‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 5)Chapitre 218 sur 239 · ATTITUDE DES CONDAMNÉS · texte numérisé non relu

ATTITUDE DES CONDAMNÉS

j'avais le bonheur d'en sortir, j'ose le croire et le dire, sans que ma conscience me reprochât rien.

Le lendemain 22 décembre, le greffier de la Cour, M. Cauchy, assisté d'un des huissiers de la Cour, se rendit à Vincennes et fut introduit dès sept heures du matin dans Je donjon, où il donna lecture aux prisonniers de l'arrêt de la veille. Ils en parurent fort affectés. La confiance qui n'avait jamais abandonné M. de Polignac allait au point que, le lundi soir, il disait encore à des parents, dans la prison du Luxembourg : « Je suppose qu'ils me con- « damneront à une prison qui ne pourra être de longue « durée, mais que, dans tous les cas, au bout de quelques « mois, on me permettra d'aller sur ma parole à ma terre « de Millemont. » Déjà M. de Martignac m'avait dit, un mois auparavant : « Les défenseurs sont souvent obligés « de mettre tous leurs soins à calmer, à tranquilliser les « accusés, et moi, j'ai toutes les peines du monde à per- « suader M. de Polignac que son affaire n'est pas un jeu « d'enfants. »

Quant aux trois autres condamnés, l'étonnement qu'ils montrèrent sur ce qu'ils appelaient la rigueur de leur condamnation s'explique par la pensée qu'ils avaient toujours nourrie que leur sort serait beaucoup moins rigoureux que celui de M. de Polignac. Il en eût été ainsi, en effet, si le jugement de la Cour avait eu pour base principale les faits des trois journées de juillet, pendant lesquelles M. de Polignac était compromis plus qu'eux. Ces faits avaient tenu une place très considérable dans les débats; il était assez naturel de leur supposer une grande influence sur la décision. Mais cette influence fut nulle, du moment où la Cour n'admit la compétence que pour le crime de trahison.

Ce jugement, auquel le reproche d'une excessive sévérité a été adressé par quelques amis des condamnés, fut apprécié différemment par les hommes les plus éclairés en France et en Europe, en Angleterre surtout.

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Dans la soirée du 24 décembre, les quatre prisonniers furent transférés du donjon de Vincennes dans le fort de Ham.

Le tumulte dont j'avais été témoin le mardi, dans les bataillons de la garde nationale occupant la cour du Luxembourg, s'était produit également partout où cette garde était assemblée, dès qu'elle avait eu connaissance de l'arrêt. Heureusement l'heure était avancée, les hommes étaient fatigués, ainsi que les perturbateurs. Leurs chefs ne s'étaient pas attendus à un dénouement aussi prompt. La foule s'écoula donc assez paisiblement, et à minuit chacun était rentré chez soi. Cette trêve fut une chose heureuse; les passions se calmèrent, et les sentiments d'humanité reprirent leur empire sur les esprits de cette bourgeoisie honnête et bonne dont la garde nationale était composée. Les plus violents de la veille rougissaient des paroles qui leur étaient échappées dans le premier moment de dépit. La sévérité de l'arrêt, qu'ils taxaient quelques heures auparavant de faiblesse indigne, leur apparaissait; ils comprirent mieux les conséquences de la mort civile qui frappait M. de Polignac. Ils redoutaient les désastreuses conséquences, pour la ville de Paris, du triomphe pendant quelques heures seulement des forcenés qu'ils avaient eu à repousser dans les journées précédentes. Ainsi, par la seule force des choses, les dispositions de la garde nationale se montraient déjà, le mercredi matin, toutes différentes de ce qu'elles étaient le mardi soir.

Le mercredi de très bonne heure, une bande d'émeutiers, descendus à l'improviste du faubourg Saint-Marceau, se j

présenta pour envahir le palais du Luxembourg ; au pre- |

rnier moment, elle n'était heureusement pas très nombreuse. Les portes étaient fermées, et les commandements qui furent faits dans la grande cour aux hommes qui composaient le poste, le bruit des armes firent croire aux assaillants que les moyens de défense étaient plus consi-

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