LES ORDONNANCES. M
l'opinion publique» à la suite des ordonnances venait une liste de faveurs personnelles :
1° Des réintégrations dans le conseil d'État, parmi lesquelles figuraient les noms les plus antipathiques aux amis de l'ordre constitutionnel : MM. Delavau, de Vaublanc, Dudon, Forbin des Issarts, de Frenilly, Sirieys de Mayrinhac, Franchet, de Castclbajac, Cornet d'Incourt, de Formont et de Conny. Voilà les hommes dont le secours était jugé nécessaire; leurs noms disaient le but qu'on voulait atteindre.
2° Une ordonnance séparée nommait conseiller d'État honoraire M. Bergasse, le fameux rédacteur du traité de la Sainte-Alliance» devenu depuis plusieurs années le partisan le plus déclaré du pouvoir absolu.
Le Roi, ne voulant pas s'exposer à voir le premier mouvement de surprise ou de désapprobation se produire autour de lui, avait pris le singulier parti de défendre la distribution d'aucun des exemplaires du Moniteur dans le château de Saint-Cloud; pour plus de précaution, il partit de bonne heure pour Rambouillet, où une partie de chasse était arrangée, et où il devait diner. Il put ainsi ne revenir à Saint-Cloud que pour l'heure de son coucher et ne fut, par conséquent, exposé à l'importunité d'aucune parole dont son oreille aurait pu être blessée. Madame la duchesse de Berry, seule, à sa rentrée à Saint-Cloud, alla se jeter dans ses bras et lui dit qu'il était enfin Roi !
Dans Paris, la stupéfaction fut générale; cependant, bien des fois cet acte de violence avait été annoncé par les journaux libéraux comme un péril auquel on n'échapperait pas, et par les journaux royalistes comme une ressource à laquelle il faudrait arriver. On s'attendait à de vives résistances, mais on en reculait généralement l'époque au moment où le gouvernement mettrait en action son organisation électorale. Le refus de l'impôt se présentait aussi comme un des moyens de protester.
Dans le corps diplomatique, l'inquiétude et la désapprobation se traduisaient publiquement. Je puis assurer que, parmi les ambassadeurs et les ministres qui, dans la matinée du lundi, allèrent voir M. de Polignac (c'était son jour de réception), il n'y eut que l'ambassadeur d'Autriche qui se laissa aller à dire que tout se passerait bien, et qu'on ne devait avoir aucune inquiétude. N'avait-on pas vu avec quelle facilité, trois ans avant, la garde nationale de Paris s'était laissé dissoudre? Le dépit des mécontents était plus bruyant que redoutable. Il tint ce langage devant plusieurs de ses collègues, mais sans trouver d'écho.
La journée du lundi se passa assez tranquillement jusque vers neuf heures du soir. Alors, un rassemblement s'étant formé devant l'hôtel des affaires étrangères, les vitres furent cassées aux cris de : Vive la Charte! A bas les ministres! Ces préludes annonçaient pour le lendemain une journée plus orageuse, et M. de Polignac, sur les avis qu'il reçut le mardi matin, crut devoir prendre quelques précautions 'pour la sûreté de son hôtel. Une centaine de gendarmes, un bataillon de ligne et cinq cents hommes de la garde royale furent placés aux alentours. Sur l'avis qu'il fit parvenir au Roi de l'agitation qui se manifestait, Sa Majesté se décida à donner au maréchal de Raguse, qui était de garde, l'ordre d'aller prendre à Paris le commandement de toutes les troupes. Dès le 25, le Roi avait signé une ordonnance qui donnait au maréchal, outre le commandement de la garde, celui de la première division militaire. Mais, toujours fidèles à la loi du secret qu'ils s'étaient imposé, les minisires n'en avaient point informé le maréchal. Il fut tenu dans cette ignorance jusqu'au moment où il reçut de la bouche du Roi Tordre de partir sur-le-champ pour Paris. L'affaire paraissait alors si peu sérieuse à Charles X, qu'il lui donna comme dernière instruction de revenir coucher le soir h Saint-Cloud, si, comme il le présumait, tout se trouvait calmé. Le mare-