‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 43 sur 241 · VOYAGE DU ROI DANS LE NORD · texte numérisé non relu

VOYAGE DU ROI DANS LE NORD

sion des scènes du Champ de Mars; il était désirable que Faccueil qu'il recevrait en province lui fît oublier Thumeur frondeuse des Parisiens. Il était bon que le Roi se montrât aux troupes sur la fidélité desquelles on avait plus que jamais besoin de compter. Le Roi agréa donc la proposition de ce voyage; il partit dans les premiers jours de septembre, fut trois semaines absent et eut toutes les satisfactions qui pouvaient lui paraître les plus douces. Les troupes, heureuses de sa présence, le saluèrent par les plus vives acclamations, qui se renouvelèrent chaque fois que le Roi parut. Il assista aux différentes manœuvres. Soldats, officiers généraux furent touchés de Taffabilité et des aimables manières du souverain. L'impression qu'il reçut de cet accueil fut vive et alla même jusqu'à ce point qu'il dit à un officier de sa maison ces paroles significatives : « Que ne peut-on pas faire en France avec un corps « de troupes animé d'un si bon esprit? — Oui, Sire, lui « répondit le duc de Mortemart, on pourrait tout, ou à peu a près, le jour de l'entreprise, mais le lendemain ? »

La visite du prince héréditaire des Pays-Bas ajouta à la solennité de l'apparition du Roi à Saint-Omer. Ce prince assista avec Monsieur le Dauphin à toutes les manœuvres. Il était bon militaire et s'était distingué à la bataille de Waterloo. Sa présence, quoique acceptée avec des formes obligeantes, ne fut pas, au fond, très agréable à la maison royale de France, qui savait les rêves ambitieux dans lesquels son imagination s'était égarée, durant les premières années de la Restauration. Il était difficile de ne pas lui supposer toujours quelque arrière-pensée.

Le voyage au camp de Saint-Omer fut pour Charles X une occasion de parcourir cinq départements, ceux de l'Oise, de l'Aisne, du Nord, de la Somme et du Pas-de- Calais. Partout sur son passage se pressait une foule désireuse de l'acclamer. Partout il avait trouvé des arcs de triomphe, des maisons pavoisées, le son des cloches se

mêlant aux cris de la multitude. Les prêtres saisirent cette occasion de montrer leur zèle; les curés ne manquèrent jamais de se tenir en habits sacerdotaux sur les marches des églises devant lesquelles le Roi passait. Le succès fut donc grand, et lorsque Sa Majesté rentra à Saint-Cloud, elle était dans un véritable enivrement. Il lui semblait s'être trouvée au milieu d'une fête de famille. On peut attribuer à l'impression qui lui resta de ce voyage la forte résistance que fit le Roi, trois mois plus tard, aux efforts de ceux qui voulaient qu'il se séparât de ce ministère qui lui avait fait passer de si doux moments.

De ce côté M. de Villèle avait toute satisfaction ; sa situation n'avait jamais été plus forte auprès du Roi. Restait le côté parlementaire dont il avait dû s'ouvrir avec ses amis. A quel parti s'arrêter? Si on faisait le compte de voix, la situation était périlleuse; la majorité dans la prochaine session lui était assurée; mais c'était la dernière; après viendraient les élections générales. Il était d'autant plus perplexe qu'il sentait les conséquences de la loi sur le jury présentée par le garde des sceaux. Il avait été décidé que les listes électorales, qui serviraient également pour le jury, seraient dressées à l'avance, à une époque fixée, en sorte que chacun, étant averti de longue main, aurait le loisir de faire valoir ses droits. Nul ne pouvait être rayé de ces listes sans un jugement contradictoire et solennel, dont l'appel était suspensif. Il n'y avait plus d'espoir pour les fraudes électorales; M. de Villèle savait, mieux que personne, combien elles lui avaient été utiles. Il se disait que, si l'opinion publique continuait à marcher dans le sens de l'opposition comme elle l'avait fait cette année, il ne lui restait plus aucune chance de succès. Était-il donc impossible d'échapper à ce danger? Ces listes électorales qu'on devait redouter quand tous les droits auraient eu le loisir de se faire respecter, quand elles seraient devenues publiques, que chacun aurait pu véri-

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