‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 5)Chapitre 2 sur 239 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Modifications dans le ministère; M. de Damas aux affaires étrangères, M. de Clermont à la guerre, M. de Chabrol a la marine. — Mutations dans le haut personnel administratif. — Affaires de presse; ordonnance du 46 août 4824. — Épuration du Conseil d'État. — Voyage de M. Pasquier à Londres; il y rencontre M. de Polignac; caractère de ce dernier; ses sentiments à l'égard de M. de Villèle. — Derniers moments de Louis XVIII. — Caractère du souverain défunt; ses rapports avec les membres de sa famille. — Attitude du nouveau roi. — Efforts de M. de Fitz-James et de ses amis pour rallier toutes les opinions royalistes. — Accueil fait par le public au nouveau règne. — Entrée de Charles X à Paris. — Funérailles de Louis XVIII. — Article de M. de Salvandy dans les Débats. — Convocation des Chambres. — Ordonnance concernant l'armée; mécontentement qu'elle soulève parmi les officiers généraux. — Affaires d'Espagne; l'occupation française. — La cour de Naples échappe complètement à notre influence. — Glorieux succès des Grecs dans leur lutte pour l'indépendance.

Le lendemain du jour où les Chambres s'étaient séparées parut au Moniteur l'ordonnance qui nommait le nouveau ministre des affaires étrangères. C'était M. de Damas; le choix était bien fait pour surprendre. On a beaucoup dit que M. de Villèle avait d'abord pensé à prendre ce portefeuille. Je ne l'ai jamais cru. Il voulait avant tout éviter M. de Polignac» dont il redoutait l'influence auprès de

Monsieur. Il désirait avoir un homme à sa dévotion, qu'il pût diriger; non qu'il attachât une grande importance aux questions étrangères, qu'il connaissait mal. Il pensait que la France avait, par son intervention en Espagne, donné toute satisfaction à la Sainte-Alliance, qu'on n'avait plus rien à exiger d'elle. Ce qu'il cherchait avant tout, c'était un homme dont le concours lui fût assuré dans le conseil.

M. de Damas était devenu impossible au ministère de la guerre; il était difficile de le congédier, il était en grande faveur auprès de Monsieur; sa piété exaltée lui avait mérité l'appui de la toute-puissante Congrégation. M. de Villèlc n'avait donc pas hésité à le proposer au Roi.

M. de Clermont-Tonncrre passa du ministère de la guerre au ministère de la marine, M. de Chabrol, directeur général de l'enregistrement, le remplaça. Le duc de Doudeauville fut nommé ministre de la maison du Roi, et le marquis de Lauriston, qui avait déjà été récompensé de ses services par le bâton de maréchal et le cordon bleu, reçut comme dédommagement du ministère qu'on lui retirait la place de grand veneur.

Vinrent ensuite les grandes directions qui se trouvaient vacantes, l'enregistrement et les postes. La première fut donnée à M. de Martignac, la seconde à M. de Vaulchier; M. de Castelbajac, directeur des haras, de l'agriculture et du commerce, passa à la direction générale des douanes. Il fut remplacé par M. Sirieys de Mayrinhac.

Parmi ces nominations, plusieurs étaient fâcheuses; elles n'étaient motivées ni par les services rendus, ni par des connaissances spéciales. Rien n'a plus nui au ministère de M. de Villèle.que la légèreté avec laquelle il livrait les plus importantes administrations à des hommes n'ayant d'autre titre que la protection de Mme du Cayla, ou les obscurs services rendus dans les couloirs du Parlement. Les choix des préfets et des sous-préfets ne furent ni plus heureux ni plus justifiés.

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