‹ Histoire de Monseigneur Olivier, évêque d'ÉvreuxChapitre 2 sur 47 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

A quoi tiennent «onvent les plus grandes destinées? A une action très simple, petite en apparence, Indlflér«Btt tttt yeux des hommes, mais précieuse a«x regards de celui qui sonde les reins et les cœurs. Dletâ wwBre m grandes largesses, les dons ineflhbles de la gtàce et de la nature aux dispositions secrètes et cachées qu'il décourre an (bnd des âmes.

Dn rude soldat rencontre aux portes d'Amiens un pativre twnwl de trold. Avec le tranchant de son épéé.

il partage son manteau pour réchauffer les membres glacés du mendiant. Et la nuit suivante, Jésus se montre à ses anges revêtu d'une moitié de manteau : « Martin, leur dit-il, qui n'est encore que catéchu- » mène, m'a couvert de ce manteau. » L'ardente et naïve, charité du néophyte reçut en récompense un glorieux apostolat.

En 1804, un vieux prêtre, le respectable abbé Maheu, montait péniblement dans Paris la rue Croix-des- Petits-Champs. Le pavé était boueux et glissant, et une pluie glaciale, lui fouettant le visage, ruisselait de son large chapeau sur ses épaules. Un petit enfant de six ans s'émeut à ce spectacle. Il sait déjà qu'honorer un ministre^ de Dieu sur la terre, c'est rendre gloire à Dieu qui est dans le ciel.

Mais comment venir au secours de ce bon vieil abbé qui trébuchait sous les raffales de la pluie et du vent? Un petit enfant bien sage ne doit point s'échapper dans la rue sans permission, et ne peut disposer de rien que par obéissance.

« Bonne maman, dit l'enfant à sa mère, voilà làbas un prêtre que l'eau mouille : veux-tu que je lui porte ce parapluie?... — Va! » Et l'enfant vole : « Monsieur, mettez-vous, je vous prie, à l'abri sous ce parapluie. » Le prêtre refuse. L'enfant, consterné de voir qu'il résistait à l'élan de son cœur, insiste e( supplie : « De grâce, disait-il, prenez-le; maman l'a permis I »

Le lendemain, l'abbé Maheu racontait son aventure de la veille dans la sacristie de Saint-Merri. Il avait oublié de demander à l'enfant son nom et le numéro de la rue qu'il habitait, et s'informait à qui il pouvait rendre le parapluie hospitalier. Au portrait qu'il fait

des grâces, de Tair vif et dégagé de l'enfant, tout le monde lui dit qu'il ne peut être autre que le petit Olivier. L'enfant était très connu à Saint-Merri. Il ac* compagnait très souvent à l'église sa mère, qui était l'une des dames de charité de la paroisse, et Ton était ravi de son air angélique quand il joignait ses petites mains pour prier à côté d'elle. li était l'idole de tout le quartier par ses gentillesses et Tà-propos de ses réparUes enfantines.

Le vieux prêtre, donc, se crut obligé de faire une visite de politesse à M"» Olivier. Il combla de caresses le petit enfant , et fut frappé des heureuses dispositions qu'il manifestait dans un âge si tendre. Ce mot : « Maman l'a permis!... » lui avait déjà révélé que, chez lui , ta docilité accompagnait la grâce de son esprit précoce. Il le prit dès lors en affection, et demanda à sa mère la permission de donner ses soins â une fleur qui ne demandait qu'à s'épanouir. C'est ainsi que, dès ses plus tendres années, le petit Olivier fut confié aux soins d'un respectable prêtre. TeUe fut la première origine de sa vocation, et il aimait à racon^ ter plus tard , dans ses moments de gaieté, que c'était à un parapluie qu'il avait dû d'être prêtre et évèque.

