‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 224 sur 241 · RETRAITE DE M. DE LA FAYETTE · texte numérisé non relu

RETRAITE DE M. DE LA FAYETTE

députés, et beaucoup de révélations curieuses se firent jour. M. de La Fayette croyait qu'il avait dans la main un moyen d'imposer sa volonté, c'était d'offrir sa démission de commandant de la garde nationale de Paris. Une occasion se présenta de tenter l'aventure. La Chambre des députés discutait le projet de loi sur la garde nationale, dans lequel on établissait qu'il ne devait plus exister de commandement général des gardes nationales du royaume. C'était un pouvoir beaucoup trop grand dans l'État. Le principe avait été adopté ; M. de La Fayette l'avait soutenu autrefois, et il ne pouvait le désavouer; mais son orgueil fut cependant très blessé de ce qu'on avait jugé à propos de le remettre en vigueur dans un moment où ce commandement était dans ses mains. Il prit donc le parti d'y renoncer avant que la loi fût rendue; ce qui trahit son violent dépit et l'intention de dicter des conditions fut sa résolution de joindre à sa démission celle du commandement de la garde nationale de Paris. Alors les négociations commencèrent; les messages allaient de chez lui au Palais- Royal et du Palais-Royal chez lui. Cela dura plus de vingtquatre heures. Des conditions avaient été posées dès le premier moment par M. de La Fayette : pour qu'il consentit à retirer sa démission, il fallait que le gouvernement prît un engagement formel sur l'abolition de l'hérédité dans la Chambre des pairs et une nouvelle composition de cette Chambre, et sur la présentation immédiate d'une nouvelle loi d'élections, enfin sur la dissolution de la Chambre des députés. Puis venaient les questions personnelles et, avant toutes autres, la nomination de M. Odilon Barrot au ministère de l'intérieur.

Peut-être le Roi, dans le premier moment, vit-il avec une certaine appréhension les conséquences d'un refus qui allait éloigner de lui le vieux défenseur de la liberté dans les deux mondes; c'était chose grave qu'une rupture entre son gouvernement et ce chef reconnu du parti libéral;

mais, d'autre part, il avait été on ne saurait mieux reçu dans ses dernières revues de la garde nationale, et il venait de faire dans les différents quartiers des tournées pendant lesquelles on l'avait salué par des acclamations unanimes. Tout cela lui donnait confiance dans sa popularité. Il se décida à ne pas céder. Mais quel successeur donner à M. de La Fayette? Son choix s'arrêta fort heureusement sur le général comte Lobau; il était député, avait pris une grande part aux journées de Juillet, et sa réputation militaire devait flatter la garde nationale.

Enfin, dans la nuit du 26 au 27 décembre, la question fut tranchée. M. de La Fayette ayant déclaré qu'il persistait dans toutes ses exigences, le Roi, sur le rapport de M. de Montalivet, accepta sa démission et nomma le comte de Lobau commandant général de la garde nationale de Paris. M. de La Fayette, sur le conseil de ses amis, désolés qu'il n'eût pas le dessus, fit savoir au Roi que, dans son ardent désir de ne rien hasarder qui pût troubler le repos public, il pourrait rester encore deux ou trois mois à son poste. Le Roi lui répondit par Texpression d'un grand regret de ce que cette communication ne lui fût pas arrivée plus tôt; mais le comte de Lobau avait accepté, et dès lors il n'y avait plus moyen de revenir sur la résolution que le Moniteur annonça avec la nomination du maréchal Lobau» dans la matinée du 27.

Le remplaçant de M. Treilhard à la préfecture de police fut M. Baude, député, sous-secrétaire d'État au ministère de l'intérieur. M. Dupont de l'Eure avait été trop mêlé aux démarches de M. de La Fayette pour qu'il lui fût possible de ne pas le suivre dans sa retraite, et il donna sa demi»sion. On fut très étonné de le voir remplacé aux sceaux par son ami M. Mérilhou, qui céda le ministère de l'instruction publique à M. Barthe. Celui-ci sortait aussi des rangs du barreau. M. Odilon Barrot, qui le croirait? tint bon . contre cet orage. Il resta préfet de la Seine, ce qui ne

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