‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 5)Chapitre 49 sur 239 · LA COMMISSION D'ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

LA COMMISSION D'ENSEIGNEMENT

composée de M. l'archevêque de Paris, de MM. Laine, Séguier, Mounicr, Feutrier, évéque de Beauvais, Alexis de No ailles, de La Bourdonnaye, Dupin aîné, député, et de Courville, membre du conseil de l'Université. Cette composition était habile, le clergé ne pouvait s'en plaindre, y étant représenté par deux de ses membres les plus élevés. Au fond, tout cela était dirigé contre l'influence des Jésuites, et il est étrange que Charles X n'y ait fait aucune opposition. C'était, du reste, une des trois conditions posées par les ministres à leur acceptation : 1° prendre les moyens nécessaires pour assurer l'exécution des lois du royaume dans l'enseignement des écoles secondaires; 2° donner pour l'avenir toutes les garanties désirables pour la sincérité des élections; 3° organiser définitivement l'administration départementale et communale.

L'approche de la session avait fait sentir le besoin de renforcer le cabinet, et on avait détaché de l'administration dirigée par M. Frayssinous l'instruction publique, qu'après beaucoup de négociations avec le Roi on offrit à M. de Chateaubriand, qui la refusa. Il ne voulait rentrer dans les affaires que parle ministère des affaires étrangères ; c'était une sorte de réparation qu'il se croyait en droit d'exiger, après la façon brutale dont M. de Villèle l'avait chassé. En attendant qu'on pût lui donner satisfaction, car c'était une puissance que le ministère ne pouvait braver, on se servit du prétexte de certaines répétitions qu'il avait fait valoir sur le ministère des affaires étrangères ; on rappela à son profit, contrairement à l'usage, le traitement attaché au ministre d'État pour toutes les années pendant lesquelles il avait été privé de ce titre. Il reçut la somme de cent cinquante mille francs sur les fonds du ministère des affaires étrangères. Le ministère de l'instruction publique fut donné le 10 février à M. de Vatimesnil, avocat général à la Cour de cassation, et qui huit jours avant avait été nommé grand maître de l'Université.

Pendant que la vérification des pouvoirs se poursuivait à la Chambre des députés, on s'était occupé, à la Chambre des pairs, de la rédaction de l'adresse en réponse au discours du Roi. Cette fois, c'était une assez grosse affaire, car on allait juger du degré d'influence exercée par les nombreuses promotions faites par M. de Villèle. Chose étrange à laquelle personne ne s'attendait, les nouveaux pairs n'empêchèrent pas la commission d'être composée dans un sens tout différent de celui qu'on avait prévu! Parmi les commissaires, on remarquait le nom de M. Laine et le mien. Au cours de la discussion, M. de La Ferronnays avait prononcé un discours dans lequel il faisait un exposé complet de la situation politique. La franchise et la netteté de sa parole produisirent un excellent effet dans le public.

Quand la Chambre des députés procéda à la nomination de son bureau, la droite dissidente obtint trois candidats sur cinq pour la présidence : MM. Hyde de Neuville, de Lalot et Gautier. Les deux autres furent MM. Royer- Collard et Perier. M. Ravez, qui avait occupé le fauteuil pendant dix ans, ne réunit que cent soixante-sept suffrages. Ceci ne fut pas seulement un dégoût pour lui, ce fut, à ses yeux, une insulte dont il rendit le ministère responsable. Cette insulte lui semblait d'autant plus imméritée qu'il n'avait jamais, disait-il, donné un complet assentiment au ministère précédent. Il n'y eut pas moyen de lui faire comprendre qu'ayant été huit ans président d'une assemblée où dominait M. de Villèle, il était impossible que la majorité de la nouvelle Chambre consentît à mettre à sa tête celui qui l'avait si longtemps défendu. M. Ravez devint pour le ministère un adversaire redoutable. Charles X l'avait toujours assez aimé ; bientôt il devint un de ses conseillers secrets.

Lorsque vint la discussion de l'adresse, les opinions exprimées dans la commission témoignèrent d'une telle hostilité contre la précédente administration, que les

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