INTERROGATOIRE DES EX-MINISTRES
par quels motifs avaient été repoussées les propositions de paix qu'avaient apportées à l'état-major des Tuileries, dans la journée du mercredi, un certain nombre de députés? Le Roi avait-il été exactement informé des événements, des malheurs sans nombre qui accablaient la capitale? s'il avait été induit en erreur à cet égard, à qui fallait-il en attribuer le tort? qu'est-ce qui s'était opposé jusqu'à la (in à ce qu'il écoutât les vœux, les doléances de ses sujets, et leur accordât les justes satisfactions auxquelles ils avaient droit?
Puis nos questions portèrent sur l'affaire des incendies, à propos de laquelle le rapport de la commission de la Chambre des députés faisait peser sur le gouvernement des soupçons qu'il fallait éclaircir. Sur ce point, les prévenus eux-mêmes avaient pris les devants en réclamant, même par la voie des journaux, la plus sévère enquête. Mes questions étaient posées sans nulle malveillance, sans nul désir d'embarrasser ou de troubler les accusés; mais quelles pitoyables réponses) des dénégations manifestement démenties par les faits : les ordonnances n'étaient pas un coup d'État, et le pouvoir de les rendre était toujours justifié par l'article 14 de la Charte.
Ce qui fut plus fâcheux encore, c'est le système dont M. de Polignac prit l'initiative et que ses trois collègues adoptèrent sans hésiter. La ville de Paris ayant été mise en état de siège, les ministres, à partir de ce moment, n'étaient plus responsables de rien, n'avaient plus rien à ordonner, à prescrire. Ils étaient venus à l'état-major des Tuileries pour être mieux informés des événements et nullement pour les diriger. Tous les reproches, à partir de ce moment, devaient donc, suivant eux, se reporter sur le maréchal Marmont. Ils croyaient en pouvoir faire impunément leur bouc émissaire; en conséquence de ce fait si grave de la mise en état de siège d'une capitale, M. de Polignac affirmait que ni lui ni ses collègues n'en avaient en aucune manière entrevu les conséquences. Quant aux
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ordres qu'il avait personnellement, donnés comme minisire de la guerre par intérim, pour les mouvements préalables et les rassemblements des troupes, il avait beau jeu quand il invoquait l'insuffisance des dispositions prises. Il était malheureusement avéré que son incurie devait s'expliquer par la confiance où il s'était complu que nul obstacle ne s'opposerait à l'exécution de ses plans, qu'il n'avait à craindre que la sédition de quelques centaines de misérables dont auraient aisément raison trois ou quatre escadrons de gendarmerie.
Lorsque je posai la question de l'influence que le Roi lui-même pouvait avoir exercée sur ses ministres, quand je leur demandai s'ils avaient été contraints par cette autorité souveraine, ils s'imposèrent dans leurs réponses un devoir de délicatesse dont aucun d'eux ne s'écarta et couvrirent le Roi.
Malgré les dénégations de M. de Polignac, il ressortait de tous les faits établis par l'enquête, aussi bien que par les réponses de ses collègues, qu'il avait entretenu avec persévérance Charles X dans l'erreur sur la gravité de la situation, et que depuis le commencement de la crise, c'est-à-dire depuis le mardi soir 27, tout le pouvoir avait été concentré dans ses mains. Il avait sur toutes choses agi souverainement et sans les consulter. À toutes les difficultés d'une situation si périlleuse, les quatre ministres joignaient celles qui devaient résulter de leur désaccord. D'un côté, M. de Polignac et M. de Chantelauze, qui avaient certainement la plus grande part dans les faits énumérés; de l'autre, M. de Peyronnet et M. de Guernon- Ranville, entraînés fort au delà de ce qu'ils avaient prévu et voulu l'un et l'autre. Ils ne pouvaient cacher l'amertume qui existait au fond de leurs cœurs contre ceux qui les avaient perdus.
Notre triste tâche accomplie à Vincennes, nous eûmes à nous occuper, au palais du Luxembourg, de l'audition