‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier PasquierChapitre 254 sur 275 · SITUATION DE M. DE VILLÈLE EN · texte numérisé non relu

SITUATION DE M. DE VILLÈLE EN

sont plus les mêmes. Une opposition sage, consciencieuse, allant au fond des questions, va chaque jour grandissant. Elle n'attaquait jamais les propositions du ministère qu'autant qu'elles lui paraissaient dangereuses, prenant en main les véritables intérêts du pays, et s'efforçant, en même temps, de blesser le moins possible les opinions et les sentiments du parti dominant. Cette attitude correcte et prudente lui donne, dans la discussion de la loi sur la conversion des rentes, une victoire que le président du conseil était loin de prévoir. Elle rend impossible le vote de la loi sur les crimes commis dans les édifices consacrés au culte.

Enfin, elle fait rejeter le projet le plus cher à cette congrégation qui dominait de si haut le ministère, celui sur les congrégations religieuses de femmes. Pour ajouter au déplaisir que ces trois échecs devaient causer à M. de Villèle, il lui faut reconnaître que cette opposition est dirigée, soutenue, par ses anciens collègues dans le ministère Richelieu, par ceux dont il a déserté les rangs et trompé la confiance, qu'elle triomphe dans cette Chambre dont il se croyait maître et dans laquelle il venait d'introduire quarante membres nouveaux.

Ainsi, dans la Chambre des députés, les sarcasmes, les invectives, les violences, qui remuent l'opinion publique et détruisent le prestige du pouvoir; dans la Chambre des pairs, des égards, mais un examen sévère et consciencieux qui amène le rejet des lois les plus importantes qu'il a présentées, voilà ce que M. de Villèle avait gagné à se livrer sans réserve, à se mettre à la merci du parti royaliste. Sans doute il lui devait son élévation, mais il le connaissait assez pour chercher un contrepoids en favorisant davantage l'élection d'hommes modérés. Désormais il ne lui était plus permis de reculer, il fallait, à tout prix, satisfaire les passions, les rancunes, les appétits de la majorité. Il a dû sentir les dangers, les humiliations d'une telle impuissance. S'élevant au-dessus de ses intérêts personnels, des

intérêts de parti, il a dû comprendre qu'en mettant le pouvoir au service d'une coterie, en froissant les opinions, les sentiments, les tendances de la grande majorité du pays, il ne mettait pas seulement en péril son existence ministérielle, mais bien l'existence du trône, de la dynastie, du gouvernement monarchique, auxquels il était certainement profondément dévoué.

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