‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 5)Chapitre 48 sur 239 · PRÉTENTIONS DES PARTIS · texte numérisé non relu

PRÉTENTIONS DES PARTIS

furent aux prises avec des exigences impossibles à satisfaire. Celles qui se manifestèrent en première ligne vinrent de cette fraction de royalistes désignés dans le langage de Charles X par l'épithète d' a hommes de la défection ». Parmi eux se trouvait M. de Chateaubriand. Bien qu'il siégeât à la Chambre des pairs, il n'en exerçait pas moins une puissante influence sur les trente ou quarante députés parmi lesquels se trouvaient plusieurs de ses amis politiques les plus intimes : MM. Hyde de Neuville, Àgier, Bertin de Vaux, de Lalot... Sa nomination comme ministre des affaires étrangères avait été réclamée par eux avec la plus vive instance; mais le Roi avait pour sa personne l'éloignement le plus marqué; elle n'était guère plus agréable à la meilleure partie des membres du nouveau cabinet. Il lui avait fallu sinon renoncer à ses prétentions, du moins les ajourner pour quelque temps; ce n'était qu'une trêve, nullement une paix durable.

Du côté du parti constitutionnel et national, les prétentions et les exigences visaient moins haut. Il était représenté dans le ministère par des royalistes modérés, faisant partie du centre droit; ils ne réclamaient aucun portefeuille et demandaient simplement le déplacement de certains fonctionnaires qui, bien que dans des rangs secondaires, n'en avaient pas moins un grand pouvoir et une fâcheuse influence. Parmi eux étaient MM. Delavau, préfet de police, et Franchet, directeur de la police au ministère de l'intérieur; quelques préfets aussi qui s'étaient signalés par des manœuvres illégales dans les dernières opérations électorales; tous ces hommes affiliés à la Congrégation étaient par conséquent soumis à l'influence des Jésuites.

Les premiers débats entre le Roi et ses ministres eurent lieu à leur sujet. Charles X était beaucoup plus tenace dans les questions de personnes que sur les questions politiques, sur les projets de loi, par exemple, dont il ne comprenait pas toujours la portée. Il n'aurait voulu abandonner aucun

des agents qui, depuis son retour en France, avaient formé ce qu'il appelait son parti; leur présence lui semblait la meilleure des garanties pour le maintien de son autorité. Un des sacrifices qui devaient lui coûter le plus était celui de MM. Delavau et Franchet. Il était cependant impossible que la nouvelle administration n'en fît pas une des premières conditions de son existence. Leur changement eut lieu dès le surlendemain; toutefois ils furent, l'un et l'autre, conservés dans le service ordinaire du Conseil d'État.

De son côté, le ministère avait été obligé de faire une concession qui devait lui causer bien des embarras. M. de Caux n'avait été nommé d'abord que ministre secrétaire d'État de l'administration de la guerre. Le personnel restait sous l'autorité du Dauphin ; c'est lui qui devait faire au Roi les présentations pour les emplois vacants, sauf la signature des brevets, qu'on réservait au ministre. Cette combinaison était impraticable; il fut impossible de la maintenir plus de douze jours; elle supprimait la responsabilité ministérielle. Le 17 janvier parut une ordonnance qui rendait à M. de Caux le titre de ministre de la guerre; mais un des aides de camp du Dauphin, M. de Champagny, fut nommé en même temps chef de la division du personnel. À dater de ce moment, M. le Dauphin eut la haute main dans l'administration de l'armée. Il a fini par puiser dans cette omnipotence la conviction que l'armée était dans sa main et que, sûr de son appui, le gouvernement pouvait se permettre tout ce qu'il croirait nécessaire aux intérêts de sa dynastie.

Un des premiers actes du gouvernement fut un rapport de M. le garde des sceaux à la suite duquel le Roi autorisa la formation d'une commission chargée d'examiner les mesures à prendre pour assurer l'exécution des lois du royaume dans l'enseignement des écoles ecclésiastiques secondaires, c'est-à-dire des petits séminaires. Elle était

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