevards extérieurs, à peu de distance de la partie qui touche l'extrémité du jardin du Luxembourg, par lequel il serait toujours convenable d'entrer. Il était presque impossible qu'en passant par cette route on fît aucune fâcheuse rencontre; mais je conseillai de la réserver pour le retour, car il faudrait, suivant toutes les appa-

rences, ramener après le jugement les prisonniers à Vincçnnes. Ce serait alors que se présenteraient, avec les plus grands dangers, les véritables difficultés.

Le premier itinéraire fut adopté; le jour du transport, on attellerait les voitures, amenées à l'avance, avec six chevaux du régiment d'artillerie caserne dans le château, conduits par des artilleurs, gens fort adroits et déterminés. M. de Montalivet se chargea de surveiller ces divers arrangements et annonça qu'il accompagnerait le détachement de la garde nationale à cheval, dont les hommes seraient par ses soins choisis entre ceux sur lesquels on pouvait le mieux compter. Le général Carbonnel, chef de l'état-major de la garde nationale, devait commander toute l'escorte.

La translation eut lieu le 10 novembre. MM. de Polignac, de Peyronnet, de Guernon-Ranville étaient à huit heures du matin rendus dans la prison préparée au Luxembourg. M. de Chantelauze, dont la santé était fort ébranlée, se trouva plus souffrant au moment du départ de ses collègues. Dès qu'il fut remis, le général Daumesnil n'hésita pas à le prendre dans son cabriolet et le conduisit sans fâcheux incident jusqu'au Luxembourg. Depuis quatre jours la garde nationale et la garde nmnicipale étaient venues occuper tous les postes qui leur étaient destinés. On avait jugé à propos de leur faire prendre à l'avance l'habitude de ce service; il était bon, d'ailleurs, d'y accoutumer les regards du pubHc, et c'était aussi une manière de moins appeler son attention sur le jour où les prisonniers arriveraient. On remit entre les mains de M. de La Fayette le commandement des troupes de ligne qui devaient concourir à la garde des prisonniers et du palais oii la cour allait tenir ses séances. Le général Fabvier, commandant de la place, avait ordre de se concerter avec le général Carbonnel, chef de l'état-major de la garde nationale, pour tout ce qui pourrait intéresser le maintien de la tranquillité publique. Un ordre du jour du général La

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