‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 52 sur 241 · TRAVAIL PARLEMENTAIRE · texte numérisé non relu

TRAVAIL PARLEMENTAIRE

du jour oïl fut votée l'adresse ; tous leurs eflforts pour le calmer restèrent sans eflfet. Le Roi ne voulait entendre à rien. Quel ne fut donc pas leur étonnement lorsque, au conseil du lendemain, ils le trouvèrent apaisé au point qu'il insista pour adoucir quelques expressions de la réponse qu'on lui soumettait ! A quelle influence devait-on attribuer ce changement? Était-ce la suite de ses propres réflexions, ou quelque conseiller resté inconnu l'avait-il persuadé? On ne l'a jamais su; mais il est certain qu'à partir de ce jour le Roi est entré avec le nouveau cabinet dans un système de dissimulation qui ne s'est pas démenti, jusqu'au moment où il l'a congédié. La grande deputation fut reçue le soir même où s'était tenu le conseil. La réponse du Roi n'eut de remarquable que cette phrase : Mes paroles avaient été adressées à la Chambre entière ; il m'aurait été doux que sa réponse eût pu être unanime. Ce regret était une approbation non douteuse du vote de la minorité, mais il ne renfermait rien de trop sévère pour la majorité.

Dès le début de la session, je fus chargé, à la Chambre des pairs, de deux rapports : le premier sur une résolution votée à la Chambre des députés, portant que tout député auquel une place rétribuée viendrait à être conférée serait soumis à la réélection, ainsi que cela se passait en Angleterre; l'autre avait trait à deux nominations faites par M. de Villèle. Il avait compris, dans la dernière liste des pairs, deux hommes d'origine étrangère qui n'avaient pas encore acquis la plénitude des droits 4e citoyens français. Il leur fallait, pour être reçus, des lettres de grande naturalisation. Cette formalité aurait dû précéder leur élévation à la pairie. C'étaient le prince d'Arenberg et le prince de Hohenlohe. Je fis rejeter la première proposition, malgré l'opposition du duc de Broglie. Pour la seconde, l'enregistrement des lettres de grande naturalisation fut accordé, conformément à mes conclusions.

Deux lois importantes furent présentées, toutes deux

réclamées par Topinion publique. Tune sur les listes électorales, Tautre sur la presse périodique. Le projet de loi sur les listes électorales, rédigé par le ministre de Tintérieur, avait été discuté devant le Roi, dans un conseil de cabinet dont j'avais fait partie. C'est la seule occasion où j'aie pris part à une délibération en présence de Charles X. La discussion fut longue et très sincère en apparence. Chacun parut dire fort netten^ent sa pensée. Il s'agissait d'empêcher le retour des fraudes électorales, non seulement de les rendre impossibles, mais de persuader au public que l'administration ne pourrait plus y recourir. Je n'hésitai pas à dire tout ce que je savais, tout ce que je pensais. Cette franchise dut bien un peu paraître rude au Roi; mais il n'en témoigna pas de mécontentement, et au sortir du conseil, le Dauphin me dit qu'il m'avait entendu avec beaucoup de plaisir. La seule objection sérieuse fut présentée par M. Ravez contre la partie du projet qui admettait l'intervention des tiers dans la rectification des listes; il blâmait aussi le recours direct, en certains cas, devant les cours royales, comme portant atteinte aux attributions et à la considération du pouvoir administratif. Malgré l'intérêt assez évident avec lequel le Roi écoutait M. Ravez, malgré l'assentiment qu'il paraissait lui donner, le conseil n'en persista pas moins dans le projet présenté ; il fut adopté avec de très légères modifications. Je fus alors très frappé de l'intelligence avec laquelle Charles X saisissait les principaux points de la discussion et de sa facilité à les résumer. Les conversations que j'avais eues avec lui quelques années avant ne m'avaient donné l'idée de rien de semblable. Il fallait que l'habitude de présider le conseil et d'entendre discuter eût singulièrement mûri son esprit.

L'opposition de M. Ravez présageait celle que le parti royaliste devait faire au projet ministériel à la Chambre. M. de Martignac avait joint au projet un très bel exposé

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