VOYAGE DE M. DE POLIGNAC A PARIS
ont été grandes, fut le voyage que M. de Polignac fit à Paris à cette époque. J'ai dit ailleurs que M. de Villèlc avait employé toute son habileté à détruire M. de Polignac dans l'esprit du Roi, et l'avait empêché d'entrer dans le ministère. M. de Villèle éloigné, l'impression que ses manœuvres avaient produite s'affaiblit. M. de La Ferronnays, plus que personne, contribua à l'effacer. Ancien camarade de M. de Polignac durant l'émigration, ami de sa famille, se piquant d'autant plus de générosité à son égard qu'il connaissait ses prétentions au ministère des affaires étrangères, il s'appliqua à le relever dans l'esprit de Charles X. Il fit remarquer les dépêches de l'ambassadeur à Londres, qui pouvaient donner une idée avantageuse de son esprit politique. Le succès alla peut-être au delà de ses intentions; mais cependant j'ai lieu de croire que, s'il ne désirait pas voir M. de Polignac au ministère des affaires étrangères, il n'était pas éloigné de penser que sa nomination au ministère de la marine ne serait pas sans utilité. Selon lui, ce qui manquait à la nouvelle administration, c'était un intermédiaire qui pût se placer à propos entre le Roi et les ministres, en qui sa confiance n'était pas suffisamment établie, c'était un témoin dont les opinions et les principes, bien connus de Charles X, le rassureraient sur leurs tendances. Or, M. de La Ferronnays s'était persuadé que M. de Polignac, une fois entré dans le cabinet, partagerait ses opinions, ses vues; ses idées avaient dû se modifier par le séjour qu'il venait de faire en Angleterre. Tout cela pouvait être vrai, mais l'erreur de M. de LaFerronnays fut de croire qu'une fois entré dans le conseil, M. de Polignac se contenterait d'un rôle secondaire. Il se trouva que M. de Polignac avait entre lui et M. Portalis un intermédiaire fort actif, fort habile, M. Laborie. Il était depuis plusieurs années l'agent, le porteur de dépêches de M. de Polignac; il comptait pour rétablir sa fortune faite et détruite déjà plus d'une
fois, sur l'arrivée de ce patron à la tête des affaires. M. Portalis père, ministre des cultes sous Napoléon, l'avait accueilli avec bonté dans sa jeunesse ; il était resté un des habitués de sa famille; il est très probable qu'il chercha à convertir M. Portalis à l'idée de faire entrer M. de Polignac dans le ministère. Dès son retour à Paris, après la clôture de la session, M. de Polignac trouva le terrain bien préparé et n'eut pas de peine à reprendre sur l'esprit du Roi l'influence qu'il avait eue autrefois.