MOUVEMENTS REVOLUTIONNAIRES
dérables qu'ils ne l'avaient supposé. Ils se contentèrent de pousser des cris et attendirent les renforts qui leur arrivaient. La plus prochaine légion de la garde nationale avait été avertie; ses nombreux détachements parurent successivement et formèrent une barrière que l'attroupement n'était pas en état de franchir. Un quart d'heure plus tard, le palais eût été envahi, et, suivant toutes les apparences, il aurait été traité comme le fut, sept semaines après, le palais de l'Archevêché.
L'éveil donné dans tous les quartiers, la garde nationale fut sous les armes à onze heures. Les attroupements se formaient sur un nombre considérable de points, principalement dans les rues du centre. Il était évident qu'un coup se préparait. Les ministres de Charles X n'étaient qu'un prétexte; le véritable but qu'on poursuivait était bien, ainsi que l'avait indiqué M. Odilon Barrot à la conférence du samedi précédent chez M. Laffitte, d'obtenir du gouvernement de nouvelles concessions politiques. Mais quelles étaient ces concessions? Les feuilles du parti répi*blicain et les démarches connues de ses chefs auprès du gouvernement et du Palais-Royal ne permettaient aucun doute. Il leur fallait au moins l'abolition de l'hérédité de la pairie, si ce n'était sa suppression radicale. Il leur fallait la dissolution de la Chambre des députés, un certain nombre de nouveaux ministres imposés à la couronne, enfin toutes les rectifications que, suivant eux, entraînait dans la constitution la glorieuse révolution de Juillet. Voilà ce que la peur devait arracher, on l'espérait du moins, au Roi et à son ministère. Dans le cabinet, M. Dupont passait pour être très favorable à la meilleure partie de ces exigences; on ne savait que penser de M. Laffitte et de M. Mérilhou. Hors du ministère, M. de La Fayette ne pouvait être sincèrement contraire à un mouvement qui amènerait, suivant toutes les apparences, l'exécution de son cher programme de l'Hôtel de ville.
M. Odilon Barrot avait publié le matin une proclamation dans laquelle il parlait convenablement du jugement de la veille, du transfèrcment des prisonniers à Vincennes, félicitait les citoyens de ce respect pour la loi qui l'avait emporté dans leur esprit sur les plus justes ressentiments et qui avait dicté la conduite de la garde nationale. On v remarquait cette phrase, qui attestait ses bonnes intentions en ce qui touchait l'interprétation de l'arrêt : « Poli- « gnae, disait-il, n'appartient plus à la société; il est « mort civilement. Sa vie matérielle est sauve, mais elle « s'écoulera dans une prison solitaire et sera flétrie par « l'infamie. Les autres accusés sont privés pendant toute « leur vie de cette liberté sans laquelle l'existence est un « fardeau. Ainsi s'est accomplie l'action de la loi. » Toutefois, les liaisons de M. Dupont avec M. Odilon Barrot et avec M. de La Fayette et les chefs du parti qui dirigeaient le mouvement populaire donnaient à penser qu'il voulait, avec plus de prudence peut-être, arriver au même but qu'eux. La journée se passa dans une très pénible incertitude, la tactique de la faction étant de répandre l'alarme, de propager les bruits les plus sinistres, qui étaient démentis à l'heure suivante. La garde nationale restait partout inébranlable et tenait tète sur tous les points menacés, avec un imperturbable sang-froid. Les élèves de l'École polytechnique et ceux des Écoles de droit et de médecine, sur lesquels les séditieux avaient compté, trompèrent leurs espérances; ils se réunirent à la garde nationale et vinrent offrir leurs services au Palais-Royal. Rien n'était mieux fait pour décourager les perturbateurs; à partir de cette éclatante démarche, on vit les rassemblements se fondre peu à peu, et entre onze heures et minuit, tout paraissait rentré dans l'ordre. Il y eut cependant encore une assez sérieuse alerte ; la première cour du Louvre était occupée par le corps d'artillerie de la garde nationale; sa formation n'avait pas été assez surveillée. Officiers et soldats étaient