M. DE MORTEMART A SAINT-CLOUD
l'heure accoutumée; le duc de Mortemart, pensant qu'il serait peut-être dans le cas de partir la nuit» s'approcha du Dauphin et lui dit : « Monseigneur, comme vous coma mandez les troupes, je pense que vous voudrez bien « donner Tordre de laisser passer moi et ma voiture en cas « de besoin. » A quoi le Dauphin répondit entre ses dents : « Oui, oui, des ordres! »
M. de Mortemart attendit encore une ou deux heures avant de se jeter sur son lit. Il fut réveillé entre quatre et cinq heures par MM. de Vitrolles et d'Àrgout, revenant tous les deux de Paris. Ils lui dirent comment leur mission avait été accueillie, et ajoutèrent qu'il n'y avait pas un moment à perdre pour proûter des dispositions qu'ils avaient rencontrées. Elles étaient sans doute favorables, mais rien n'en garantissait la durée. « Partez donc à « l'instant ; on vous attend ; vous seul pouvez sauver « encore la dynastie, peut-être la monarchie. — Mais coma ment voulez-vous que je parte? Je n'ai pas même l'or- « donnance signée qui rapporte celles du 25 ! Je n'ai pas « davantage celle qui doit nommer M. Perier et le général « Gérard; je n'ai pas de pouvoirs, je n'ai rien enfin. » Il fut résolu que le duc de Mortemart allait essayer de forcer la chambre à coucher du Roi ; mais il fallait avant rédiger les ordonnances. On se borna à celles que Charles X ne pouvait refuser de signer, c'est-à-dire celles qui rapportaient les ordonnances, qui changeaient le ministère Polignac, qui rétablissaient la garde nationale et nommaient aux différents ministères M. Perier, le général Gérard; les autres restaient en blanc. Il en était de même pour celle qui nommait le commandant de la garde nationale. Êtait-il possible de se flatter qu'on en obtiendrait un autre que M. de La Fayette? Mais après la conversation de la veille, on n'osa mettre ce nom sous les yeux du Roi, on n'osa pas davantage lui proposer de signer l'adoption de la cocarde tricolore, bien qu'il fût reconnu entre ces messieurs que
M. de Mortemart, en arrivant à Paris, ne pouvait se dispenser d'y consentir. On résolut enfin de se contenter de sa parole royale pour l'armistice et pour l'amnistie. Il fallait de toute nécessité aller en avant.
Tout se trouvant ainsi convenu à la hâte, muni des pièces qui furent toutes rédigées par M. d'Argout, le duc de Mortemart se présenta à la porte du Roi, qu'il parvint à se faire ouvrir. Le duc de Duras, qui était déjà à son poste de premier gentilhomme, lui en facilita les moyens. Charles X était plongé dans un profond sommeil. M. de Mortemart, quand le Roi fut éveillé, lui apprit le retour de M. de Vitrolles et de M. d'Argout, lui fit le récit des nouvelles, qui toutes, si Sa Majesté persistait à le nommer président du conseil, rendaient son prompt départ indispensable; mais il ne pouvait partir sans emporter les pièces dont il avait été question la veille. Alors recommencèrent les objections. Tout cela était-il donc nécessaire? Le rétablissement de la garde nationale, surtout avec la nomination de M. de La Fayette, était de toutes les concessions la plus dure aux yeux de Charles X, tant les anciens souvenirs avaient de puissance sur son esprit. Voyant qu'à lui seul il ne parvenait pas à convaincre Sa Majesté, le duc de Mortemart proposa de faire entrer M. de Vitrolles et M. d'Argout. Le Roi refusa de voir M. d'Argout, mais accepta avec empressement M. de Vitrolles. Il voulut rester seul avec lui; ce fut un nouvel affront que dut supporter M. de Mortemart. La conférence ne fut pas longue; au bout de cinq minutes, tous les obstacles étaient levés, les ordonnances signées. On le voit, il n'avait été question ni de la nomination d'un lieutenant général, ni d'une abdication. C'est donc bien gratuitement que quelques personnes ont supposé que le duc de Mortemart avait des pouvoirs dont il a négligé de faire usage.
Le nouveau président du conseil partit enfin, accompagné de M. d'Argout, dont le secours, en arrivant à Paris,