‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 219 sur 275 · M- OUVRARD KT LES SUBSISTANCES · texte numérisé non relu

M- OUVRARD KT LES SUBSISTANCES

ministère de la guerre,. il savait tout ce qui se préparait, comment s'organisait l'expédition. Il ne tarda pas à apprendre qu'on se décidait à donner « à l'entreprise » le service des vivres-viande et celui des transports militaires. Il parvint à les faire concéder à deux hommes sans moyens, à de véritables hommes de paille. MM. Dubrac et RoUac n'avaient même pas les fonds nécessaires pour fournir leurs cautionnements. M. Ouvrard fut dès lors assuré que rien ne marcherait et que tout resterait en souffrance. Il fallait qu'on fût obligé de recourir à lui. Il fut, il faut en convenir, merveilleusement servi par l'incapacité du ministre de la guerre. Je n'entrerai pas plus avant dans l'exposé des tristes intrigues, des coupables manœuvres employées; il me suffira de raconter que telle était la confiance de M. Ouvrard dans leur succès, qu'il alla, avant de partir pour Bayonne, chez le président du conseil pour prendre ses ordres, lui donnant à entendre que, sachant à quel point les préparatifs pour l'approvisionnement de l'armée étaient mal faits, il s'était mis en mesure de suppléer à l'insuffisance de tous les services.

Le prince était parti de Paris le 15 mars, s'était arrêté quelques jours à Toulouse pour conférer avec le baron d'Éroles, principal chef de l'Armée de la foi et de la junte apostolique. Il avait visité d'abord le corps d'armée qui devait entrer en Catalogne, sous les ordres du maréchal Moncey; puis, après avoir inspecté le corps d'armée placé sous son commandement direct, il était entré le 30 à Bayonne. Disons, avant tout, que cette tournée eut les plus heureux résultats par la noble confiance qu'il témoigna aux troupes et par les soins qu'il prit visiblement d'écarter les soupçons qu'on avait essayé de lui inspirer sur un certain nombre d'officiers.

A peine arrivé, le prince fut assailli par les plaintes de tous les généraux et de tous les chefs de son état-major, sur le désordre et l'insuffisance des services des subsis-

tances et des moyens de transport. On manquait de tout; il était absolument impossible dé commencer les opérations. M. Ouvrard était déjà arrivé à Bayonne; il avait eu plusieurs conférences avec le général Guilleminot, chef de Tétat-major général, et avec plusieurs autres généraux importants. Le 30 mars, jour où M. le duc d'Angoulême entrait dans Bayonne, M. le duc de Bellune y arrivait de son côté, sans que personne eût fait prévoir sa venue, et, ce qui était plus extraordinaire, il annonçait sa résolution d'exercer les fonctions de major général de l'armée. Voici l'explication de cette décision inattendue.

M. de Villèle, dans Textréme mécontentement que lui causait l'administration du duc de Bellune, redoutant plus que jamais les conséquences de son incapacité, alors que ses fautes pouvaient compromettre le succès d'une expédition dans laquelle les plus grands intérêts de l'Ëtat et de la dynastie étaient engagés, crut trouver dans les plaintes qui arrivaient des Pyrénées une occasion désirée de se débarrasser de lui dans le ministère; il tenait surtout à lui retirer la direction de l'administration, en lui laissant un poste assez important pour que ni lui ni son parti n'eussent lieu de se plaindre. Le duc de Bellune répétait sans cesse que tout était parfaitement en règle, que les approvisionnements étaient largement faits, que les arrivages étaient assurés et qu'il n'y avait que la mauvaise foi la plus insigne ou une suite de malentendus étranges qui pussent expliquer la fausseté, l'exagération des rapports dont il était assailli, a Eh bien, lui dit M. de Villèle, il n'y a que a vous, monsieur le maréchal, qui puissiez mettre un a terme à cette fâcheuse situation. Si vous ne voulez pas « que tout s'aggrave et que le tort vous soit imputé, parlez a pour Bayonne; vous y arriverez avec le titre de major « général, que le Roi vous conférera, vous verrez tout par « vous-même, vous dirigerez tout, et les affaires seront « bientôt remises en bonne voie. Le prince ne pourra

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