INTERROGATOIRE DES ACCUSES
son chagrin. M. de Peyronnet ne répondit pas mieux sur Taccusalion principale : il écarta assez adroitement les reproches qui lui étaient personnellement adressés relativement aux moyens dont il avait usé pour agir sur les élections. Il adjura les pairs qui avaient été à cette époque présidents de collèges électoraux de déclarer comment il avait répondu à ceux qui l'avaient alors interrogé sur la direction qu'il entendait donner aux élections. Je lui demandai de s'expliquer sur les hautes influences qui avaient pu entraîner ses décisions. « Le système qui a prête valu, lui dis-je, n'était pas le vôtre. Je suis donc fondé à « vous demander si votre respect pour des opinions, pour « des volontés qui auraient réduit votre raison au silence, « n'aurait pas influé puissamment sur la détermination à « laquelle vous avez cédé. — Je suis, répondit-il, profon- « dément touché, monsieur le président, des sentiments « qui vous ont porté à m'adresser cette question; je rends « la cour juge du sentiment qui me porte à refuser d'y « répondre. »
Les interrogatoires de MM. de Chantelauze et de Guernon- Ranville n'ofl'rirent rien de remarquable; tout ce qu'on pouvait en conclure, c'est que M. de Chantelauze avait contribué plus activement que M. de Guernon-Ranville à la rédaction des ordonnances. Une dernière question adressée à M. de Peyronnet, lorsque les quatre interrogatoires généraux furent terminés, ne laissait aucun doute que son intention était, sans l'articuler formellement, défaire comprendre que, depuis le lundi 25 juillet, toute l'action du gouvernement était tombée entre les mains de M. de Polignac, que lui seul en devait être responsable.
Les interrogatoires terminés, je demandai aux commissaires de la Chambre des députés s'ils avaient des questions h adresser aux accusés. M. Persil prit la parole; il revint, avec une âpreté qui fut d'un mauvais efi'et, sur quelques points que j'avais déjà touchés et sur lesquels il n'obtint
aucun renseignement nouveau. J'interrogeai encore à cette séance les deux premiers témoins appelés sur la demande des commissaires : MM. de Chabrol et Courvoisier. Le premier n'ajouta rien à ce qu'il avait dit dans son précédent interrogatoire et s'appliqua surtout à bien démontrer qu'il était resté absolument étranger à tout ce qui s'était fait depuis sa sortie du ministère. M. Courvoisier s'expliqua dans le même sens; il donna quelques détails sur les fluctuations qui avaient eu lieu dans les délibérations, dans les résolutions du conseil, pendant qu'il en faisait partie, s'appliqua surtout à justifier les opinions et les sentiments de M. de Guernon-Ran ville. Il raconta que, revenant habituellement de Saint-Cloud avec M. de Polignac, il l'avait toujours trouvé très décidé à respecter la Charte et fort disposé à repousser tout ce qui pourrait y porter atteinte ; « mais le lendemain il hésitait, et sa ferme résolution de « la veille paraissait avoir rencontré des obstacles qu'il ne « pouvait vaincre » .
En sortant de cette séance, je me trouvai soulagé d'un grand poids. L'interrogatoire des ministres était terminé; c'était la partie la plus délicate du rôle si difficile que j'avais à remplir. L'audience s'était passée de la manière la plus décente; le silence avait été complet, religieux; l'attitude du public n'avait pas mérité le moindre reproche. Les abords du palais avaient été complètement libres; il n'y avait eu aucun rassemblement; la ville paraissait calme, la situation bien meilleure qu'on ne s'y était attendu.
Le lendemain jeudi 16, j'entendis vingt-six témoins; il fut surtout question des combats qui avaient eu lieu dans les différents quartiers de Paris. M. Billot, procureur du Roi à cette époque, se fit remarquer par la fermeté avec laquelle il prit sur lui les ordres qui avaient été donnés le 27 juillet pour l'arrestation de quarante-cinq journalistes. Le général Gérard raconta la démarche inutile qu'il