SOLLICITATIONS AUPRÈS DE M. PASQUIER
mart pour rédiger les instructions qui devaient être données à Tun et à Tautre, relativement aux affaires de la Grèce.
M. de Polignac n'était nullement désireux de retourner à Londres; il l'avait quitté salué du titre de ministre des affaires étrangères par les principaux personnages du gouvernement anglais, notamment par le duc de Wellington. Le cabinet anglais désirait vivement voir à la place de M. de La Ferronnays un homme sur lequel il pouvait compter dans toutes les affaires d'Orient ; aussi suis-je certain que des démarches furent faites auprès de Charles X dans ce sens.
M. de Polignac n'épargnait rien pour arriver à former la liste de son ministère; il frappait à toutes les portes. Il s'adressa à M. Laine, à M. Portai, à M. Royer-CoUard, à M. Mole. Il m'envoya le fils du marquis de Boissy, pair de France, mon parent. Ce jeune homme était attaché au ministère des affaires étrangères et avait été employé sous M. de Chateaubriand, auquel il était resté fort dévoué. Il vint me déclarer que M. de Polignac, étant au moment de former un ministère, me proposait d'y entrer avec lui, me laissant choisir le portefeuille qui me conviendrait le mieux. Tout en déclinant cette proposition, je voulus savoir comment celui qui l'envoyait entendait composer cette administration : d'abord M. de Chateaubriand, si cela lui convenait, puis M. Mole, M. Royer-CoUard et quelques membres du ministère actuel. Je vis que ceux qu'on désirait le plus étaient M. Roy et M. Hyde de Neuville. On attachait peu d'importance à M. de Martignac, dont on affectait de regarder le talent comme assez futile (1). Quant à M. Portalis, que je nommai comme étant celui que je supposais le plus agréable au Roi et auquel on devait tenir pour beaucoup
(1) Il était de bon air, parmi les habitués du palais, de dire de M. de Martignac qu'il n'était qu'une jolie serinette. Charles X lui-môme a répété plusieurs fois le propos.
de raisons : « Oh! pour celui-là, jamais I me répondit-on. C'est impossible I » Rien ne démontre mieux combien l'incompatibilité était profonde. Je n'ai eu l'explication de ce fait que plus tard, quand j'ai connu la conversation entre M. Portalis et M. de Polignac. Il ne fut pas question de M. de Villèle, qui affectait alors de se tenir à l'écart. Parti pour sa terre, près de Toulouse, dans les derniers jours de la précédente session, il n'en était point encore revenu; ses amis annonçaient que son intention n'était pas d'assister à celle qui allait s'ouvrir.
Je ne pus m'empêcher de dire à M. de Boissy qu'il me paraissait impossible que M. de Polignac pût réunir une majorité à la Chambre des députés. Il me répondit que j'étais dans l'erreur, que M. de Polignac était absolument certain qu'il serait aisé de former une majorité royaliste décidée à marcher d'accord avec lui. Sur mon refus d'entrer dans la combinaison qu'il me proposait, M. de Boissy se retira. Je croyais n'en plus entendre parler, lorsque je le vis reparaître au bout d'un quart d'heure. Il demeurait dans la même rue que moi, et M. de Polignac avait évidemment attendu chez lui ma réponse. Il revenait pour m'annoncer que M. de Polignac, pour vaincre ma résistance, me proposait de me joindre à M. Laine. L'association avec lui devait me convenir; elle me garantissait qu'aucune personne pour qui j'aurais de la répugnance ne serait admise dans la nouvelle organisation ministérielle. Il me répétait qu'il me laissait le choix du portefeuille que je préférais, même celui des affaires étrangères. M. de Polignac se contentait de la présidence sans portefeuille, ou même, si on l'aimait mieux, du ministère de la maison du Roi sans présidence. Ma détermination ne fut pas plus longue à prendre cette fois que la première, et M. de Boissy se retira en déplorant mon obstination et les funestes conséquences qu'elle pouvait entraîner. Il ajouta que, si j'avais voulu dire oui, l'ordonnance aurait été signée le lendemain