‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 56 sur 241 · RÉSISTANCE DU CLERGÉ. H · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE DU CLERGÉ. H

plus aucun moyen de ramener par ses seuls efforts les évoques à la raison ; il avait échoué auprès de l'archevêque de Paris, malgré de longs pourparlers, malgré les engagements qu'il avait semblé prendre. La conduite de ce prélat était tout à la fois inconséquente et violente; on pouvait croire qu'elle lui était dictée par quelque dépit secret. On a beaucoup dit, j'incline à le croire, qu'il aspirait au portefeuille des affaires ecclésiastiques, qu'il avait été fort blessé de se voir préférer l'évéque de Beauvais. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'à une liaison fort intime avait succédé une inimitié non dissimulée qui amena bientôt une scène fort imprévue dans le conseil des ministres. M. l'évéque de Beauvais, ayant écrit à Mgr de Paris une dernière et très pressante lettre, en avait reçu, au moment d'entrer au conseil chez le Roi, une réponse offensante. Cette réponse était dans son portefeuille, et le Roi ayant exprimé la confiance que l'archevêque de Paris reviendrait enfin à des sentiments plus modérés, il ne put s'empêcher de dire qu'il avait entre les mains la preuve contraire. Charles X demanda des explications, et la lettre lui fut montrée. A mesure qu'il en faisait la lecture, l'émotion qui se trahissait sur son visage fut telle que le Dauphin demanda s'il ne pourrait aussi jeter les yeux sur cette pièce; elle lui fut passée, et sur l'interpellation de son père : « Qu'en dites-vous? » le Dauphin répondit : « Si j'étais flot. M, l'Archevêque coucherait ce soir à Vincennes. »

A une résistance aussi opiniâtre, le ministère n'avait plus qu'à recourir au Saint-Père ; ce parti devenait d'autant plus urgent qu'on ne pouvait douter que les évêques n'eussent écrit de leur côté à Sa Sainteté. M. le garde des sceaux, qui avait en 1819 traité d'importantes affaires à Rome et qui savait comment il y faut conduire les négociations, fit choix pour celle-ci du sieur Lasagni, conseiller à la Cour de cassation, homme de beaucoup d'esprit, Génois d'origine et ayant été autrefois auditeur de la rote.

Sa mission eut tout le succès désirable. Sa Sainteté fit savoir qu'elle ne trouvait dans les ordonnances rien de contraire aux droits épiscopaux; elle voulait sans doute que ces droits fussent respectés, quant à renseignement des séminaires , mais elle ne prétendait pas imposer au gouvernement français une congrégation que sa législation repoussait. Elle fit donc rédiger une lettre dans ce sens pour les évêques de France; mais comme cette lettre devait être confidentielle, il était nécessaire de désigner celui des évêques qui serait chargé de la communiquer à ses collègues. On se décida pour M. de Latil, archevêque de Reims. Il accepta avec plaisir cette marque de confiance à laquelle sa jalousie contre l'archevêque de Paris donnait un nouveau prix. Ce fut donc lui qui, au grand déplaisir de M. de Quélen, informa ses vénérables collègues que a Sa Sainteté, persuadée du dévouement sans réserve des « évêques de France envers Sa Majesté, ainsi que de leur a amour pour la paix et pour tous les véritables intérêts a de la religion, avait fait répondre que les évêques de- « vaient se confier en la haute piété et sagesse du Roi « pour l'exécution des ordonnances et marcher d'accord « avec le trône ». Le Pape aimait les Jésuites, sans doute, mais il ne prétendait pas les imposer nulle part, en France moins que partout ailleurs. La cour de Rome était trop habile pour faire une pareille faute dans les temps difficiles que traversait la religion. La lettre de Sa Sainteté mit fin à la lutte. Les évêques se résignèrent à envoyer les renseignements demandés. Avant la fin du mois de janvier 1829, le nombre des élèves ecclésiastiques était ramené dans les limites fixées par les ordonnances. Les établissements dont les directeurs ou les professeurs n'avaient pas consenti à la déclaration demandée étaient fermés. Tout rentra dans l'ordre, même dans le diocèse de Toulouse, dont l'archevêque avait envoyé une lettre si hautaine. Le Roi ayant ressenti l'insulte adressée à son

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