‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 5)Chapitre 56 sur 239 · POSITION DES PARTIS EN · texte numérisé non relu

POSITION DES PARTIS EN

ministre, l'archevêque de Paris avait reçu l'injonction de s'abstenir jusqu'à nouvel ordre de paraître en sa présence.

Le ministère sortait donc à son honneur d'une affaire qui lui avait donné de gros soucis ; mais il avait reçu dans la bataille une secrète blessure qui devait chaque jour s'envenimer; on le vit bien à l'allure violente que prit aussitôt l'opposition royaliste dans la Chambre. Tout lui devint matière à récriminations, reproches ou accusations. II fut évident qu'il n'y avait plus d'espérance à concevoir de ce côté, même pour une trêve passagère. Le mal n'eût peut-être pas été très grand sans les liens qui, en dépit de toutes les apparences, unissaient toujours cette opposition avec le conseil secret de Charles X. D'autre part, le parti constitutionnel, qui avait su avec quelle facilité ce prince avait accordé son assentiment aux ordonnances, qui l'avait vu sans hésiter donner à l'archevêque de Toulouse une marque éclatante de mécontentement, concluait qu'avec un peu de fermeté les ministres obtiendraient tout ce que demandait l'opinion qui les avait portés aux affaires. Il ne fallait donc s'en prendre qu'à eux si les mesures réparatrices n'étaient pas toujours aussi complètes que le désirait ce parti. Les ménagements vis-à-vis du Roi et du clergé n'apparurent aux députés du centre gauche que comme une misérable faiblesse de la part de gens qui n'osaient pas tout ce qu'ils pouvaient. Déplorable erreur qui amena à la fin de la session de 1828, et plus encore en 1829, des exigences qui permirent à la droite de représenter le ministère comme incapable de résister et de défendre l'autorité royale et les intérêts religieux.

Le débat sur le budget dura plus d'un mois à la Chambre des députés. Chaque ministre, à son tour, fut obligé de défendre les dépenses de son département. Us le firent avec talent; la réputation de M. de Martignac s'en accrut sensiblement, et M. de Caux prouva qu'il était homme de grand sens, qu'il savait à fond les affaires du ministère de la

guerre. Outre l'attaque sur les gros traitements, il eut encore à soutenir celle contre les Suisses; il en était peu qui touchassent de plus près aux préférences de Charles X, aux idées qu'il s'était faites sur la meilleure garantie dont son trône pouvait être entouré.

M. Portalis était incontestablement la première capacité du ministère. Dans toutes les discussions auxquelles il prit part, dans toutes les affaires qu'il eut à traiter, on put reconnaître la solidité de ses principes, l'étendue de ses connaissances, son habileté à en faire l'application; mais ces qualités bien rares étaient gênées, à la tribune, par un organe sourd, une diction désagréable, manquant surtout de naturel. On avait donc pour lui dans la Chambre beaucoup d'estime; mais il n'avait rien de cette éloquence qui entraine un auditoire.

M. de Martignac au contraire, beaucoup moins instruit, ayant peut-être des principes moins arrêtés, traitant quelquefois d'une manière un peu superficielle les plus graves affaires, avait une élégance d'élocution et un charme dans le débit qui lui conciliaient les suffrages même de ceux qui n'étaient pas de son avis. La grâce chez lui devenait une puissance. Il n'a pas seulement conservé cet avantage ; il l'a constamment accru dans Tune et l'autre Chambre jusqu'à la fin de sa carrière ministérielle. M. de La Ferronnays avait peu d'occasions de parler; la distinction de sa personne, la loyauté empreinte sur son visage lui donnaient une grande autorité. M. Hyde de Neuville, plus verbeux, excessif souvent, se faisait pardonner ses défauts par son incontestable bonne foi. M. de Vatimesnil n'eut point à la tribune les succès auxquels on s'était attendu; mais il était utile à ses collègues, parce qu'il ménageait l'opinion libérale. Il n'y avait que lui qui fût en relations faciles avec la gauche. Quant à M. Roy, il avait gardé dans les questions de finances l'autorité que la puissance de son organe, son imperturbable assurance et une connaissance approfondie

Page 1