‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 5)Chapitre 39 sur 239 · LE TRAITE DU 6 JUILLET · texte numérisé non relu

LE TRAITE DU 6 JUILLET

deux puissances russe et anglaise. A la vérité, la cour de Vienne verrait cette décision avec grand déplaisir; elle faisait également agir, pour entraver les négociations, ses ambassadeurs à Londres et à Paris, mais cet obstacle n'était pas de nature à faire reculer le ministre français; tout au plus retarda-t-il la signature du traité. Ce fut pour l'Autriche un véritable malheur, car sans cette circonstance la bataille de Navarin n'aurait peut-être pas eu lieu.

Le traité du 6 juillet fut signé à Londres par les plénipotentiaires des cours de France, d'Angleterre et de Russie. Il était divisé en deux parties : la première, composée de sept articles patents, reposait entièrement sur les bases établies dans le protocole que le duc de Wellington avait rapporté de Pétersbourg, au mois d'avril précédent, et avait été rédigée suivant une inspiration tout anglaise. La deuxième était renfermée dans un seul article additionnel secret; mais cet article était divisé en quatre paragraphes dans lesquels se trouvaient contenues les stipulations qui devaient, au cas où la Porte Ottomane n'accepterait pas dans le terme d'un mois la médiation qui lui était offerte, procurer l'exécution du traité en tout ce qui était destiné à assurer le sort de la Grèce. Ici l'influence du cabinet russe, assisté par le cabinet de France, se faisait évidemment reconnaître. Il est indispensable, pour l'intelligence des faits qui doivent suivre, de lire ce singulier traité avec son article additionnel, non moins extraordinaire. Ajoutez que, bien que cet article fût qualifié de secret, il n'en fut pas moins publié avec le traité, avant le temps nécessaire, pour que notification en fût faite à la Porte. Jamais grande affaire diplomatique n'a été conduite d'une manière si étrange.

La plus habile des trois puissances fut celle qui sut le mieux cacher, par des nuages amoncelés à plaisir, le but vers lequel elle marchait. La Russie avait inspiré l'article additionnel, elle prévoyait qu'une médiation offerte dans

de tels termes, avec de telles conditions, ne pouvait être efficace. S'il était vrai que M. Canning se fût fait illusion, je ne saurais que penser de la perspicacité de cet esprit distingué. Il ne lui a pas été donné de voir le résultat de l'entreprise; on est donc condamné à rester sans lumières sur les moyens qu'il comptait employer pour la conduire à son terme. Sa mort a suivi de bien près la signature du traité; il fut enlevé le 8 août, après une courte maladie.

La Porte Ottomane, comme on devait s'y attendre, ne répondit pas à l'offre de la médiation qui lui était faite par les trois cours signataires du traité; le délai d'un mois prescrit pour l'acceptation de cette offre s'écoula sans qu'il fût possible d'en rien obtenir. Le ministre de Prusse avait cependant usé de toute son influence pour la décider à écouter les propositions qui lui étaient faites; mais le ministre d'Autriche, malgré toutes les assurances contraires données depuis par sa cour, n'avait pas agi dans le même sens. Alors venait nécessairement le recours aux moyens indiqués dans l'article additionnel, ayant pour résultat d'établir de fait l'armistice qu'on entendait imposer aux puissances belligérantes. On ne conçoit guère comment ceux qui ont rédigé cet article ont pu croire que son exécution n'aboutissait pas à de véritables hostilités, puisque l'armistice devenait indispensable si on ne voulait pas que la Grèce fût ensevelie sous ses ruines.

La Porte se préparait à faire un effort suprême qui devait faire cesser toute résistance. Outre les renforts arrivés par terre au pacha qui commandait les troupes turques dans le nord de la Grèce et qui devait concerter ses efforts avec ceux d'Ibrahim en Morée, celui-ci venait de recevoir les renforts que lui amenait la flotte égyptienne, réunie à tous les vaisseaux qu'avait pu fournir le port de Constantinople. Quelques jours après, arrivait dans la rade de Navarin la flotte combinée de France, d'Angleterre et de Russie. Elle était composée de quatre grands vaisseaux

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