OUVERTURE DE LA SESSION DE
une diversion aux scènes pénibles qui avaient attristé les premiers jours de son règne en intervenant hardiment, sans s'arrêter aux objections des différents cabinets de l'Europe, de celui de France surtout, jouissant du repos qui avait suivi son expédition en Espagne.
M. de Villèle, par l'indolence qui le portait toujours à ne s'occuper que des difficultés du moment sans jamais penser à celles qui devaient se produire dans un avenir prochain, n'avait pas tiré parti de l'heureuse issue de la campagne espagnole. Il laissait aller les choses et n'avait eu nul souci de conserver auprès des grandes puissances l'influence que devaient si naturellement lui donner ses succès. Il était évident qu'un peu plus tôt ou un peu plus tard il faudrait intervenir dans les affaires de la Grèce; il n'était donc pas habile de laisser l'initiative d'une semblable résolution, soit à la Russie, soit à l'Angleterre. C'était déjà beaucoup que grâce à lui la France eût perdu les avantages que les succès de son intervention en Espagne lui avaient donnés auprès des souverains qui l'y avaient poussée.
Ainsi qu'il avait été décidé, la session s'ouvrit le 31 janvier. Dès le premier jour, le discours du Roi annonça un projet de loi sur les successions et les substitutions. Le public ne s'y trompa pas; c'était du rétablissement du droit d'aînesse qu'il s'agissait; la question devait donner lieu aux plus ardentes controverses. La discussion de l'adresse fut longue; l'opposition de droite, conduite par M. de La Bourdonnaye, marchait d'accord avec l'opposition libérale, à la tête de laquelle se trouvaient M. Royer-CoUard et le général Sébastiani, qui avait remplacé le général Foy. Un membre de la droite, M. Salaberry, proposa de mander à la barre de la Chambre l'éditeur du Journal du commerce, pour insulte à la dignité des députés. Il demandait sa condamnation au maximum de la peine édictée dans la loi de 1822.
Le débat qui eut lieu, tant pour la prise en considération de cette proposition que pour la plaidoirie et le jugement, occupa plusieurs séances et aboutit à une condamnation au minimum de la peine, c'est-à-dire à cent francs d'amende et à un mois de prison. La Chambre eut à entendre de pénibles vérités. Le bénéfice que pouvait apporter la condamnation prononcée n'était pas contre-balancé par l'effet d'un discours de M. Royer-CoUard. « L'article incri- « miné, disait-il, fait allusion à deux faits : l'un, qu'il y a « beaucoup d'émigrés; l'autre, qu'il y a beaucoup de fonc- « tionnaires publics dans la Chambre. Ces deux faits sont (c de notoriété publique; mais de ce qu'il y a beaucoup « d'émigrés dans la Chambre, le journaliste en conclut « que l'indemnité des émigrés a été votée dans des inté- « rets personnels et que la Chambre protège les courti- « sans. De ce qu'il y a beaucoup de fonctionnaires publics, « il conclut que le crédit de la Chambre est singulièrement « affaibli et qu'elle protège les commis. Ces conséquences « sont téméraires, malsonnantes, irrespectueuses pour la « Chambre, injurieuses même, je l'accorde, pourvu qu'on a convienne au moins que l'injure n'est pas gratuite, « qu'elle tient plus de l'erreur que de la malice et d'un « besoin pervers de diffamation. Le journaliste n'a jugé, « en cette occasion, que comme juge le vulgaire, auquel « la prudence commune, cette prudence aussi vieille que «le monde, enseigne que la situation particulière des « hommes, déterminant leurs intérêts, détermine leurs « actions. Là où le contraire arrive, ajouta-t-il, il y a de « la vertu; elle seule opère ce miracle. » Il fut évident que la Chambre avait eu tort de suivre M. de Salaberry et que l'opinion publique n'était pas de son côté.
Quand vint la discussion sur le droit d'aînesse, j'intervins à deux reprises dans le débat. J'avais déjà dit, à propos du rétablissement des communautés, que le nouvel état social fondé par le Code était passé dans les mœurs,