‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 46 sur 241 · TROUBLES A PARIS · texte numérisé non relu

TROUBLES A PARIS

se partageaient la capitale; sur 7,800 votants, les candidats de l'opposition obtinrent 6,690 voix.

Dès que les résultats furent connus, la joie éclata, bruyante, affolée. Les fenêtres furent illuminées; Tair retentissait du bruit des pétards et des cris de Vive le Roit Vive la Charte t Vivent nos députés t Bientôt des désordres se produisirent. On vit paraître sur différents points des bandes d'enfants et d'hommes de la lie du peuple, lesquels jetaient des pierres aux fenêtres qui n'étaient pas éclairées. Une de ces bandes pénétra jusque dans la cour do M. Laffitte, nommé la veille; elle en fut chassée. D'autres parcoururent la ville dans différents quartiers sans être inquiétées. A mesure que la nuit s'avançait, le désordre s'aggravait; dans la rue Saint-Denis, un détachement de gendarmerie, ayant voulu disperser les bandes qui encombraient la chaussée, fut assailli à coups de pierres, et les tapageurs finirent par élever sur deux ou trois points, les plus étroits de la rue, des barricades. On les en chassa une première fois sans qu'un coup de fusil fût tiré. Mais la gendarmerie s'étant retirée, la barricade principale fut promptement relevée. Alors la gendarmerie revint, mais cette fois assistée de troupes assemblées sur la place du Chàtelet et qui sous les ordres d'un colonel d'état-major marchèrent sur trois colonnes, ayant des commissaires de police à leur tête. Devant la résistance persistante qui leur était opposée, elles n'hésitèrent pas à faire feu, les émeutiers se dispersèrent. Tout cela se passait au milieu d'une population stupéfaite, inoffensive, épouvantée; elle no se rendait pas compte de la révolte, ni des mouvements de la force armée. Le calme fut rétabli à une heure du matin.

La journée du lendemain ne fut pas moins fâcheuse. L'autorité avait eu le temps de prendre ses mesures; or il est certain qu'elle n'en prit aucune; rien n'était plus aisé que d'enlever, le matin, tous les matériaux qui avaient été employés la veille pour construire les barricades. De nom-

breuses patrouilles auraient pu parcourir les quartiers qui avaient été le théâtre des désordres et dissiper les premiers attroupements. La population n'était nullement complice des troubles ; elle les désapprouvait, ils étaient Tœuvre de cinq ou six cents misérables sans aveu. Enfin malgré les démarches des députés nouvellement nommés et qui crurent devoir se présenter dans la matinée du 20 chez le président du conseil afin de le supplier de prendre des mesures pour garantir les citoyens contre le retour de semblables scènes, rien ne fut fait dans ce but. L'intérieur de la ville fut pendant toute la journée abandonné à lui-môme; mais en même temps tous les moyens étaient pris pour s'assurer d'une éclatante punition, quelle que fût la quantité de sang répandu. Les troupes de la garnison, la gendarmerie, les régiments de ligne et la garde royale, furent consignés et placés sous les ordres du général commandant la division militaire. Les soldats reçurent cliacun dix cartouches. Voulait-on donc ce qu'on appelle une journée ou l'occasion de faire un exemple? Les scènes de la veille se renouvelèrent sur le même théâtre, avec le même caractère. Les fusillades, les charges de pelotons de gendarmerie, dans les rues, furent donc plus nombreuses et plus meurtrières qu'elles ne l'avaient été depuis vingtquatre heures. Il y eut plus de victimes parmi les passants inoffensifs. On cita, entre autres, un jeune avocat, neveu du général Foy, qui fut blessé par un gendarme d'un coup de sabre, au moment où il rentrait chez lui.

Le lendemain, tout rentra dans l'ordre, en apparence au moins; l'impression restait profonde dans Paris. Une instruction judiciaire fut commencée; la cour crut devoir évoquer l'affaire. Son arrêt n'intervint que deux ou trois mois après la retraite du ministère Villèle; on y attacha par conséquent beaucoup moins d'intérêt.

Il n'était pas impossible de tirer parti des émeutes de Paris pour alarmer la province et influencer les électeurs

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