RÉTABLISSEMENT DE L'ORDRE
d'opinion assez exaltée, fort partisans du programme de rHôtel de ville; alors que tout semblait fini, on découvrit que, d'accord avec les chefs d'un attroupement qui s'était reformé dans les environs du Palais-Royal, ils allaient sortir avec leurs canons et marcher sur le palais, oii ils dicteraient des lois au gouvernement. Ce plan, qui avait été révélé par quelques membres du corps, fut déjoué par la ferme attitude d'un bataillon de la garde nationale qui se trouvait dans la même enceinte et qui en barra les issues (1). Puis arrivèrent des aides de camp du Roi, des officiers d'étatmajor; les précautions furent bien prises, et le complot avorta. Ce fut le dernier effort de la faction qui avait espéré, durant ces jours si difficiles, dominer par la force ou au moins par la peur. Le jeudi, le Roi passa des revues et remercia la garde nationale et les troupes de ligne.
Le gouvernement n'était pas encore sorti d'embarras. Ce que la force et la peur n'avaient pu obtenir, MM. de La Fayette, Dupont de rE]ure et Odilon Barrot prétendaient l'avoir comme récompense du triomphe remporté sur l'émeute et du rétablissement de l'ordre dans les rues. II fut aisé de juger de cette prétention dans Tordre du jour publié par M. de La Fayette le 22 décembre. « Votre con- « duite, disait-il à ses chers frères d'armes, ne sera pas « perdue pour la cause générale de la liberté et de Tordre « public; elle montrera ce que sont les institutions fondées « sur une large et complète conscience des droits et des sentiments « français. » Or c'étaient précisément ces institutions fondées sur une large et complète conscience des droits et des sentiments français que réclamaient les organisateurs des émeutes.
(1) Parmi les officiers qui contribuèrent le plus courageusement à cet heureux résultat, il faut citer M. Lacave-Laplagne, ancien officier d'artillerie. Il avait un commandement dans le corps et jouissait d'une véritable considération dont il usa pour arracher beaucoup de canonniers à l'influence du commandant en chef Gavaignac, qui finit par devoir quitter la place et qu'il remplaça.
Le vœu fut exprimé plus nettement encore le soir même, dans une adresse des Écoles polytechnique , de droit et de médecine, à leurs amis et concitoyens. On y lisait : o Sans « le prompt rétablissement de Tordre, la liberté est perdue; « avec le rétablissement de Tordre, la certitude nous est « donnée du rétablissement de la prospérité publique, car « le Roi notre élu^ La Fayette, Dupont de TEure, Odilon « Barrot, nos amis et les vôtres, se sont engagés sur Vhon- « neur à l'organisation complote de la liberté, qu'on nous « marchande et qu'en juillet nous avons payée comptant. »
Pour calmer ces impatiences, il fallait obtenir quelque chose, et pour cela l'important était de s'assurer d'une prépondérance incontestable dans Je conseil. MM. de La Fayette et Dupont de.TEure demandèrent, en conséquence, que le ministère de Tintérieur fût donné à M. Odilon Barrot. M. de La Fayette prétendait faire nommer au ministère des affaires étrangères M. de Tracy, son ami fort intime. Le Roi avait beaucoup de goût pour M. Odilon Barrot; sa nomination au ministère de Tintérieur en d'autres circonstances ne lui aurait pas été désagréable, mais M. de Montalivet venait de rendre un grand service au Roi : l'heureux transfèrement des prisonniers avait été dû en grande partie à sa présence d'esprit, à son courage, à son dévouement. Le moment était mal choisi pour proposer de le déplacer. Louis-Philippe s'accommodait fort bien de M. Sébastiani aux affaires étrangères et n'avait nulle envie de le changer.
Le président du conseil, M. Laffitte, sur lequel M. de La Fayette et M. Dupont comptaient particulièrement, était obligé de se ménager. Le Roi l'avait largement aidé pour ses affaires personnelles ; il pouvait encore avoir besoin de ses services. Il dut céder à l'impérieuse nécessité et se décida à marcher avec lui. Ainsi soutenu, le Roi refusa toute concession.
La querelle fut portée à la tribune de la Chambre des