‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 5)Chapitre 8 sur 239 · PROJET DE M. DE FITZ-JAMES · texte numérisé non relu

PROJET DE M. DE FITZ-JAMES

les écrire entraîneraient le pays tout entier I Se pourraitil donc que le dépit dont il était justement animé contre M. de Villèle l'empêchât d'entrer dans une voie si digne de lui? Ce serait se faire tort à soi-même. On ne pouvait se priver des services de M. de Villèle à l'ouverture d'un règne. Il avait la clef des affaires importantes. Pour les questions de finances surtout, son concours était indispensable; il avait de nombreux amis dans la Chambre des députés; mais le moment arriverait, peut-être plus tôt qu'on ne le supposait, où il serait possible de se séparer de lui et de confier la direction des affaires en des mains plus habiles et plus sûres. Mais il était une condition à laquelle M. de Chateaubriand devait par-dessus tout tenir avec raison; c'était la liberté de la presse. La censure serait retirée et la liberté rendue aux journaux. M. de Chateaubriand fut convaincu, entraîné par ces promesses; la brochure parut.

Poursuivant leur œuvre, M. de Fitz-James et ses amis avaient senti le besoin de rattacher à la cause qu'ils servaient les lieutenants généraux, maréchaux de camp, officiers de tous grades se trouvant en non-activité et auxquels leur conduite politique, durant le règne de Louis XVIII, avait attiré une défaveur dont ils n'espéraient guère sortir. On leur donna à entendre qu'il fallait saisir l'occasion du nouveau règne pour rentrer dans les bonnes grâces du gouvernement, que rien n'était plus facile. Charles X était bon, généreux; aucun prince n'avait plus que lui le désir de devenir populaire (cela était vrai). Il serait donc enchanté que des hommes qui avaient bien servi leur pays lui donnassent l'occasion de les recevoir en grâce. Le général Claparède, inspecteur général de la première division militaire, fut employé par M. de Fitz-James dans cette négociation; le succès fut facile. On vit, parmi les plus empressés à entourer Charles X, des généraux ne pouvant ignorer que, sous le règne de son frère, il avait été leur

plus constant adversaire et que les officiers de rémigration sortis des rangs de l'armée de Condé leur avaient toujours été préférés; tant il est vrai que le courant qui porte les hommes vers le soleil levant est irrésistible.

Le Roi avait fait entrer son fils dans le conseil; il en avait le désir depuis quelque temps et fut affermi dans cette résolution par M. de Villèle. Celui-ci, peu confiant dans la bienveillance du Dauphin, craignant, ce qui n'était guère vraisemblable, avec le caractère connu de ce prince, qu'il ne devint un centre d'opposition, pensa que ce serait une manière de l'engager, de le lier, par la part qu'il prendrait aux affaires, de s'en emparer enfin, comme cela s'était si heureusement opéré pour son père. Le Dauphin, malgré quelques avis qui lui furent donnés, et où on essaya de lui faire comprendre qu'il y avait pour lui plus d'inconvénients que d'avantages dans la situation qui lui était offerte, se laissa séduire.

Le résultat de toutes ces manœuvres fut l'accueil sympathique que le public fit au nouveau règne. La presse, satisfaite par la promesse du retrait de la censure, y contribua largement; les journalistes, bien conseillés, se conduisirent avec habileté. Ceux qui appartenaient à l'opposition libérale la plus vive entourèrent, comme les autres, leurs feuilles de bandes noires et ne se permirent pas une parole dont la susceptibilité royale pût être offensée.

Le corps de Louis XVIII, après une exposition de cinq jours dans le palais des Tuileries, fut transporté en grande pompe à l'église de Saint-Denis, où il fut déposé dans une chapelle ardente pour y demeurer jusqu'au jour du service solennel de l'inhumation. Le concours des personnes de tous les rangs qui suivirent à pied le corbillard durant ce long trajet, fut très considérable.

L'entrée solennelle du Roi dans Paris eut lieu le 27 septembre ; l'accueil le plus enthousiaste lui fut fait par l'immense population réunie sur son passage, et cela malgré

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