DÉBATS SUR LES AFFAIRES RELIGIEUSES
gardés, la Chambre des députés Taccepla dans les termes où celle des pairs l'avait renfermée.
La discussion du budget donna lieu à des débats dans lesquels le ministère, toujours soutenu par sa majorité, dut entendre des vérités bien dures : sur la transaction conclue avec Saint-Domingue, sur l'abandon dans lequel on laissait la nation grecque. Missolonghi avait succombé, l'invasion de la Morée avait fait tomber aux mains des Égyptiens un grand nombre de femmes et d'enfants qui avaient été vendus sur tous les marchés de TOrient. M. Alexis de Noailles avait demandé qu'une somme fût votée par les Chambres pour racheter ces captifs chrétiens si dignes de pitié. On avait surtout insisté sur les complications que le rôle effacé de la France pouvait amener en Europe, en laissant le champ libre à l'Angleterre et à la Russie.
Ce fut sur les affaires ecclésiastiques et religieuses que les débats dans les deux Chambres prirent le caractère le plus sérieux. La Chambre des pairs donna résolument le signal de la lutte qui allait s'engager en France entre les partisans et les adversaires de Tinfluence dominante du clergé, entre ceux qui demandaient qu'on exécutât les lois rendues contre les Jésuites et ceux qui soutenaient soit la légalité, soit l'opportunité de leur retour et de l'existence patente de leurs établissements, que personne ne pouvait plus nier.
M. Laine interpella Mgr l'évéque d'IIermopolis, ministre des affaires ecclésiastiques, sur la conduite qu'il entendait tenir k l'égard des Jésuites; si, malgré tous les reproches qui pesaient sur cet Ordre, malgré les justes inquiétudes que tant de personnes éclairées étaient fondées à en concevoir, on jugeait à propos de le rétablir en France. Il demanda que la question fût nettement posée. Le devoir du gouvernement était de présenter un projet de loi parce qu'il n'y avait pas d'autre moyen de l'autoriser régulière-
ment. M. le ministre des affaires ecclésiastiques fit alors l'apologie des Jésuites, disant combien, à ses yeux, il était regrettable qu'ils eussent été chassés de toute la chrétienté à la fin du dernier siècle. Il ajouta que, s'ils avaient été supprimés par la volonté du Souverain Pontife, un autre Pape les avait depuis formellement rétablis; que le jour n'était pas éloigné où une disposition légale les rétablirait en France; qu'il fallait vider cette grande question; qu'en attendant, la modeste situation qu'ils avaient obtenue dans le royaume devait être considérée comme une tolérance qui ne présentait pas le moindre danger. De quoi s'agissait-il? De quelques petits séminaires que quelques évéques avaient trouvé convenable de leur confier. Dans ces établissements, le nombre total des élèves n'égalait pas celui des élèves reçus dans les collèges de plein exercice de la capitale. La franchise de M. de Frayssinous et la naïveté de ses aveux allèrent certainement beaucoup plus loin que n'aurait voulu M. de Villèle. Je répondis au ministre, lui rappelant les déclarations formelles qu'il avait apportées à la tribune quand il s'était agi d'étendre les facilités pour l'autorisation des communautés de femmes. Il avait alors constamment affirmé que ce qui était demandé par les communautés de femmes ne devait être d'aucune conséquence pour les communautés d'hommes, lesquelles ne pourraient jamais acquérir d'existence en France que par une autorisation donnée en forme de loi. Que fallait-il dès lors penser d'une tolérance qui se substituait si manifestement à l'autorité, qui ne devait, suivant les propres déclarations du ministre, n'appartenir qu'à la loi? Du Parlement, la discussion passa dans la presse; les journaux, les brochures entrèrent avec passion dans le débat. M. de Montlosier fit paraître un nouvel ouvrage, sous le titre de Dénonciation aux cours royales relativement au système religieux et politique signalé dans le mémoire à consulter. Il signalait une adresse présentée au Roi, dans le mois d'avril précé-