‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 77 sur 241 · LA RÉFORME MUNICIPALE · texte numérisé non relu

LA RÉFORME MUNICIPALE

blées électorales d'aiTondissement, mais les conseils d'arrondissement. Ils les considéraient comme une superféta tion dans la machine gouvernementale. C'était une idée que M. de Barante, l'un des plus éclairés sans doute parmi les doctrinaires, avait mise en avant dans un ouvrage publié depuis quelques années; elle avait eu un \Tai succès parmi ses amis. Les libéraux aimaient à croire qu'on arriverait ainsi à la suppression des sous-préfectures; ce qui avait à leurs yeux l'avantage de priver le gouvernement de l'influence qu'il pouvait encore exercer en beaucoup d'occasions par l'intermédiaire des sous-préfets. Cela dit assez pourquoi, de son côté, le ministère devait défendre l'existence d'une partie aussi essentielle des fonctionnaires par lesquels il avait le moyen d'agir sur la population.

Je ne prétends discuter ni la valeur théorique ni les résultats probables de ces modifications; je veux seulement indiquer les divergences qui se produisirent progressivement entre le gouvernement et les membres des deux commissions. Beaucoup de personnes en redoutaient les conséquences et s'étaient efforcées de faire sentir aux uns et aux autres la nécessité de trouver un terrain de conciliation. Plusieurs conférences secrètes dans lesquelles je fus appelé avec quelques amis du ministère, eurent lieu chez M. de Martignac sans amener de résultat. Pendant que nous cherchions en vain les moyens d'amener un rapprochement, la mort de M. de Sainte-Aulaire rendit notre tâche plus difficile. Son fils héritait de sa pairie ; il était député, membre de la commission départementale, et dut cesser ses fonctions. C'était un des meilleurs esprits, un des plus conciliants; il avait de l'influence, et si quelqu'un pouvait amener un rapprochement, c'était lui. Il eût sans doute été nommé rapporteur et eût cherché à atténuer les périls du conflit. Le général Sébastiani le remplaça et fut, comme il le désirait passionnément, nommé rapporteur;

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mais le rapport sur de pareilles questions était évidemment au-dessus de ses forces. Il eut recours à M. Guizot, qui saisit cette occasion de mettre en lumière les idées qui lui étaient chères depuis quinze ans.

Le ministère se croyait sans doute quelques droits de compter sur lui, car il venait de le reporter, sans grande difficulté de la part du Roi, sur la liste du Conseil d'État. Cette considération n'était pas faite pour arrêter M. Guizot. Il fit un travail extrêmement remarquable, mais que les circonstances rendaient peu politique. Il faut convenir toutefois que le résultat des élections partielles par suite du décès de députés avait montré Tinfluence croissante du parti constitutionnel et libéral. La confiance du centre gauche et de la gauche s'était accrue, et ce côté de la Chambre devait être d'autant moins disposé à renoncer à ses idées qu'elles avaient été adoptées parles commissions. D'autre part, la méfiance du Roi augmentait, et il insistait plus que jamais auprès de son ministère pour qu'il ne fît aucune concession. Il y eut une de ces élections surtout qui produisit sur son esprit, aussi bien que sur M. le Dauphin et Madame la Dauphine, une impression très fâcheuse. Le général Clausel, l'un de ceux qui furent portés en 1815 sur la liste de bannissement, celui qui, au mois de mars de cette même année, avait, à la tête des troupes dont Napoléon venait de lui confier le commandement, forcé la duchesse d'Angoulême à abandonner la ville de Bordeaux, venait d'être élu à une grande majorité dans l'arrondissement de Rethel, oii il n'avait aucune propriété, où il était inconnu, par la seule influence du parti libéral. Le parti royaliste affecta de voir dans cette élection une attaque directe contre la famille royale. On prétendit que le Roi avait dit en l'apprenant : « C'est un coup de canon tiré contre les Tuileries. »

Il avait été convenu que la loi sur l'organisation communale serait discutée la première; mais les personnes qui

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