‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 5)Chapitre 72 sur 239 · M. DE POLIGNAC APPELE A PARIS · texte numérisé non relu

M. DE POLIGNAC APPELE A PARIS

faction qui pouvait d'autant moins lui être refusée, qu'on lui avait plusieurs fois proposé de rétablir ce ministère et que l'administration qui en dépendait était étrangère aux intérêts généraux de l'État. Quel fut donc i'étonnement du Roi lorsque M. Portalis s'efforça de lui faire entendre que ce second plan n'était pas plus praticable que le premier, que, quant à lui, l'introduction de M. de Polignac dans le ministère ne lui permettait pas d'y rester, lorsque enfin il refusa personnellement cette présidence qui lui était si gracieusement offerte (i) ! Les explications sur ce grave sujet furent longues et très laborieuses. Elles ont donné lieu à une correspondance entre le Roi et son ministre, .correspondance qui existe encore. On ne saurait douter qu'à dater de ce mécompte Charles X n'ait été tout à fait hostile à un ministre si peu empressé de satisfaire son désir, si peu reconnaissant de ses plus obligeantes concessions.

M. Ravez, pressentant l'offre qu'il était décidé à ne pas accepter, répondit qu'il était retenu par plusieurs affaires dont le jugement était engagé à la Cour royale sous sa présidence et qu'il ne pouvait arriver avant la fin de la session. Quant à M. de Polignac, ses correspondances secrètes le tenaient trop au courant de ce qui se passait aux Tuileries pour qu'il eût la moindre hésitation. Il partit donc au reçu du courrier; spn apparition causa dans le public une vive et pénible émotion; le véritable but de son voyage ne tarda pas à être connu. Personne ne fut dupe du prétexte mis en avant de la nécessité de l'aboucher avec le duc de Mortemart. Beaucoup ne purent s'empêcher de

(i) M. Portalis n'avait dit à aucun de ses collègues, ni même à aucun ami, cette offre de la présidence du conseil, et il croyait que c'était un secret enseveli entre le Roi et lui, lorsque fut trouvé dans les papiers de M. de Polignac, & l'époque du procès des ministres de Charles X, un mémoire où M. Laborie l'articulait formellement. M. Portalis en tomba de son haut, et cela prouve jusqu'où savaient pénétrer les investigations de cet homme.

croire à une intelligence secrète entre lui et M. Portalis, et cette supposition, malgré tout ce qui est venu postérieurement la démentir, n'a jamais pu être complètement détruite dans l'esprit de plusieurs de ses collègues. M. de Polignac, parti de Londres avec la conviction qu'il venait prendre possession des affaires étrangères, ne doutant point que M. Portalis ne fût sur cela d'accord avec le Roi, se hâta, aussitôt descendu de voiture, de lui écrire un billet conçu dans des termes fort amicaux, lui demandant à le voir le plus tôt possible. Ce billet fut porté à M. Pourtalês; il y avait quelque rapport dans le nom ; tous les deux habitaient place Vendôme, ce qui causa la méprise. M. Pourtalês lut le billet; son contenu fut bientôt non seulement connu, mais prodigieusement amplifié. Il ne resta plus de doute dans le plus grand nombre des esprits sur l'accord parfait qui régnait entre les deux personnages. Voici cependant la vérité. L'entrevue demandée eut lieu dès le même jour, et M. de Polignac y arriva persuadé qu'il n'avait qu'à s'entendre avec un collègue. Quel ne fut pas son étonnement lorsque M. Portalis se mit à lui parler de la Russie, de la Turquie et d'une conférence qu'il allait aussitôt arranger entre lui et M. de Mortemart ! Son impatience ne put y tenir; il prit le parti d'aller droit au but et d'aborder luimême la question ministérielle. Alors M. Portalis, lui rendant franchise pour franchise, lui déclara nettement que c'était une affaire qu'il fallait traiter directement avec le Roi, que, quant à lui, il ne pouvait s'en mêler et se croyait même obligé de lui faire connaître que, s'il tenait à entrer dans le ministère et si le Roi persistait dans la volonté de l'y introduire, sa nomination devait entraîner sa complète dissolution. M. de Polignac se retira, et M. Portalis fut trois jours sans le revoir. Ces trois jours furent sans doute employés en conférences particulières et secrètes avec le Roi. Elles n'aboutirent pas, car il revint trouver M. Portalis avec ordre de se mettre en rapport avec le duc de Morte-

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