CLOTURE DE LA SESSION
adresse fût présentée au Roi pour supplier Sa Majesté de faire porter aux Chambres, dans la prochaine session, un projet de loi ayant pour but : « 1* de déclarer qu'une indemnité intégrale était accordée aux Français dont les propriétés immobilières avaient été confisquées et vendues par suite des décrets et actes des gouvernements révolutionnaires; 2** de déterminer les bases d'évaluation des propriétés immobilières pour lesquelles cette indemnité était accordée. » La proposition fut rejetée à une immense majorité, comme attentatoire à l'initiative royale et aux droits du trône, dont les promesses, fut-il dit, n'étaient jamais vaines. La victoire n'était qu'apparente. M. de Villèle ne l'avait obtenue qu'au moyen des promesses secrètement répandues que l'affaire de l'indemnité serait la première dont on s'occuperait à la prochaine session. Ensuite il y avait, dans le libellé de la proposition de M. de La Bourdonnaye, une expression dont la portée était grave pour un ministre des finances; c'était celle d'indemnité intégrale. Jusqu'alors les émigrés avaient bien demandé une indenmité; on avait promis de leur en accorder une, mais il n'était tombé dans l'esprit ni d'eux ni de personne qu'elle dût être intégrale. M. de Villèle était ainsi condamné à la dure condition de ne pouvoir jamais contenter ceux au profit desquels il allait pourtant exiger delà France un énorme sacrifice.
La session fut close le 4 août. Elle avait été heureuse en apparence pour M. de Villèle; mais pouvait-elle ne lui laisser que de bonnes et douces impressions? L'expédition d'Espagne avait réussi ; la France et le parti royaliste devaient lui savoir gré d'avoir mené à bien la première entreprise de guerre tentée par la Restauration. La victoire remportée sur la révolution avait été éclatante ; on avait fait de nouvelles élections, et pour assurer le triomphe du parti royaliste, le ministère avait usé de tous les moyens, exercé la pression la plus violente. Le succès le plus complet avait
couronné ses efforts. Dans la nouvelle Chambre on comptait à peine vingt membres de Fopposition libérale. Dans la Chambre des pairs, quarante nouveaux membres environ, nommés par lui, avaient été choisis dans les rangs des royalistes les plus éprouvés. Tout semblait donc présager à M. de Villèle le paisible exercice d'un pouvoir si bien assis; aussi, dès les premières séances, il présente les lois, propose les mesures les mieux faites pour plaire à l'opinion royaliste. Il n'hésite pas à entreprendre l'opération financière la plus hasardeuse, dans le but évident de satisfaire les émigrés, en leur donnant enfin, si cette opération réussit, l'indemnité après laquelle ils soupirent. Dans toutes les nominations aux postes les plus recherchés, il fait une large part à ses amis, à son parti, toutes les faveurs sont pour eux. Rien n'est négligé pour satisfaire leurs exigences. Et voilà que, dès l'ouverture de la session, l'opposition la plus vive, la plus injurieuse, se manifeste dans la Chambre des députés. Elle part des rangs de ces royalistes qu'il avait comblés I Cette opposition était cent fois plus redoutable pour lui que celle de l'ancien côté gauche. Réduits à leurs propres forces, les libérauxne pouvaientrien. Ils joignaient leurs votes à ceux de l'opposition royaliste, désignée sous le nom de contre-opposition. C'est ainsi que sa minorité atteint souvent le chiffre de 80 ou 90 suffrages. Dans les deux projets de loi auxquels le ministère tenait le plus, celui sur la conversion des rentes, par exemple, elle compte 145 voix. La majorité lui reste fidèle, eUe est considérable, mais à la condition qu'il obéisse à toutes ses volontés, subisse tous ses caprices, qu'il ne résiste à aucune sollicitation des députés qui la composent. La minorité est peu nombreuse, mais elle supplée à son petit nombre par l'infatigable activité, la violence des attaques. Elle ne perd aucune occasion de créer des embarras au ministère, de le discréditer dans l'opinion publique.
A la Chambre des pairs, les procédés, les formes, ne