‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 58 sur 241 · CLOTURE DE LA SESSION (15 AOUT · texte numérisé non relu

CLOTURE DE LA SESSION (15 AOUT

Chambre de dire qu'il y a lieu de procéder à plus ample instruction? La majorité de la commission avait été d'avis que la Chambre devait déclarer qu'il y avait lieu à instruire sur l'accusation de trahison proposée contre les membres du dernier ministère. On décida que la discussion serait ajournée jusqu'après le budget.

Tout le monde désirait que cette affaire fût abandonnée, les uns voulant éviter le scandale, les autres n'étant pas fâchés que les ministres restassent dans l'état de suspicion légale rendant impossible leur retour aux affaires. L'ajournement après la discussion de la totalité du budget pouvait être avec raison considéré comme indéfini. L'Assemblée, une fois le budget voté, ne devait plus se trouver en nombre suffisant pour délibérer; les choses ont tourné ainsi, et la clôture de la session est venue débarrasser chacun d'une discussion pleine de périls.

La session fut close le 15 août; le ministère en sortait raffermi dans l'opinion publique. Toutes les lois votées avaient été conformes aux intérêts du pays et à ses désirs. Un contrôle sévère avait été établi sur les procédés de l'administration en matière d'élections, la permanence des listes était garantie, la censure facultative abolie, ainsi que le monopole auquel était assujettie la presse périodique, le droit d'interpréter les lois rendu aux trois branches du pouvoir législatif. Enfin un système d'économie adopté dans la confection du budget, ainsi que la spécialité que le gouvernement avait refusée si longtemps. A cela on doit ajouter les ordonnances du 16 juin, qui avaient fait justice des envahissements du clergé, et surtout des Jésuites, dans l'éducation publique.

Dans la Chambre des députés, la position du cabinet était moins solide. Il n'avait pas trouvé près d'elle la confiance à laquelle il croyait avoir droit; dans toutes les questions importantes, il avait rencontré une majorité manquant d'homogénéité, se formant tantôt avec le concours

d'une partie de la gauche, quelquefois avec celui de toute la droite. Les amis particuliers du Roi, ceux qui avaient le plus d'influence sur son esprit, avaient été exaspérés par les ordonnances du 16 juin et avaient tout fait pour amener le Roi à partager leurs ressentiments. En vain les ministres avaient défendu avec chaleur la prérogative royale; ils n'en demeuraient pas moins responsables à ses yeux des attaques dirigées contre cette prérogative. En vain ils s'étaient tenus dans une sage réserve sur les actes de leurs prédécesseurs et avaient tout fait pour détourner les coups qu'on voulait leur porter; le Roi persistait à croire qu'une attitude plus ferme aurait empêché ces tentatives de se produire. N'avait-on pas vu les ministres soutenus par les hommes du centre gauche? Ne devaientils pas tout faire pour se rapprocher des membres de la droite, les seuls sur lesquels il fût possible de compter pour la défense des principes monarchiques?

Dans les choses qui intéressaient le plus le Roi, malgré les bons procédés apparents dont il usait vis-à-vis de ses ministres, sa méfîance se trahissait souvent. Au mois d'avril, quand il fallut remplacer auprès du duc de Bordeaux le duc de Rivière, Charles X, bien loin de prendre l'avis de son ministère, déclara que c'était afi'aire de famille. Le Dauphin, sur ce point, n'était pas moins prononcé que son père, et tout ce qu'on put obtenir fut que les ministres fussent informés de sa décision la veille du jour où le nom du nouveau gouverneur du duc de Bordeaux serait au Moniteur. Le choix se porta sur M. de Damas, en sorte qu'au déplaisir que dut ressentir le cabinet d'être tenu en dehors d'une affaire qui, dans tous les pays soumis au régime parlementaire, est considérée comme essentiellement politique, il fallut joindre celui de voir un membre de l'ancienne administration placé dans une situation qui le mettait dans les rapports les plus intimes avec le Roi.

Un fait plus important encore, et dont les conséquences

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