POURPARLERS AVEC L'INSURRECTION
lui arracher. Les députés réunis avaient voté la plus énergique des protestations, mais ils n'avaient pas l'intention de pousser les choses à la dernière extrémité. Peu confiants dans l'issue du combat, ils ne voulaient pas une révolution, tant s'en faut. Ce qu'ils souhaitaient par-dessus tout, c'était un accommodement avec le Roi ; on ne pensait nullement à le renverser. Que les ministres fussent renvoyés, que les ordonnances fussent rapportées, et les armes tombaient des mains. On crut à propos de tenter une démarche auprès du maréchal, qu'on conjurait de faire cesser l'effusion du sang. On essayait de lui faire comprendre qu'il était de son devoir d'éclairer le Roi, de le supplier de mettre un terme à un conflit devant amener tant de malheurs, en renonçant à des actes injustifiables et en sacrifiant des hommes avec lesquels toute réconciliation était devenue impossible. MM. Laffitte, Casimir Perier, le comte de Lobau, le général Gérard et M. Mauguin furent chargés de cette délicate négociation. Ils parvinrent, non sans peine, à pénétrer auprès du maréchal, qui les entendit avec de grandes marques d'intérêt, mais leur répondit que ses pouvoirs ne s'étendaient pas jusqu'à accepter de semblables propositions, et qu'il ne pouvait faire cesser le feu qu'après la soumission complète des citoyens. Pour cela, il réclamait à son tour la haute influence des cinq commissaires. Ceux-ci répondirent qu'ils n'avaient aucun moyen de parler de soumission, du moment où ils n'auraient à annoncer aux combattants aucune satisfaction sur les griefs qui leur avaient mis les armes à la main. Le maréchal promit alors qu'il allait faire part au Roi de la démarche des députés ; il leur ferait ensuite connaître sans retard la réponse de Sa Majesté, ne dissimulant pas, toutefois, qu'il n'espérait guère qu'elle fût favorable. Ils allaient se retirer, quand il leur demanda s'ils ne voudraient pas voir M. dePolignac et, sur leur réponse affirmative, entra dans une pièce voisine,
dont il ressortit au bout de quelques minutes. Il avait rendu compte à M. de Polignac des conditions que les députés mettaient à leur intervention auprès du peuple. Le président du conseil avait alors répondu qu'il était inutile d'avoir avec eux aucun entretien, qu'il ne fallait pas les retenir plus longtemps. Le maréchal fit aussitôt prévenir le commandant de la gendarmerie qu'il ne devait pas procéder à l'arrestation des personnes désignées par M. de Polignac.
Les colonnes lancées contre les insurgés avaient rencontré des obstacles auxquels elles ne s'étaient pas attendues. Les pavés arrachés, les arbres abattus sur les boulevards, formaient des barricades de tous côtés; des coups de fusil très bien ajustés partaient des fenêtres, des coins de rue, et les hommes qui les avaient tirés se mettaient à couvert dans les allées, dans les cours, aidés par une population sympathique qui les protégeait autant que possible sans trop se compromettre.
Quand un tel esprit règne dans une ville aussi étendue que Paris, la lutte n'est plus possible pour des troupes régulières qui no voient pas les ennemis auxquels elles ont affaire et qui sont frappées par des mains invisibles. La colonne qui s'avançait par les boulevards eut beaucoup de peine à franchir la porte Saint-Denis et la porte Saint- Martin. A mesure qu'elle s'avançait, renversant les barricades, celles-ci se relevaient derrière elle, et quand elle eut gagné la place de la Bastille, la rue Saint-Antoine était si obstruée et le retour devint si périlleux que le -général qui la commandait prit le parti de gagner le pont d'Austerlitz, pour rentrer au Carrousel par les boulevards du sud. La colonne de la rue Saint-Honoré arriva au marché des Innocents après une très pénible marche et s'y trouva en quelque sorte bloquée, ne pouvant plus communiquer avec le quartier général* que par des émissaires déguisés. Celle qui marchait par les quais pénétra jusqu'à l'Hôtel de