‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 33 sur 241 · M. DE DAMAS ET LES AFFAIRES EXTERIEURES · texte numérisé non relu

M. DE DAMAS ET LES AFFAIRES EXTERIEURES

mois auparavant, vivait à Paris dans une si douce intimité avec le président du conseil, et que le Roi avait accueilli avec une bienveillance exceptionnelle.

Dès l'ouverture de la session, le ministère se décida à aller au-devant des interpellations qui pourraient se produire sur la conduite qu'il comptait tenir relativement au Portugal et à Tintervention anglaise. M. de Damas prit la parole dans la Chambre des pairs, aussitôt après la lecture du projet d'adresse, pour expliquer la situation du gouvernement français. Il en résultait qu'en 1823, lors de l'entrée en Espagne de l'armée française, le gouvernement anglais avait demandé et obtenu de la France l'engagement qu'aucune hostilité n'aurait lieu à l'égard du Portugal; que, lors des derniers troubles dans ce pays, une demande semblable ayant été faite par l'Angleterre à l'Espagne et communiquée à la France, ainsi qu'à toutes les grandes puissances du continent, il avait été convenu que l'Espagne n'entreprendrait rien contre le Portugal, que, de son côté, l'Angleterre veillerait à ce que le Portugal se conduisit de même. Ces conventions avaient été observées jusqu'au moment où les réfugiés portugais étaient rentrés en armes dans le Portugal. Il était difficile de douter de la connivence des autorités espagnoles dans le retour des réfugiés et la violation des frontières, bien qu'elles eussent pris l'engagement de les désarmer et de les disperser dans l'intérieur. La France avait constamment insisté auprès du gouvernement espagnol pour que les engagements fussent respectés. Ses avis avaient été dédaignés, malgré les droits qu'elle avait d'être entendue, malgré l'occupation d'une partie des provinces espagnoles par les troupes françaises. L'aveu de ce dédain devait être pénible pour un ministre de France. Il prouvait que le gouvernement français n'avait su tirer aucun profit du grand service qu'il avait rendu au roi d'Espagne. M. de Damasse trouva dans la triste obligation d'avouer que le Roi avait manifesté son mécontente-

ment en rappelant son ambassadeur à la cour d'Espagne. Il termina son discours par cette phrase : a C'est en défen- « dant les principes d'ordre et de légitimité que i'Angle- « terre est sortie victorieuse de la longue et sanglante lutte « qu'elle a soutenue contre la Révolution française. Les ce mêmes succès nous seraient assurés si nous étions jamais « appelés k défendre à notre tour les mômes principes. » Ainsi la légitimité des droits qu'avait exercés don Pedro, et par conséquent du gouvernement qu'il avait donné au Portugal, se trouvait nettement reconnue I

Je crus, ainsi que M. de Chateaubriand, devoir relever ce qu'il y avait de triste et d'affligeant dans la conduite tenue par l'Espagne depuis quatre ans que durait l'occupation française, et en même temps repousser ce qui, dans le langage de M. Canning à la Chambre des communes, avait été blessant pour la France. M. de Chateaubriand insista sur ce point avec une grande éloquence. Quoique la Chambre n'eût pas voulu ordonner l'impression de son discours, il ne manqua pas de le publier, comptant avec raison sur l'impression qu'il devait produire. Il le terminait par cette apostrophe : « On a déjà poussé bien loin les « complaisances; quiconque se laisse humilier n'obtient « pas la paix, mais la honte. »

Dans la Chambre des députés, l'opposition grandissait, surtout du côté des royalistes; les membres qui se séparaient du ministère et marchaient avec l'opposition libérale devenaient chaque jour plus nombreux:

L'adresse passa, malgré les efforts de MM. Perier, Benjamin Constant, de Bouville et Ilydede Neuville. En effet, dans la Chambre des députés, malgré le talent des orateurs de l'opposition, une majorité docile, prête à tout pour sauver le ministère, faisait cortège au président du conseil. C'est dans la Chambre des pairs que lui étaient portés les plus rudes coups. Cette Chambre, depuis trois ans, avait vu croître dans le pays son crédit et sa considération.

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