PREMIERS ACTES DE CHARLES X
sible, répondit-il; vous ne savez pas comme moi ce qui s'est passé entre les deux frères; aucune réconciliation sincère entre eux n'est possible. — Soit, lui dis-je; ils ne sont pas réconciliés, mais le Roi est vaincu, soumis, résigné ! »
Aussitôt que la famille royale fut sortie de la chambre du roi défunt, le chancelier rédigea les actes nécessaires, puis procéda à la visite du cabinet et des papiers qui pouvaient s'y trouver. Louis XVIII avait pris le parti, quinze jours avant, assisté de l'un de ses valets de chambre, de brûler toutes ses correspondances, jusqu'aux plus petites notes éparses dans ses tiroirs. Il voulut mettre à l'abri des recherches, peut-être même des persécutions, les personnes qu'il avait honorées de sa confiance.
On doit cependant à Charles X la justice de reconnaître que les instructions qu'il avait données au chancelier étaient pleines de délicatesse et de générosité. Le Roi était parti avec la famille royale pour Saint-Cloud, deux heures après la mort de son frère, après avoir informé M. de Villèle et ses collègues que sa volonté était de conserver sans nul changement le conseil des ministres qui avait si bien servi Louis XVIII et auquel il n'avait à demander que de le servir de même. Le lendemain 17, il reçut en cérémonie, à Saint-Cloud, les hommages de sa famille, du corps diplomatique et des grands corps de l'État. On attendait avec assez d'anxiété les paroles que Charles X allait leur adresser. Elles furent très convenables; on remarqua surtout, dans la réponse qu'il adressa aux compliments des deux Chambres, cette phrase : « J'ai promis, comme sujet, de « maintenir la Charte et les institutions que nous devons « au souverain dont le ciel vient de nous priver. Àujour- « d'hui que le droit de ma naissance a fait tomber le pouo voir en mes mains, je l'emploierai tout entier à consoa lider, pour le bonheur de mon peuple, le grand acte que « j'ai promis de maintenir. » On ne pouvait ni mieux dire,
ni promettre davantage. Aux députés du consistoire réformé il répondit : « Soyez sûrs, messieurs, de ma pro- « tection, comme vous Tétiez de celle du Roi qui vient de « nous être enlevé ; tous les Français sont égaux à mes « yeux, ils ont tous les mêmes droits à ma protection, à « ma bienveillance. »
Ce langage, avec les opinions religieuses qu'on lui connaissait, était fait pour surprendre et rassurer. L'impression que rapportaient tous ceux qui étaient allés à Saint- Cloud fut très heureuse. M. de Chateaubriand s'en fit l'interprète dans une brochure qui parut avec cette épigraphe : Le Roi est mort; Vive le Roi I Comment M. de Chateaubriand avait-il oublié ses rancunes? Comment s'étaitil décidé à faire un acte d'adhésion et de confiance à un gouvernement dont M. de Villèlo, son irréconciliable ennemi, restait le chef comme président du conseil? Dans les derniers jours du règne de Louis XVIII, plusieurs personnages de l'entourage de Monsieur s'étaient préoccupés des moyens de donner à l'opinion publique une direction favorable au nouveau Roi. Une des personnalités qu'il importait le plus de conquérir était M. de Chateaubriand, et M. de Fitz-James en fut chargé. Il lui rappela qu'il avait été longtemps l'organe du pavillon Marsan, qu'on lui avait témoigné la confiance la plus complète. Ses services rendus, les bienfaits acceptés ne laissent-ils donc pas dans sa mémoire des traces durables? L'occasion était belle pour un homme d'un aussi prodigieux talent, placé si haut dans l'opinion, de rendre un de ces services qu'on ne peut oublier. En 1814, M. de Chateaubriand avait, par sa brochure contre Bonaparte, puissamment contribué à aplanir la route de Louis XVIII; il lui appartenait de rendre à Charles X un service analogue. Son avènement était incontesté, mais il fallait qu'il fût salué par des acclamations unanimes. Il dépendait de lui, M. de Chateaubriand, d'obtenir ce résultat; vingt pages écrites comme lui seul pouvait