OCCUPATION DE LA MORÉE
envoyée qu'après Tacquiescement formel du cabinet britannique. Par un protocole en date du 19 juillet 1828, l'Angleterre s'était môme engagée à concourir par tous ses moyens maritimes au succès de l'entreprise et notamment à l'approvisionnement des troupes. Il me paraît inutile de raconter comment le succès fut obtenu, après des combats sans importance, comment les troupes n'eurent guère à supporter que les fatigues d'un mauvais campement et les dangers des maladies à redouter d'un climat malsain. Le but qu'on se proposait fut atteint ; non seulement la Morée fut évacuée par Ibrahim, ainsi que l'exigeait la convention, mais les places fortes dont l'occupation avait été réservée aux troupes égyptiennes furent, après une faible résistance, rendues au général commandant l'armée française. C'était le général Maison; il y gagna le bâton de maréchal de France; il l'avait mérité par des entreprises difficiles et des succès militaires éclatants.
Restait à obtenir de la Porte la reconnaissance du nouvel État auquel on venait d'assurer la vie. Quelles seraient ses limites? de quelle nature serait le protectorat dont le couvriraient ces trois puissances? Tout cela fut, sinon réglé, du moins ébauché dans la conférence de Londres et donna lieu, le 16 novembre 1828, à un nouveau protocole.
La conduite du ministère n'avait pas été sans hardiesse ; le parti auquel il s'était arrêté pouvait même paraître téméraire. Hasarder une armée française dans une expédition au fond de la Méditerranée, quand, en cas de rupture avec l'Angleterre, nos forces navales pouvaient se trouver en disproportion écrasante avec celles que, grâce à la possession de Malte et de Corfou, cette puissance pouvait rassembler, n'était-ce pas faire courir à cette armée de périlleuses chances? Elles étaient aggravées par son petit nombre, sans renforts possibles. Il n'était donc pas étonnant que l'Angleterre eût consenti à l'expédition.
Même parmi les hommes nullement hostiles au ministère,
beaucoup pensaient que Taffranchissement de la Grèce allait se décider dans une grande bataille au pied des Balkans, que le secours qu'on lui portait serait inutile, que, si les Turcs étaient vainqueurs des Russes, ils tiendraient peu de compte de ce que les bataillons français avaient fait enMorée; si les Russes remportaient la victoire, les affaires delà Grèce s'arrangeraient d'elles-mêmes. Prétendait-on secourir indirectement la Russie et faire une diversion en sa faveur? Le moyen était mal choisi. Qu'est-ce que les Russes pouvaient craindre dans leur lutte avec les Turcs? C'était une intervention armée de l'Autriche en faveur de ceux-ci; la France seule pouvait parer à ce danger en déclarant que, dans le cas où l'Autriche manifesterait l'intention d'intervenir en Orient, elle entrerait en Italie. Cette manière d'envisager la question n'était certainement pas dénuée de raison ; je ne puis cependant m'empêcher de penser que, dans la situation du ministère vis-à-vis du Roi et du pays, la résolution à laquelle il s*est arrêté a été la meilleure. Il n'eût jamais obtenu du Roi l'attitude que je viens d'indiquer visà-vis de l'Autriche; d'un autre côté, il fallait agir. La cause des Grecs était très populaire; le public n'eût jamais admis qu'on tardât à les secourir et qu'au lieu de les délivrer de la barbarie des Égyptiens d'Ibrahim, on se fût borné à continuer le blocus, en attendant les résultats de négociations dont le succès était fort douteux. Il était pohtique d'engager le Roi dans une cause qui, aux yeux des populations, n'était pas, comme la guerre d'Espagne, recommandée par des intérêts dynastiques. Il était bon qu'il parût ému par les souffrances d'une population que recommandaient les plus glorieux souvenirs, qu'il se fit le défenseur des droits de l'humanité méconnus et opprimés. En dehors des avantages politiques et commerciaux que la France devait retirer de la constitution d'un royaume grec indépendant, le ministère a bien mérité du Roi en lui conseillant la ligne qui a été suivie.