‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 2 sur 275 · LA FLOTTE FRANCO-ANGLAISE A NAPLES · texte numérisé non relu

LA FLOTTE FRANCO-ANGLAISE A NAPLES

rinierdiction dans le royaume lombard-vénitien de la secte des carbonariy tous ces faits montraient clairement à quel point était sérieux Torage qui menaçait le nouvel ordre de choses. L'association rivale des carbonari,les calderari^ était le refuge de tous les mécontents ; comme il arrive toujours dans les temps troublés, on s'accusait réciproquement de conspiration. On dénonçait les ministres, on les critiquait amèrement dans les journaux, et les tribunaux qui voulaient sévir contre les désordres étaient sans force. Au milieu de tant de scènes affligeantes, comment n'aurait-on pas conçu de très vives inquiétudes sur le sort d'une famille royale dont le chef, incapable de prendre un parti sage et vigoureux, était un obstacle à tout ce que ses serviteurs les plus fidèles auraient pu tenter pour la sauver? La préoccupation sur ce point était la même partout, dans toutes les cours, et les mesures de prévoyance avaient été prises. La France et l'Angleterre n'avaient point hésité à envoyer chacune de son côté, dans le golfe de Naples, des forces navales pour en imposer aux factieux, dans le cas où la sûreté du roi et de sa famille se trouverait menacée. Les instructions données aux amiraux français et anglais étaient absolument semblables. Elles prescrivaient de ne rien faire qui eût l'air de menacer l'indépendance napolitaine, mais de se tenir toujours en mesure d'ouvrir sur leur bord un asile aux membres de la famille royale, dans le cas où elle viendrait à le réclamer, et d'agir avec la plus grande vigueur, si cela était nécessaire pour arrêter et réprimer les tentatives dirigées contre leurs personnes. Les deux cabinets s'étaient réciproquement communiqué ces instructions ; les ambassadeurs étaient autorisés à s'entendre avec les amiraux, et, suivant la nature des circonstances, à réclamer leur assistance. Il faut attribuer à la présence de ces escadres et à la fermeté de leurs commandants le bonheur qu'on a eu de voir se terminer la révolution napolitaine sans avoir de grands malheurs à déplorer.

Le congrès de Troppau allait s'ouvrir : il importe surtout de connaître les dispositions dans lesquelles se trouvait le personnage le plus important, l'empereur de Russie. Deux mois étaient à peine écoulés depuis l'accueil si plein de bienveillance qu'il avait fait à l'agent français à Varsovie, et déjà elles étaient sensiblement changées. Nous avions donc eu raison de rester dans une réserve prudente, malgré les encouragements et les conseils donnés en son nom à M. de La Sensée. Pour qui connaissait bien le caractère de l'empereur Alexandre, ces changements si brusques dans le cours de ses idées n'avaient rien qui dût surprendre; deux tendances contraires ont tour à tour dominé son esprit, dirigé sa conduite, et parfois fait douter de sa sincérité. Elles résultaient non pas seulement de son caractère, mais aussi de son éducation, du désaccord absolu qui existait entre les idées libérales qu'elle lui avait inspirées et les nécessités politiques que les mœurs, les institutions du pays qu'il gouvernait lui imposaient.

L'impératrice Catherine avait donné pour précepteur à son petit-fils un Suisse, Laharpe, républicain et philosophe. C'était le moment où Voltaire et les encyclopédistes étaient à la mode à la cour de Russie. Les leçons du maître avaient eu d'autant plus d'influence sur l'esprit de son élève, que l'absurde despotisme des dernière^ années de l'empereur Paul, dont le jeune prince avait personnellement souffert, était de nature à le révolter et à lui faire adopter des principes de gouvernement tout contraires. A peine monté sur le trône, son règne fut signalé par la réparation d'une foule d'injustices, et par un système de douceur et d'équité qui lui gagna tous les cœurs.

Pendant les longues années de sa lutte contre Napoléon, il se trouva le représentant des idées d'indépendance et de liberté qui soulevaient tout le nord de l'Allemagne. Quand après la dernière invasion, l'incendie de Moscou, il pénétra à son tour dans les États de celui qui l'avait si rudement

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