RÉSULTATS DES ELECTIONS DE
dans les collèges de département. Les agents du gouvernement ne manquèrent pas de répandre le bruit que la révolution avait failli renaître dans la capitale, avec toutes ses horreurs, et que sans la vigueur déployée par le ministère, la faction jacobine, encouragée par le succès qu'elle avait obtenu dans les collèges d'arrondissement, aurait repris le pouvoir qu'elle y avait exercé dans les plus mauvais jours. L'invention n'était pas malhabile; on pouvait entraîner en les épouvantant une bonne partie des hommes dont se composaient les grands collèges. Elle réussit en effet dans certaines contrées.
Quand l'ensemble des élections fut connu, on put constater que sur quatre cent vingt-huit députés, il n'en était revenu que cent quatre-vingt-un de la dernière Chambre. On ne pouvait supposer que M. de Villèle et ses collègues pussent se flatter d'avoir la majorité dans cette Chambre nouvelle. M. le président du conseil, cependant, ne se tenait pas pour battu. Voici par quels calculs il entreprit de justifier ses espérances, que pendant quelque temps encore il trouva moyen de faire partager au Roi, dont le goût et l'attachement pour lui semblaient redoubler à l'approche d'une inévitable séparation, a Le succès des « libéraux dans les élections a été assez marqué, disait « M. de Villèle, pour que ce soit un avertissement dont il <( est impossible que tous les royalistes ne fassent pas leur « profit. Les voilà obligés de se réunir contre l'ennemi « commun, et dès lors plus de défections, plus de contre- 0 opposition; tout le côté droit, tout le centre droit, mar- « cheront ensemble. Il faut y ajouter les fonctionnaires « publics, dont le ministère disposera toujours. Voilà une il majorité compacte qui ne peut faire défaut. Sans doute, « il y aura une nombreuse minorité, une opposition agis- « santé; mais on peut l'envisager sans crainte. Dans la a Chambre des pairs, grâce aux nouvelles nominations, « la majorité ne saurait être douteuse. »
Tout cela n'était qu'illusions! La contre-opposition royaliste, pour employer les mots usités, loin de songer à se réunir aux royalistes ministériels, n'avait jamais été plus résolue à renverser le ministère, voulant un ministère de coalition dans lequel les principaux d'entre eux devaient entrer. Enfin, quand bien même la réunion de tout ce que M. de Villèle appelait royaliste aurait pu s'opérer, elle n'aurait pas suffi pour lui donner la majorité; il aurait fallu y joindre un assez bon nombre de voix du centre gauche. A cela il y avait impossibilité absolue. Toute cette fantasmagorie n'a servi qu'à prolonger de quelques semaines l'existence du ministère Villèle.
Décidé à lutter jusqu'au bout, le président du conseil résolut d'opérer la plus large modification dans la composition de son ministère. Les questions de personnes ne le troublaient guère ; il était prêt à sacrifier la plupart de ses collègues. Celui qui aurait pu lui causer le plus d'embarras, dont le remplacement était cependant nécessaire, en raison des reproches qui se manifestaient de toutes parts contre l'incurie et l'arbitraire de son administration, M. de Corbière, était dans un état de santé qui expliquait son départ. Mais M. de Villèle avait compté, pour remplir ce poste important, sur un homme dont le talent devait lui être de grand secours, M. de Martignac, qui lui devait toute sa fortune politique. Il l'avait fait conseiller d'État, ministre d'État; M. de Martignac ne pouvait rien lui refuser. En cela M. de Villèle se trompait; M. de Martignac était trop avisé pour songer à unir sa fortune à la sienne, alors que la position était devenue désespérée, alors qu'il avait pu juger, dans le voyage qu'il venait de faire, à quel point l'opinion était hostile au cabinet qui depuis six ans était au pouvoir. Il n'hésita donc pas à décliner le portefeuille qu'on lui offrait; ce fut pour le président du conseil une amcre déception. Il porta ses plaintes au Roi et a ainsi contribué à faire entrer dans l'esprit de ce prince