DISCOURS DU DUC DE FITZ-JAMES
six jours avaient décidé des destinées do la France. Ils avaient pensé sans doute que, devant l'anarchie prête à tout détruire, il fallait se mettre au-dessus de ses sentiments personnels pour sauver la patrie. Do tels exemples ne pouvaient le laisser longtemps incertain ; c'était donc à eux qu'il sacrifiait toutes les affections qui depuis cinquante ans l'attachaient à la vie ; c'étaient eux qui exerçaient sur son cœur une influence irrésistible et lui donnaient la force de prononcer ce serment qu'on exigeait de lui. L'émotion dans la Chambre fut très considérable; ces paroles, prononcées par le serviteur le plus ardemment dévoué au roi détrôné, étaient la plus terrible condamnation pour les conseillers qui avaient causé tant de ruines! Plusieurs des pairs appelés après le duc de Fitz-James à prêter le serment déclarèrent le faire parles motifs si noblement exprimés par leur collègue. Le duc de Mortemart fut de ce nombre, ainsi que ceux dont l'attachement à la monarchie légitime ne pouvait être douteux : MM. de Duras, de Montmorency, d'Avaray, de Brancas, de Castries,de Montesquiou, de Crillon... puis beaucoup d'hommes attachés à la cour, les maréchaux et les généraux les plus connus.
On a beaucoup affecté, depuis, de compter pour peu la Chambre des pairs; cependant son adhésion était un fait de la plus haute importance, sinon pour Paris, du moins pour les provinces et surtout l'étranger.
La prestation du serment eut lieu le lendemain à la Chambre des députés ; là les situations n'étaient pas si délicates que dans la Chambre des pairs. Le nombre des députés ayant des attaches personnelles avec le roi Charles X n'était pas grand; l'immense majorité de la Chambre était donc très décidée à prêter le serment. La question d'un serment plus explicite fut soulevée au commencement de la séance, mais elle fut écartée, par la raison décisive que la forme du serment ne pouvait être changée que par un« loi. Il n'y eut pas, ce jour-là, plus de huit à dix
refus, parmi lesquels celui de M. Hyde de Neuville. Il avait envoyé sa démission dans une lettre fort digne; M. Berryer, M. Becquey, M. de Berbis. M. de Martignac et M. Royer- Collard se résignèrent. Leurs seutiments, leurs opinions bien connus, ne permettaient pas de mettre en doute leur profonde conviction que la soumission aux actes accomplis était commandée par une invincible nécessité. . Charles X et sa famille poursuivaient à petites journées leur triste voyage. II fallut quatorze jours pour franchir une distance de quatre-vingts lieues. Rien de plus désolant que cette lente traversée d'un pays où ils auraient été, quelques mois plus tôt, accueillis par tant d'acclamations! Quelques témoignages de respect et d'afFection leur furent donnés par de Gdèles serviteurs qui se trouvaient de loin en loin sur leur passage; mais nulle part il n'y eut la moindre apparence de sympathie populaire; rien qui pût faire supposer un revirement favorable dans l'opinion publique. Il fallait bien, quelque pénible que fût cet aveu, reconnaître que la chute de ce régime avait été acceptée par le pays tout entier.
L'histoire n'ofTre peut-être pas un autre exemple d'un souverain détrôné suivant paisiblement pendant quinze jours, sans que la tranquillité ait été troublée un seul instant, la route qui devait le conduire en exil. Dans ces longues et cruelles journées, Charles X eut toujours l'attitude la plus digne, la plus royale. La Dauphine fut remarquable par le courage qui honore les situations les plus pénibles et le sang-froid, plus rare encore, qui permet de trouver au milieu des préoccupations les plus déchirantes des mots qui remuent jusqu'au fond de l'àme les hommes les plus insensibles. Il semble qu'elle fût née pour l'adversité. Telle elle avait été à Bordeaux en 1815, telle elle fut à Rambouillet, à Maintcnon, à Cherbourg avec les serviteurs restés fidèles, avec les régiments de la garde, avec les gardes du corps, dont elle dut se séparer. Tous ont