COMPOSITION DEFINITIVE DU CABINET
ces habiletés et comptait surtout sur l'impression que devait produire une volonté bien arrêtée, ne reculant jamais jusqu'à Taché vement de ce qu'elle avait entrepris. Il y avait, entre ces deux hommes prétendant à la direction suprême des affaires, une. divergence bien plus importante et qui éclata dès les premiers jours : non seulement M. de La Bourdonnaye n'était pas dévot, mais il redoutait les prêtres et n'entendait leur laisser prendre aucune part dans le gouvernement; or, c'était précisément sur l'influence du clergé que M. de Polignac fondait ses plus chères espérances. S'il s'est trompé sur l'efficacité de cet appui, l'expérience, du moins, a prouvé qu'il n'avait pas eu tort de compter sur lui, surtout sur le haut clergé, qui s'est engagé dans sa cause avec un zèle imprudent et dont les effets ont été très fâcheux (1). Le nouveau ministère vivait donc au jour le jour, semblant attendre conseil des circonstances. Il fallait d'abord qu'il se constituât. Trois de ses membres étaient absents. M. de Montbel arriva sans retard. M. de Rigny vint apporter lui-même son refus inébranlable. Malgré les prières, les injonctions du Roi, rien ne put vaincre sa résistance. Je sais positivement qu'il donna à M. de Polignac, pour motif de ce refus, une invincible répugnance à se trouver le collègue de M. de Bourmont. L'embarras pour le remplacer fut grand; on se décida pour M. d'Haussez, préfet de la Dordogne.
M. Courvoisier, homme d'honneur, de talent, excellent magistrat, avait reçu sa nomination avec un véritable senti) On ne saurait oublier un mandement de l'archevêque de Toulouse dans lequel ce prélat, déjà signalé par tant d'actes violents, s'écriait : « Ils sont donc véritablement dignes de la confiance du € monarque et des espérances des chrétiens, ces ministres si basse-
< ment outragés par des hommes qui ne veulent ni monarchie, ni € christianisme. Nous n'en doutons point, ces nouveaux dépositaires € du pouvoir auront la gloire de replacer la patrie sur ses véritables
< baies : nous en prenons à témoin les sinistres présages des esclaves c de l'incrédulité qui déjà s'annoncent comme ne pouvant supporter c une patrie où le trône et l'autel se prêtent un naturel appui. »
timent d'effroi ; il répondit qu'il avait besoin de réfléchir, qu'il partait pour Paris et mettrait aux pieds du Roi les très bonnes raisons qui auraient dû empêcher de penser à lui. Il partit, voyageant à petites journées, avec ses chevaux; il avait voulu se ménager l'occasion de causer avec un grand nombre de personnes, sur la route qu'il allait parcourir. Le matin de son arrivée, je le vis de très bonne heure entrer chez moi. Nous étions restés dans les meilleurs termes ; il me devait sa place de procureur général. Il m'exposa sa situation avec le plus grand abandon; le changement de ministère l'effrayait autant que moi; il était décidé à en montrer au Roi toutes les conséquences et à le supplier de permettre qu'il ne fît pas partie d'une combinaison dans laquelle il serait déplacé. Si Charles X insistait, il ne croyait pas possible de le refuser ; son père avait été secrétaire particulier de ce prince, auquel il avait lui-même des obligations qui lui commandaient un dévouement tout particulier. Ce dévouement n'irait cependant pas jusqu'à mettre son nom au bas d'actes violant la Charte. Je pouvais être sûr que, si jamais on avait cette intention, sa retraite ne serait pas douteuse. « Le château, me dit-il, se trompe « à mon égard; parce que je suis devenu très pieux (c'est « un bonheur dont je me félicite tous les jours), on sup- « pose que je suis à la merci des prêtres. Loin de là ; je « prétends qu'ils ont leurs devoirs et doivent s'y renfermer, « que s'ils n'ont pas la sagesse de se tenir en dehors de la « politique, on doit les en écarter énergiquement. »
M. Courvoisier fut ce même jour reçu par le Roi et parla avec beaucoup de force dans le sens qu'il m'avait annoncé. Charles X lui donna l'assurance formelle que l'intention de porter la moindre atteinte à la Charte était à mille lieues de sa pensée, qu'il ne méditait aucun coup d'État, et qu'assuré d'une majorité à la Chambre des députés, il n'en voyait pas le prétexte ni l'occasion. En vain M. Courvoisier s'efforça de lui faire comprendre que sa confiance dans la