‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 5)Chapitre 182 sur 239 · FAIBLESSE DU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

FAIBLESSE DU GOUVERNEMENT

bonne pour signaler sans ménagement à l'indignation publique les fauteurs et les acteurs de ces désordres. Il fallait surtout ne faire aucune concession ; une telle résolution, une marche aussi ferme étaient-elles possibles avec le gouvernement? Le 19 au matin, le Moniteur publia un article officiel évidemment envoyé la veille, avant la grande scène qui n'avait éclaté qu'à huit heures du soir. Les actes commis le 17 et dans la matinée du 18 étaient qualifiés avec une juste sévérité; cependant, au travers de ces paroles de réprobation, on voyait déjà percer la faiblesse sur laquelle avaient compté ceux qui avaient organisé la sédition. « Dans les circonstances mêmes, était-il dit, qui ont donné « lieu à ces désordres, aucun prétexte ne les autorise. Le « gouvernement, qui pense que l'abolition universelle et « immédiate de la peine de mort n'est pas possible, pense « aussi, après un examen attentif, que pour la restreindre « dans notre code aux seuls cas où la nécessité la rend « légitime, il faut du temps et un long travail; mais il sait « en même temps que son premier devoir est le ferme « maintien de l'indépendance des juges et de la sûreté de « tous. Il sait que l'honneur comme le repos de la société « sont à ce prix; il la garantira de toutes violences. Des « ordres sont donnés pour dissiper tous les rassemblements « tumultueux, interdire tout placard, tous cris injurieux « ou menaçants. Leurs auteurs seront poursuivis et punis « selon les lois... » Malgré l'apparente fermeté de ces dernières paroles, il était évident que le gouvernement battait en retraite sur l'affaire des ministres, puisqu'il donnait clairement à entendre qu'il n'y avait pas moyen de songer pour le moment à introduire dans la législation criminelle l'adoucissement que la Chambre des députés avait réclamé et qui pouvait influer sur leur sort.

Vers le milieu de la matinée, le Moniteur publia un supplément dans lequel se trouvait un récit assez exact de ce qui s'était passé la veille, dans la soirée et la nuit : « Une

« enquête sévère, était-il dit en terminant, aura lieu sur les « véritables auteurs de ces désordres, qui inspirent à la « population une si juste antipathie ; les lois et les juges « du pays on feront justice. Le repos d'un grand peuple « ne saurait être compromis par quelques brouillons qui «fomentent des passions coupables, égarent quelques « esprits crédules et servent directement ou indirectement « les plus mauvais desseins. La garde nationale est digne « des plus grands éloges ; sa conduite a été prompte, « ferme, sage, bien calculée; elle conçoit et remplit par- « faitement sa mission, elle maintient Tordre au profit de « la justice et de la liberté. »

Un ordre du jour de M. de La Fayette parut en même temps que cet article. On y remarquait cette phrase : « Ce « n'est pas ainsi (en s'élevant contre tous les désordres « des jours précédents) qu'on parviendra à consolider « ce que nous avons déjà gagné par la révolution de la « grande semaine, et à obtenir ce qui nous reste à faire « pour achever la régénération de la France sur des bases « de liberté complète, sans restriction comme sans alliage, « sur des bases dignes de cette révolution faite par un « peuple généreux, ayant le sentiment de ses droits et de « ses devoirs. » Toujours ce besoin de régénérer la France et de compléter ses libertés! C'était précisément ce que voulaient, à leur manière, les chefs des hommes contre lesquels la garde nationale venait de marcher; c'était le but qu'ils se vantaient de poursuivre, ce qu'ils prétendaient enlever par la force. Puis parurent deux pièces que le gouvernement ne fit point insérer au Moniteur, la proclamation du préfet de police et celle du préfet de la Seine. Il était impossible qu'en de telles circonstances, ces magistrats ne fissent pas entendre leurs voix.

La proclamation du préfet de police, M. Girod de l'Ain, cherchant en quelque sorte une excuse au peuple qui avait pris part à ces désordres, disait : « Un grand procès suit

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