II n'est pas besoin de chercher d'ancêtres à ceux qui portent en eux-mêmes la noblesse personnelle. Ceux qui sont nés d'eux-mêmes et fils de leurs œuvres n'ont point de titres à montrer. Quelle est l'âme tant soit peu élevée qui n'échangerait volontiers ses parchemins , si illustres que les ait rendus la gloire des

ancêtres , contre le talent, le génie et la vertu? Cela importe-t-il beaucoup à la gloire et à la sainteté de TEglise que saint Paul ait grandi dans la boutique d'un corroyeur, saint Augustin dans la métairie d*un père africain, si le père de Tertullien est inconnu, si Bossuet, Bourdaloue, Fléchier et Massillon naquirent dans la roture? Quelle autre illustration faut-il cher» cher aux hommes qui honorent leur époque, qui sont la gloire de leur patrie, que celle de leurs œuvres et de leur nom? Au poids de la conscience et de la vérité, quelle est la plus grande valeur, de celui qui perce la foule par son propre mérite et doit à ses œu« vres d'occuper les premiers rangs de la société, ou de celui qui s*y ti^uve déjà élevé, sans aucun effort de sa part, par cela seul quMl 8*est donné la peine de nattre aux rayons d'une gloire qu'un autre a conquise pour lui?

Nous sommes loin, cependant, de regarder l'illus-» tration du sang comme un préjugé) noblesse oblige ; c'est la récompense à des services rendus qu'il y aurait Injustice à dénier, et défaut de patriotisme à ne pas honorer. Qu'est-ce, en effet, que la noblesse dans un pays , si ce n'est le reflet des gloires nationales?

Toutefois, nous sommes entrés, avec l'abbé Maheu, dans une maison anoblie par une probité sévère, par le travail, l'économie, par la pratique austère des vertus chrétiennes à une époque où l'impiété était encore frémissante , où il fallait une certaine force de caractère pour oser se montrer religieux, où le culte chrétien avait à peine secoué la poussière des nouvelles catacombes. Claude Olivier tenait un ma* gasin dé cristaux et de faïence, et sa capacité pour le

commerce, son trayait, son esprit d'ordre, lui avaient déjà acquis une tionnéte aisance. Il était né à Elampes, en 1757 , de Jean-Pierre Olivier, qui lui-même était originaire de Boissy-sous-Saint-Yon. J|k)s ancêtres ne voyageaient pas beflioup et ne connaissaient pas cette dévorante inquiétude, cette fiévreuse agitation qui arrache aux foyers paternels un si grand nombre d'enfants perdus. Le village qui avait vu naître le père était aussi le berceau des ancêtres , et le Ûls continuait tout simplement Tétat du père. La vannerie était héréditaire dans la famille patriarcale des Olivier, et il avait fallu une révolution pour que Tun de ses membres allât tenter dans le goufflre de Paris les chances du commerce.

Au moment des folies révolutionnaires de 93, Claude Olivier était premier commis dans la maison qu'il géra ensuite pour son propre compte. Il était trop honnête, trop rangé dans sa conduite et danà ses mœurs pour n'être p^ déclaré suspect de probité et poussé comme tel , pff de bons patriotes , jusque dans les prisons de la Conciergerie. Mais à peine écroué sur le registre fatal , il posa le lendemain matin au magistrat , avec un calme imperturbable , une question dont rétrangeté et la bonhomie firent sans doute le succès : « Mon maître , lui dit-il , ne peut se passer de » ton premier commis; mol seul ai la clef de ses af- » falres et de son commerce. Dans son intérêt , Je de* » mande h aller travailler toute la Journée chez lui. » N'ayet pas peur que Je vous échappe, je reviendrai 9 coucher ce soir à la prison. » Le magistrat étonné le laissa partir. C'était sans doute un prisonnier perdit», mats un de plus» un de moins, il n'y tenait pas beau* coup. La terreur révolutionnaire lui fauchait Me» as-

— lésez de Tictimes. Aussi le soir il ne pensait plus à Claude Olivier, quand celui-ci revint frapper à la porte de la prison. Or, le concierge ne voulait pas le laisser entrer : « Regjjdez bien, lui dit Claude Olivier; je » suis écroué sûr vos registre!»- » Les jours suivants , il obtint la même permission, et, pendant trois mois, il sortit tous les jours pour aller travailler dans son magasin, et la même fidélité le ramena tous les soirs dans la terrible prison d*où Ton ne sortait guère que pour monter à Técbafaud.

