CE QU'AURAIT DU FAIRE CHARLES X
monde savait que la nomination du duc de Morte m art lui déplaisait. Dans la matinée du vendredi, le maréchal Marmont ayant été lui rendre compte de la visite des postes» il ne put, malgré le peu de confiance qu'il avait en lui, s'empêcher d'exprimer son mécontentement du retrait des ordonnances. « Mon père, ajouta-t-il, fait beaucoup de « choses que je n'approuve pas. »
Toutes les troupes qui composaient la garnison de Paris, ainsi qu'une partie des régiments de la garde, arrivaient de tous côtés. Il n'y avait aucun moyen assuré de les nourrir, de les payer. On était sans argent; l'imprévoyance de M. do Polignac avait été jusqu'à ce point que la caisse particulière du Roi no contenait que 60,000 francs.
Quand, dans quelques années, on racontera k révolution de Juillet; quand, en dehors des passions, de l'ardeur de la lutte, on jugera les choses qui l'ont rendue possible, on ne pourra jamais comprendre comment un roi de France a été vaincu, détrôné en trois jours, sans avoir su prendre une position d'où il lui eût été si facile d'inspirer le respect nécessaire pour traiter, sinon pour lui, du moins pour son fils et son petit-fils. Pourquoi, dans la journée du vendredi, au lieu d'attendre qu'on le vînt menacer dans sa position de Saint-Cloud, qui était intenable militairement parlant, n'a-t-il pas pris le parti de se retirer par Saint-Germain sur Compiègne, de s'y faire rejoindre par tous les corps de sa garde, formant à elle seule une armée de plus de trente mille hommes sur lesquels il pouvait compter? De là il donnait la main au camp de Saint-Omer. Il aurait eu le temps de faire arriver la cavalerie du camp de Lunéville; c'était l'arme la mieux disposée pour sa cause. Une attitude aussi ferme, après des concessions raisonnables faites à l'opinion publique, aurait forcé le parti qui lui était le plus hostile à compter avec lui. Les provinces favorables au Roi auraient eu le temps de se prononcer.
Le maréchal Marmont, consulté le vendredi parCharles X,
n'hésita pas à lui conseiller de se mettre à la tête des troupes restées fidèles, de se transporter au plus vite sur la Loire. a Votre Majesté, lui dit-il, pourra s'établir à Blois, où elle « appellera le corps diplomatique, où elle pourra convo- « quer les Chambres. — Pourquoi pas à Tours? répondit le « Roi. Avant de prendre ce parti, il faut que j'attende le « résultat du voyage du duc de Mortemart à Paris. — Puis- « qu'il n'a encore rien produit, répliqua le maréchal, je « crois qu'il n'en faut rien espérer, et Votre Majesté n'a pas « de temps à perdre pour quitter Saint-Cloud. » S'il faut en croire M. de Guernon-Ranville, le maréchal Marmont aurait donné à M. le Dauphin les mêmes conseils et, sur la demande du prince, aurait rédigé une note de quatre pages qu'il devait communiquer à Charles X. Il faut bien le reconnaître, le Roi s'est abandonné lui-même; dès que les affaires ont pris une tournure alarmante, il n'a pas su prendre les mesures que le plus vulgaire bon sens indiquait. Charles X avait soixante-quatorze ans; M. le Dauphin, qui aurait dû le soutenir, avait perdu tout sang-froid, mettant de la violence et de l'emportement là où il eût fallu une courageuse fermeté.
Dans la journée de vendredi, les mauvaises nouvelles arrivaient de tous côtés; ainsi la ville de Versailles s'insurgeait et arborait le drapeau tricolore; toutes les petites communes environnantes suivaient cet exemple, barricadant leurs rues et leurs portes; Saint-Germain avait fermé les siennes à un régiment; vingt grenadiers de la garde royale abandonnèrent un poste qui leur était confié. Une scène violente eut lieu à propos d'un ordre du jour publié dans la soirée du vendredi par le maréchal Marmont. Cet ordre du jour n'avait pas été, comme il eût dû l'être, communiqué au prince généralissime. Il annonçait aux troupes, qui le reçurent avec grande satisfaction, la nouvelle du départ du duc de Mortemart pour Paris et l'annulation des ordonnances, deux faits qui déplaisaient au prince. De son