LA FORMULE DU SERMENT
parla, en termes très brefs, de retendue des devoirs qu'il venait de contracter, de sa ferme résolution de les remplir, et des espérances qu'il se plaisait à concevoir pour l'avenir. Le commissaire au département de la justice invita MM. le& pairs et MM. les députés à regagner leurs Chambres respectives. Là, le serment de fidélité au Roi, à la Charte constitutionnelle et aux lois du royaume, serait individuel^ lement prêté; puis la séance fut levée.
La séance du lendemain 10 août, à la Chambre des. pairs, devait être la première à laquelle le public serait admis. J'allais monter au fauteuil quand on m'avertit que. M. Guizot et, je crois, M. Sébastiani demandaient à me parler. Ils arrivaient de la Chambre des députés, pour me demander de renvoyer la séance au lendemain, attendu, me disaient-ils, que la Chambre des députés ne se contenterait pas de la formule du serment qu'on avait lu la veille. D'après ce qui venait d'être dit dans les bureaux, il était certain qu'elle en adopterait une plus explicite. Je m'efforçai de leur faire comprendre tout ce que ce changement aurait de fâcheux, qu'il ferait naître la défiance sur les intentions du gouvernement. Pourquoi, le lendemain de la séance royale, revenir sur ce qui y a été solennellement annoncé? Pour les mieux convaincre, j'appelai à mon aide M. de Sémonville, ainsi que M. Mole et le duc de Broglie, Comme moi, ils affirmèrent que, si la formule du serment était changée, un grand nombre de pairs se retireraient. J'ajoutai que l'heure de notre réunion avait été indiquée à la séance royale de la veille; que je ne prendrais pas sur moi de la renvoyer; que tout ce que je consentais à faire, c'était de la retarder d'une heure; que si, dans cet intervalle, une décision officielle du ministère requérait la remise au lendemain, je ferais connaître la démarche à la Chambre, qui prononcerait. Si je ne recevais rien avant ce délai, j'ouvrirais la séance et ferais prêter le serment suivant la formule annoncée. MM. Guizot, Sébastiani, de
Broglie et Mole partirent pour le Palais-Royal, ou ils allèrent délibérer avec le Roi.
L'heure fut longue à passer. On s'était bientôt douté, dans la Chambre, que ce retard imprévu devait avoir un motif sérieux; l'inquiétude était extrême. Enfin M. Mole et le duc de Broglie revinrent avant que l'heure fût expirée et me dirent que le conseil s'était rangé à mon avis, que je pouvais ouvrir la séance. Je lus la formule du serment; elle était littéralement conforme à celle précédemment usitée dans la Chambre des pairs. On procéda ensuite à l'appel nominal. C'était une dure épreuve pour tous les vieux serviteurs du Roi, pour ceux qui avaient été attachés à sa personne. Lorsqu'on leur avait demandé de voter sur la déclaration, ils avaient pu mettre dans l'urne un vote négatif ou un billet blanc; il fallait aujourd'hui émettre un vote public! Le nombre des votants n'était que de cent cinq. Le vicomte Dambray seul déclara que sa conscience et ses affections lui commandaient de s'abstenir, jusqu'à ce que le serment qu'il avait prêté autrefois fût jugé suffisant pour lui laisser le droit de voter, et il se retira. Tous les autres pairs se soumirent et prêtèrent le serment demandé. Parmi ceux dont la résolution était attendue avec le plus d'anxiété, se trouvait le duc de Fitz-James. La nouvelle des derniers événements l'avait surpris hors de France; arrivé la veille, il avait hésité sur le parti qu'il devait prendre. Au moment de l'ouverture de la séance, il n'était pas encore décidé. Quand on appela son nom, il demanda à dire quelques paroles. Il est impossible d'en imaginer de plus touchantes : les affections de toute sa vie, ses sentiments les plus intimes, le profond attachement pour son vieux maître, conduit à sa perte par des serviteurs insensés, voilà donc ce qu'on lui demandait de sacrifier! Il s'y résignait, le cœur déchiré; la ruine de tout ce qu'il avait servi avec passion était irrévocable. Beaucoup de ses collègues, parmi les plus sages, avaient accepté les faits qui depuis