Il y avait alors, entassés dans les prisons de la Conciergerie, des riches , des nobles , des magistrats et des prêtres, tous ceux qu'une illustration quelconque, soit dans les charges éminentes comme Malherbe, soit dans les lettres comme André Chénier, soit dans les sciences comme Lavoisier, soit même dans les services rendus à l'humanité comme Tabbé de TEpée, avait marfluée d'avance pour subir Tégalilé du niveau révolutionnaire. Claude Olivier, par les avis secrets qu'il portait et rapportait tous les jours, sauva un bon nombre de victimes déjà dévouées aux hécatombes de la Terreur ; il en empêcha d'autres de venir remplir les vides faits chaque jour par la mort. Quand ' il portait ainsi ses précieux avis, il était souvent accueilli comme un fourbe, comme un agent secret de la Terreur, et jeté à la porte. On ne connaissait ni le nom qui l'avait fait ouvrir, ni l'écriture furtive tracée à la lueur d'un soupirail. Mais il n'était pas dupe de ces dehors affectés, de ces brutalités commandées par la terreur. Il savait que l'avis était bon, et l'on ne manquait jamais d'en profiler. Il ne fallait pourtant qu'une seule délation , qu'une imprudence, une intelligence surprise, pour envoyer lui-même à la mort

lliéroïque messager. Il n'en continuait pas moins tous les jours, avec calme, avec simplicité, avec confiance en la protection divine, à fendre à ses compagnons de captii^tétous les services possibles et à rentrer tous les soirs auprès d'eu^npans s'arrètei4h)e seule fois à la pensée d'une fuite si facile. Il était lié par sa parole; il ne voulait pas abuser de la confiance même de ses geôliers, pas plus qu'il n'était capable de tromper celle de son patron. A la fin , la permission de sortir lui fut refusée, et il allait payer de sa tète sa noble fidélité et son dévouement , lorsque la cbute de Robespierre le rendit heureusement à la liberté.

Jean-Pierre Olivier, son père, vivait encore et s'acheminait paisiblement vers ses cent ans. Les bons habitants d'Etampes vénéraient ses cheveux blancs. C'était un vieillard encore bien vert, d'une vertu et d'une probité austères; aussi, le 18 juin 1789, la Société philanthropique d'Etampes lui avait décerné une médaille d'argent portant cette inscription : Prix du bon citoyen accovié à Jean-Pierre Olivier. Cette relique est aujourd'hui entre les mains de l'abbé Dominique Olivier, son petit-fils. Telle était la race, fortement trempée, qui devait donner à Paris un de ses plus admirables curés, et à l'Eglise de France un de ses plus grands évèques.

Cependant, la France se consolait de ses déchirements intérieurs par l'éclat de sa gloire militaire. Les victoires d*Arcole et de Rivoli lui montraient de loin ,

au delà des Alpes, le retour de Tordre sous une main ferme et ua sauveur. C*est au milieu de ces espérances de paix et de tranquillité que Claude Olivier épousa Jeanne Boucheseiche , originaire de ce bon pays de Lorraine , teri% de loyauté '^ de foi naïve , qui non» a donné Jeanne d*Arc, dont elle portait le doux nom. Elle était née à Coefiy (Haute-Marne), et fille de Nicolas Boucheseiche et de Marguerite Laguarigue. C'était une femme d'un cœur excellent, d*un esprit pénétrant , et élevée dans les sentiments de la piété la plus sincère. Dieu bénit ce mariage, el, le 28 avril 1798, il donna aux deux vertueux époux un fils qui , dès le surlendemain de sa naissance, fut porté au baptême dans l'église de Saint-Ëustache, et reçut les noms de Nicolas-Théodore. Ils eurent ensuite un second fils, père de la nièce et des deux neveux de révêque.

Jeanne, heureuse d'avoir un fils, comme une autre Anna, mère de Samuel, et à l'exemple de sainte Nonne, mère de saint Grégoire de Nazianze, le consacra dans son cœur à Dieu, pour le service de ses au** tels alors déserts et en ruines. Dès lors, avec la tendre sollicitude du cœur d'une mère, avec l'Intelligence de la foi la plus vive et l'œil d'une sainte, elle s'appliqua à former ce cœur naissant comme Ton pare un sanctuaire où Dieu doit reposer. Il connut les noms de Jésus et de Marie en même temps que ceux de son père et de sa mère. Les vœux de la pieuse chrétienne étaient exaucés : l'enfant montrait les plus heureusea dispositions à la piété. Dans les joies naïves de cet

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âge , il D*éprottvail point de plus grand bonheur que celui de prier avee sa mère, lurtoutde l'accompagner à l'église.

Partout où vous trouverez un grand cœur, soyez

sArs que vous trouvères aussi une admirable mère.

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