‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 218 sur 275 · COMPOSITION DES ETATS-MAJORS · texte numérisé non relu

COMPOSITION DES ETATS-MAJORS

ministre de la guerre entrait dans les idées du prince,, sa propre responsabilité était engagée d'une manière trop sérieuse pour qu'il ne sentît pas la nécessité de se soustraire aux obsessions devant lesquelles il reculait habituellement. Afin qu'on ne pût pas dire que tous les maréchaux avaient été écartés, le commandement du corps qui devait entrer par la Catalogne fut donné au vieux maréchal Moncey ; il avait près de quatre-vingts ans. Les deux divisions composant le corps étaient commandées par le baron de Damas et le général Donnadieu. Aucun choix ne pouvait être plus agréable que ceux-là aux royalistes. Le baron de Damas n'avait jamais fait la guerre que dans les rangs de l'armée russe, dans des grades peu élevés; mais durant les Cent-jours, il avait rempli auprès du duc d'Angoulôme, dans la triste campagne de la Drôme, les fonctions d'aide de camp et avait, depuis, commandé la division militaire dont Marseille est le chef-lieu. Il était connu par son excessive dévotion; ce n'était pas le moindre de ses titres. Quant au général Donnadieu, ses mérites étaient si grands aux yeux des hommes qui disposaient de tout que, contre toutes les règles, on lui conserva en mémo temps le commandement de la division militaire dont le chef-lieu était à Tours. Le Dauphin n'avait pas voulu qu'il fût trop près de lui; de là vint que le ministre le plaça sous les ordres du maréchal Moncey, dont son insubordination fit le désespoir tant que dura la campagne, ou plutôt tant qu'il fit partie de son corps d'armée, car il fallut bientôt le renvoyer dans sa division militaire. Le maréchal Oudinot eut le commandement du corps d'armée du centre, de celui qui devait marcher directement sur Madrid. Ce choix fut agréable à l'armée; Oudinot avait été dans tous les temps, par son intrépide bravoure, une des gloires de l'armée française. Les trois autres corps étaient confiés au général Molitor, au prince de Hohenlohe et au général Bordesoulle. Ce dernier avait une bonne réputation d'homme de

guerre. Il eut, pendant toute la campagne, une grande part dans la confiance du prince.

Les commandements des divisions dans ces quatre corps furent donnés aux généraux d'Autichamp, Bourke, Obert, Gastex, Pamphile Lacroix, Domon, Ganucl, de Conchy, Bourmont et Roussel d'Hurbal. Tous ces noms devaient plaire aux royalistes, mais il y en eut un qui leur causa d'autant plus de déplaisir que le duc d'Angouléme Tavait choisi sans tenir compte de leur opposition. Ce fut celui du général Guilleminot, qu'il prit pour chef de son état-major. Leur déplaisir n'osa pas d'abord se traduire publiquement, mais nous les verrons plus tard déclarer qu'on ne pouvait plus répondre de la fidélité des troupes soumises à de pareilles influences. Quant à la réunion des approvisionnements et du matériel, les difficulté s furent surmontées à force d'argent, et les frais, soit par l'obligation d'aller vile, et très vite, soit par l'inexpérience ou la malhabileté de quelques-uns des principaux employés, soit parles malversations de quelques autres, s'élevèrent à des sommes exorbitantes qui stupéfièrent tous ceux qui avaient quelque expérience de ces sortes d'opérations; malgré cela le service des subsistances fut mal organisé. M. Ouvrard, qui, ainsi que je l'ai dit, avait eu la promesse d'être investi du titre et des fonctions de munitionnaire général de l'armée, n'hésita pas à ordonner à ses agents de faire les achats nécessaires. Malheureusement, le choix des membres de l'intendance militaire qui furent appelés à organiser les services, ne répondit pas à l'importance des fonctions qui allaient leur être confiées. Gomme toujours, on ne choisit pas les plus capables : on prit surtout des hommes « fort bien pensants », mais d'une habileté très médiocre. L'intendant en chef surtout, Sicard, fort honnête sans doute, n'avait aucune des qualités indispensables pour porter un si lourd fardeau. M. Ouvrard laissait aller les choses, il avait ses intelligences parfaitement établies dans les bureaux du

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