‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 1 sur 275 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le régime constitutionnel à Naples. — Soumission de la Sicile. — Caractère de l'empereur Alexandre; son éducation; son esprit libéral ; religiosité et mysticisme ; Mme de Krudener, Bergasse et Mme Bouche; les colonies militaires et la tjrannie humanitaire. — Résurrection de la Pologne; ouverture de la diète de Varsovie; insurrection militaire à Saint-Pétersbourg. — Le congrès de Troppau; nos plénipotentiaires. — Coupable confiance de M. de Caraman dans M. de Metternich. — Pourquoi le laissa-t-on à Vienne? — Habile tactique du ministre autrichien ; il fait croire au czar qu'un accord intime existe entre les cabinets anglais et français. — L'attitude de M. Decazes fortifie cette opinion dans l'esprit d'Alexandre.

— Relations de M. Pasquier et de son ambassadeur à Londres. — Embarras dans lequel le placent ses deux agents en Angleterre et en Autriche. — M. de Nesselrode et M. de Gapo d'Istria; le premier se fait auxiliaire de M. de Metternich. — Ouverture des conférences.

— Le mémoire du ministre autrichien ; il généralise et établit tout un système de droit commun. — Réponse des cabinets de Paris et de Londres.

A la suite de la révolution de Naples, le roi avait remis le pouvoir entre les mains de son fils, le duc de Calabre. Il avait ensuite, conjointement avec lui et le prince Léopold, prêté serment à la constitution, en présence d'une junte que le prince vicaire général avait formée. La réunion du parlement national avait eu lieu le 1" octobre; tout cela n'empêchait pas que le vieux roi avait protesté secrètement

contre toutes les concessions qu'on lui avait arrachées, et qu'il avait écrit aux cinq cours alliées pour leur faire connaître sa protestation et obtenir leur assistance. Il avait spécialement réclamé celle de l'Autriche, à laquelle il avait fait parvenir deux lettres, dont l'une était passée par l'entremise de M. de Blacas, ambassadeur de France à Rome. Ainsi les communications publiques et les actes authentiques adressés à toute l'Europe par le nouveau gouvernement se trouvaient tous démentis par des communications secrètes. Les cinq cours alliées prirent, en conséquence, la résolution de ne reconnaître aucun des ambassadeurs et ministres envoyés par le vicaire général.

L'ambassadeur envoyé en Russie ne put arriver jusqu'aux frontières de cet empire ; il fut obligé de s'arrêter à Vienne, faute d'un passeport qu'il ne put obtenir du comte Golowkin, ambassadeur russe en cette résidence. Cette attitude des cinq puissances, quelque menaçante qu'elle fût pour la révolution napolitaine, ne l'avait pas empêchée de poursuivre sa marche. Les hommes qui la dirigeaient montrèrent, dans les premiers moments, une assez grande fermeté de caractère. Ils entreprirent, sans hésiter, de soumettre la Sicile, et firent partir dès le 31 août pour cette île une expédition de quatre mille hommes, commandée par le général Florestan Pepe, frère de celui qui avait joué le premier rôle dans la révolution au commencement de juillet. Cette expédition fut menée avec une telle vigueur, que, dès le 6 octobre, après quelques combats, la ville de Palerme fut obligée d'ouvrir ses portes; la capitulation réservait la question de la séparation de l'île.

Malgré le succès apparent qui avait jusqu'alors couronné toutes les entreprises des auteurs de la révolution, une division assez grave se manifestait déjà parmi eux, surtout dans l'armée. Le refus des grandes puissances de recevoir les nouveaux envoyés de Naples, la détermination évidente de l'Autriche de combattre la révolution,

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