ORDONNANCES SUR LES JÉSUITES
avaient été couverts par la protection et Tautorisation ecclésiastiques devaient rentrer dans la loi commune. On avait cru d'abord que le Roi se montrerait peu disposé à apposer sa signature sur ces ordonnances, bien que la question eût été débattue plusieurs fois devant lui dans son conseil; Tétonnement des ministres fut donc grand lorsque Sa Majesté se montra toute disposée à les signer. Cette facilité leur parut même si peu naturelle qu'ils ne voulurent pas en profiter et prièrent le Roi de garder les pièces pendant quelques jours, de vouloir bien les examiner avec soin, de prendre enfin toutes les informations qu'il jugerait convenables pour s'assurer qu'il n'y avait rien, dans les mesures qui lui étaient proposées, qui pût blesser sa conscience. Il y consentit, mais sans empressement, et trois ou quatre jours après remit à ses ministres, au conseil, lesdites ordonnances bien et dûment revêtues de sa sanction. Il ajouta même, en les leur remettant, qu'après avoir pris l'avis des personnes les plus autorisées dans ce^ matières, il ne lui restait aucun doute, aucun scrupule. On sut qu'il avait conféré avec M. Frayssinous; mais ce n'était pas dans cette conférence qu'il avait, suivant toutes les probabilités, puisé sinon sa conviction, du moins les motifs de sa détermination. Elle lui avait été inspirée par une sorte de conseil de conscience auquel il recourait dans toutes les occasions de quelque importance, dans celles surtout où il s'agissait d'affaires religieuses. L'abbé Ronsin, supérieur ou provincial des Jésuites en France, en faisait partie, et rien ne serait plus conforme à la règle de conduite, avec les habitudes de son ordre, que la consigne de ployer pour laisser passer l'orage, de se résigner à une concession qui désarmerait les méfiances et donnerait le loisir de préparer le moment de ressaisir un pouvoir ébranlé.
Les ordonnances rendues et publiées, il fallait procéder à leur exécution; ce fut alors que commencèrent les diffî-
iig MÉMOIRES DU CHANCELIER PASQUIER.
cultes. Le soulèvement du clergé fut dans le premier moment presque général. L'intention de ne pas obéir fut d'abord hautement manifestée; on qualifia les ordonnances de persécution religieuse. Il y eut un mémoire anonyme rédigé à l'archevêché de Paris dans lequel elles furent représentées comme l'œuvre et le triomphe d'une conspiration révolutionnaire pour la ruine de la religion catholique. L'archevêque de Paris, malgré son ancienne liaison avec l'évêque de Beauvais, ministre de l'instruction publique, malgré l'assentiment qu'il avait donné dans la commission aux mesures que ce ministre avait mises à exécution, ne craignit pas de se mettre à la tête des préparatifs de résistance. M. l'évêque de Beauvais s'était empressé de demander aux évêques les renseignements d'après lesquels le Roi devait autoriser l'établissement des écoles secondaires ecclésiastiques et faire entre elles la répartition des demi- bourses. Il y eut un accord tacite pour ne pas envoyer ces renseignements. L'archevêque de Toulouse fit plus ; il répondit : « Monseigneur, la devise « de ma famille, qui lui a été donnée par Calixte II en 1120, « est celle-ci : Etiam si omnes ego non. C'est aussi celle de « ma conscience. J'ai l'honneur d'être avec la plus respec- « tueuse considération qui est due au ministre du Roi... » Les journaux du parti royaliste et jésuitique, l'abbé de Lamennais à leur tête, sonnèrent l'alarme. A partir de ce moment, le parti religieux dit bien haut que le ministère que le Roi s'était laissé imposer le menait à sa ruine, que les factieux, les révolutionnaires en disposaient entièrement, et que de concessions en concessions, les plus importantes prérogatives ne tarderaient pas à être sacrifiées. Alors on commença à murmurer dans les alentours du cabinet du Roi et des princes le mot de Ministère de concession^ qui servit à ruiner la nouvelle administration dans l'esprit du Roi.
Vers le milieu du mois d'octobre, le ministère n'avait