BLOCUS D'ALGER
Le gouvernement français avait encore dans la Méditerranée une affaire dont j'aurai à parler plus longuement plus tard, quand elle prendra une grande importance sous le ministère de M. de Polignac, La conduite insolente du dey d'Alger vis-à-vis du représentant de la France avait amené le rappel immédiat de notre consul. Le gouvernement français avait exigé une réparation éclatante. On avait espéré mettre le dey à la raison par un blocus rigoureux. Ce blocus durait depuis un an sans aucun résultat, malgré quelques beaux faits d'armes exécutés contre des corsaires qui avaient essayé de sortir du port. Le contre-amiral qui commandait la croisière étant mort par suite des fatigues qu'elle lui avait causées, fut remplacé par l'un des capitaines qui s'étaient le plus distingués dans le combat de Navarin, M. de La Bretonnière. Il partit avec des instructions qui, je crois, l'autorisaient à essayer d'une nouvelle entrevue avec le dey. On se plaisait à espérer que la vue de tout ce que sa capitale souffrait l'amènerait à faire quelques concessions. Cet espoir ne se réalisa pas; il fallut en revenir à l'opinion des militaires, qu'on n'aurait raison de ce barbare qu'au moyen d'un débarquement, que c'était une opération dont la difficulté n'était pas grande et dont le succès était assuré. Le maréchal Marmont avait rédigé un mémoire dans lequel il soutenait cette opinion un peu trop optimiste.
En Portugal, dans le courant de février, don Miguel était arrivé pour prendre possession d'une couronne qui lui était cédée par son frère l'empereur du Brésil, sous la condition d'épouser sa fille dona Maria et d'accepter une constitution qu'il avait envoyée de Rio- Janeiro. Cette condition n'avait paru rencontrer aucune difficulté de la part du nouveau roi. Il avait sans hésitation, le 22 février 1828, quatre jours après son entrée à Lisbonne, prêté serment, devant les deux Chambres, à la nouvelle constitution en vertu de laquelle il allait régner. L'étonnement fut donc
universel en Europe, lorsque moins d'un mois après on apprit qu'elle était renversée de fait; plus tard elle fut supprimée en droit par une assemblée d'États que don Miguel avait convoquée conformément, disait-il, aux anciennes lois du royaume, après avoir annulé tous les actes de son frère, empereur du Brésil. L'assemblée avait déclaré qu'il régnait en vertu de son propre droit, qu'il n'était astreint à aucune des conditions imposées par don Pedro ; elle le suppliait de choisir une épouse qui pût bientôt donner un héritier à la couronne.
On aurait pu discuter savamment et longtemps sur la validité des actes de don Pedro, sur les droits que l'ancienne constitution du royaume donnait à don Miguel; mais ce qui n'offrait pas l'ombre d'un doute, c'était la duplicité de ce prince, son manque de respect pour les engagements pris, sous les formes les plus solennelles, non seulement à Lisbonne, mais à Londres, à Paris et même à Vienne. Il n'était parti de cette dernière ville qu'après avoir envoyé par écrit le serment qu'il avait renouvelé en mettant le pied dans ses États. Aussi l'indignation fut-elle générale; tous les ambassadeurs à Lisbonne, moins peut-étrQ celui d'Espagne, cessèrent aussitôt leurs fonctions et furent rappelés par leurs cours. Celui de France n'attendit pas longtemps son ordre de retour; il ne pouvait y avoir à cet égard aucune hésitation dans le ministère français, et il ne rencontra pas d'obstacles dans la volonté du Roi. Toutefois, il faut que je rapporte une anecdote qui m'a été contée par un' des hommes dont la sincérité a toujours été pour moi incontestable, par M. de Caux, alors ministre de la guerre. Ayant eu, deux ou trois mois plus tard, occasion de causer avec Charles X des affaires de Portugal, de tout ce qui se passait de révoltant dans ce royaume : « Oui, sûrement, répondit Sa Majesté, « ce don Miguel est un misérable; il faut pourtant convenir « qu'il leur a escamoté bien adroitement cette sotte consti-