‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 5)Chapitre 117 sur 239 · M. DE POLIGNAC EN JUILLET · texte numérisé non relu

M. DE POLIGNAC EN JUILLET

« M. de Mortemart peut être à la tête du conseil. » S'il pouvait en être ainsi, combien M. de Guernon et M. de Peyronnet sont coupables! car ils n'étaient pas aveuglés par les mêmes illusions que leurs collègues. Dans les interrogatoires qu'ils ont subis, ils n'ont jamais nié la nécessité d'un consentement unanime.

Ajouterai-je, pour achever de peindre l'aveuglement, l'inconséquence et la légèreté de ces hommes dans la plus grave des situations, que M. de Polignac a passé la soirée de dimanche jusqu'à onze heures à entretenir plusieurs des collaborateurs du ministère des affaires étrangères, ceux dans lesquels il avait le plus de confiance, de la prochaine ouverture des Chambres, de ce qu'il conviendrait de faire entrer dans le discours de la couronne! L'homme qui avait l'esprit si libre et si enjoué portait la triple responsabilité de la présidence du conseil, des affaires étrangères et du ministère de la guerre! Confident intime du Roi, le lendemain matin il affrontait une crise dans laquelle le prince qu'il aimait jouait sa couronne. Est-il vrai, comme on Ta dit, qu'il puisait sa béate sécurité dans la certitude d'un secours surnaturel, qu'il avait eu des visions qui le lui annonçaient? Comment expliquer autrement son étrange incurie et la totale absence des préparatifs indispensables, alors même qu'il ne dût pas prévoir la gravité et l'étendue du soulèvement auquel il allait bientôt tenir tète? Cette incurie fut poussée à ce point que le préfet de police ne fut positivement informé que le dimanche soir des actes qui allaient être mis au jour le # lendemain matin. M. de Peyronnet avait demandé au conseil, dès le mercredi précédent, la permission de le mettre dans la confidence; mais elle lui avait été refusée. M. de Champagny, sous-secrétaire d'État au ministère de la guerre et qui en était le véritable administrateur, fut tenu dans une aussi complète ignorance. Cela amusait M. le Dauphin, qui, le lundi matin, dit en se frottant les

mains : « Enfin, jusqu'à Champagny qui n'a rien su! » La première des quatre ordonnances soumettait tous les journaux ou écrits périodiques au-dessous de vingt feuilles d'impression à la nécessité d'une autorisation préalable, laquelle équivalait à la censure, parce qu'elle en entraînait l'usage sans qu'il fût besoin d'en parler. Elle était contresignée par tous les ministres. La seconde prononçait la dissolution de la Chambre des députés; celle-là n'était contresignée que par M. de Pcyronnet. La troisième contenait une nouvelle loi d'élection avec le système de deux degrés, puis la prescription qu'à l'avenir, et conformément à l'article 46 de la Charte, aucun amendement ne pourrait être fait à une loi dans la Chambre, s'il n'avait été proposé ou consenti par le Roi et s'il n'avait été renvoyé et discuté dans les bureaux. Celle-là encore était contresignée par tous les ministres . La quatrième convoquait d'abord les collèges électoraux pour le 6 et le 18 septembre, puis la Chambre des pairs et celle des députés pour le 28 du même mois. Elle n'était contresignée que par M. de Peyronnet.

Ainsi une Chambre était dissoute avant d'avoir été assemblée, avant d'avoir existé. Ainsi deux lois qu'on pouvait appeler fondamentales : celle sur la liberté de la presse, celle sur l'exercice du droit électoral, étaient renversées de fond en comble par voie d'ordonnance, et elles étaient remplacées par le même procédé! Et tout cela fondé sur le prétendu droit que, à l'aide de l'interprétation le plus évidemment forcée, on faisait résulter de l'article 14 de la Charte ! Les quatre ordonnances étaient précédées d'un exposé des motifs dans lequel se trouvait établie la doctrine de l'omnipotence que le Roi puisait dans cet article 14. 11 était surtout parlé de la nécessité de réprimer la licence de la presse; la question électorale était laissée de côté.

Pour que rien ne manquât de ce qui devait soulever

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