‹ Histoire de Monseigneur Olivier, évêque d'ÉvreuxChapitre 1 sur 47 · COMTE ALFRED BOULAY DE LA MEURTHC · texte numérisé non relu

COMTE ALFRED BOULAY DE LA MEURTHC

Af RIU 1927

« En résumé , quel est M. Olivier? L'homme de France » dont on parie ]e plus, et le moins connu : le moins

> connu et le plus méconnu. Sur lui, les choses en sont à

> ce point : presque tout ce qu'on en a dit est faux ; près •

> que tout ce qu'on n'a pas dit est vrai. »

(Biographie du Clerqé contemporain , par un Solitaire, 1. 1, p. 66. Parif, IMI.)

« Un gentilhomme s'étant un jour trouvé dans une

> nombreuse assemblée de curés du diocèse d'Evreux, la » conversation devint des plus vives, et, tel qui dans un » prône aurait parlé de l'enfer d'un ton froid à glacer, se

> trouva plein de feu quand il fallut parler d'un homme

> absent et innocent. Tout y allait donc de b«)n train, lors- » que le gentilhomme dérouta un peu la pieuse conférence. M Messieurs j dit-il d'une voix très sérieuse, Je ne Vai jamais » vu; fen ai seulement entendu parler. Souffrez que je vous m demande comment il se peut faire qu'il soit tel que vous » me le dépei^z, puisqu'une infinité de gens d'honneur et m dune vie irréprochable en disent tout le Inen possible. m Vous en faites un diable : ne serait-ce point parce qu'il

> veut vous faire des anges? »

{Vie de M. Bourdon^ par Coll«l, p. 99. Parif« 1762, ■ouvellc éditioB, et tone 1, page 206 de la Ire édition.)

PitiFACE.

En publiant celle hîsloire, l'auteur n*a en vue c|uernonneur de Tépiscopal, la gloire particulière du diocèse d'Évreux, l'édification de l'Église et des fidèles. La vie de Mgr Olivier est pleine de bonnes œiiVrés et toute remplie des monuments de son zèle. Tout est pour la consolation de la piété, et rien pour le scandale.

De la part de Tauteur, cette histoire est une œuvre de reconnaissance et de piété filiale; c'est aussi le legs d'un père ii son (ils qu'il est trop heureux de pouvoir exécuter.

J'ose penser quQ cette Histoire de Momeigneur Olivier porte un tel cachet de bonne foi et de vérité ; j'ai été si parfaitement et si sûrement renseigné 6ur les faits que je raconte, dont j'ai été souvent le témoin oculaire, ou que j'ai recueillis de la bouche même du prélat en les notant le soir même (qu'ils m'étaient racontés ; j'ai eu sous les yeux un 81 grand nombre de pièces autographes (plus de mine), que je la crois irréfutable. Je n'ai point mis à la fin du volume de pièces justificatives ; chacuna son plan: j'ai mieux aimé les fondredans le récit même, afin que le lecteur saisit immé* dlatement, et d'un seul coup d'œil , le fait et la preuve*

Le seul reproche que je puisse peut^tre méri-

vin PRBFAC».

ter» c'est de trop admirer mon héros : mais est-ce ma Faute, après tout, s'il était si admirable? Je ne Tadmire pas seul , et ses einemis sont des panégyristes encore plus croyables que moi-même. S il eût été un homme médiocre, ordinaire; s'il eût eu moins de zèle, moins de talent, moins de vertu et moins d'éloquence , il n'aurait pas eu d'ennemis : l'envie ne s'attache qu'à la gloire. S'il eût été moins admirable, je ne lui aurais pas consacré ni mes veilles , ni mes tranquilles loisirs, ni aih^onté je ne sais, en vérité, quelles persécutions que mes meilleurs amis m'ont fait entrevoir. Je ne blesse personne ; je ne nomme aucun ennemi caché de M. Olivier, je ne fais aucune révélation nouvelle. Quelques faits douloureux que j'aurais voulu pouvoir passer sous silence , ce n'est pas moi qui les mets au jour, je les ai trouvés racontés dans les organes d'une trop bruyante publicité. Quoi ! il aurait été permis de le décrier, et Ton a pu impunément publier et signer des libelles contre lut , et moi je serais un grand criminel pour honorer sa mémoire, la mémoire de mon évéque et de mon père, la mémoire de celui qui m'a imposé les mains et a daigné m'aimer ! ! ! On lui a reproché ses torts, et il m'aurait été défendu de rappeler ses bienfaits et de tracer le tableau de ses vertus ! Allons donc ! Arrière la vengeance ! arrière la pusillanimité ! Mais il est un autre reproche dont je ne puis me défendre. Oui, il aurait fallu, je le sens, que VHiiioire de Momeigneur OUvter fût un monument littéraire pour être diçne d'un si grand évéaue. Hélas ! comment avoir osé mouler avec de l argile ce qui aurait dû être d'airain, d'or et de marbre ! Gomment suis-je resté dans les ténèbres, sous une si vive lumière? terre à terre.

nSFACB. IX

tandis qu*il planait dans les cieux? si faible de lança^e, si pauvre % style, si malheureux dans le choix de mes expressions, en écrivant la vie de celui qui fut Tun de ces hommes rares qui parlèrent dans toute sa pureté et avec toutes ses grâces cette belle langue française qui se perd et s'oublie tous les jours ? Mon style est sans art et sans apprêt, et j'écris tout simplement les mots comme ils tombent de ma plume. Toute mon excuse sera dans ma bonne volonté et mes bonnes intentions mon seul droit à l'indulgence. La seule chose qui me rassure est çu'il parlera si souvent lui-même, qu'il fera oublier son malheureux historien. Je me consolerai en contemplant dans notre belle cathédrale d'Ëvreux le monument qu'une souscription glorieuse par les noms qu'elle porte, et la reconnaissance publique consacrent à sa mémoire.

Un homme très honorable me serrait hier les mains et me disait, les larmes aux yeux, que cette publication était un acte de courage. En vérité, je ne comprends ni son émotion ni un éloge que je ne puis accepter. Car, pour qu'il y ait du courage, où est le péril? où est-il?

Quand bien même cette histoire aurait dû m'attirer des chagrins, ces chagrins, je me sens assez fort pour les supporter à cause d'un souvenir d'enfance.

Nous étions un soir cinq enfants, et nous aurions pu étresept, réunis autour du foyer domestique. Moi, le plus jeune, je m'avisai de demander à mon père, qui avait quelque peu lu Plutarque, quel était mon premier ancêtre ? Ton ancêtre ! reprit mon père. Écoute, je vais te l'apprendre pour que tu sois toujours brave.

Des Gaulois de notre pays s'en allèrent porter

X PRÉFACB.

leur vie aventureuse jusqu'aux bouches du Danube. Alexandpe-le-Grana,'*fils de Philippe, roi de Macédoine, faisait alors trembler le monde. Après un rude combat, la plupart furent tués, et deux de leurs chefs, chargés de chaînes, furent amenés devant Tlnvincible conquérant. Alexandre , qui se croyait le seul être redoutable dans l'univers, leur demanda brusquement ce qu'ils craignaient le plus dans le monde. Il s'imaginait qu'ils allaient répondre : Alexandre. Pointdu tout.

— Et quelle fut donc leur réponse T

— Nous ne craignons, dirent-ils, qu'une seule chose : c'est que le ciel ne nous tombe sur la tète. Alexandre, plein d'admiration, les renvoya libres.

Mon flls, tu es le descendant direct de ces Gaulois-là.

SacqttenvUle, 20 arril 4815.

HISTOIRE DE lOraHIR OUÏR.

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