CHAPITRE VI
M. mivlery éré^iue éHi «*Strrem.
Le 12 juillet 1841 fat tenu à Rome un consistoire dans lequel le souyerain pontife Grégoire XYI préconisa H. Nicolas-Théodore OUyier, curé de Saint-Roch, évèque d'Evreux. A Rome, on choisit toujours une fête du rit double pour tenir les consistoires où sont confirmés la nomination des évèques. Ce jour là TEglise célébrait la mémoire de saint Jean Gualbert, abbé et fondateur de Tordre de Vallombreuse, célèbre par le pardon magnanime d'une injure.
Vers le milieu du X1« siècle, Hugues Gualbert issu d*une riche et noble famille de Florence, fut tué par un gentilhomme. Animé par les discours de son propre père, Jean brûlait de tirer de la mort de son frère une vengeance éclatante. Revenant de la campagne à Florence un jour de Vendredi-Saint, il rencontra le meurtrier dans un passage si étroit qu'ils ne pouvaient se détourner ni Tun ni l'autre. La vue de son ennemi rallume son courroux : l'épée à la main, il fond sur son ennemi. L'autre se jette à ses pieds, et, les bras étendus en croix, il le conjure par le souvenir de la Passion de lui faire grAce de la vie. Frappé à cette vue, attendri jusqu'aux larmes, Jean Gualbert tend la main
au suppliant et lui dit avec douceur : « Jésus-Christ « en ce jour a prié pour ses bourreaux, il est juste « que je vous pardoAAe< Je vous accorde non-sculcir ment la vie, mais même mon amitié, d Et, à la suite de cette action, il continua sa route et s'enferma immédiatement d«M Tabbaye dd SainV-Miniat* Tel était le saint protecteur, auquel en souvenir de sa préconisation, M. Olivier demandait les inspirations de la vertu sublime quUi sut mettre constamment en pratique.
LoOte-^PhilippOi & cette époque, choinit M. Tétéque élu d'Evreux pour présider une Auguste cérémonie. H s'agissait du transport de Saint-^Hooh à Dreux du cœur de Philippe de France, duc d'Orléans, régent du royaume pendant la minorité de Louis XV, mort en 1733, ainsi que oelui de Mlle de Hontpensier, Aile du roi, morte à NeuUly en 18S8. En demandant à Mgr révèque de Chartres les autorisations et permissions nécessaires, H. Olivier ajouta t a Je tous prie, Mon^ « seigneur, de me permettre de profiter de cette oc*> « oasiott pour assurer Votre Grandeur du bonheur « que j'éprouve d'être A près d*elle. J*espère que jo « saurai profiter des lumières et des exemples du sa^ « vani et pieux pontifo que j'ai toujours aimé et vé* « néré comme ua père de l'Eglise, et que l'Eglise « d'EvreusL se ressentira du voisidage de Chartres. »
Le 14 juillet, à huit heures du matin, deux voitures aux armes royales, l'use à six chevaux, l'autre à qua« tre, vidfefit prendre au bas des degrés de Saint-Roch, Mgr 4'évèque «\n d'Ëvreux, assisté de deux membres
de son clergé, et dans l'après-midi, les pieuses reliques de famille furent déposées daut les caveaux funéraires de la chapelle royale de Dreux. M. le lieute- Dftûl général baron Gourgaud« aide-de*CBmp» et un officier d'ordonnance du duc d'Orléans^ représentaient la fànûlle royale«
Il s'en fallut peu, à cette époque, que M. Olivier, qui était attendu à Evreux avec tant d'Impatience et appelé par tant de vœux, ne fAt enlevé au diocèse. Mgr de Belmas venait de mourir à Cambrai, dont le siège éplscopal allait être, à cause de la mémoire de Penélon, érigé en archevêché. Le duc d*Orléans, qui aimait beaucoup M. Olivier, lui proposa ce siège devenu vacant; mais celui-ci lui répondit que la Providence l'ayant appelé à Evreux, il voulait être fidèle à sa vocation. Mais une vive inquiétude et des alarmes se répandirent aussitôt dans le diocèse d*Evreux, et M. Olivier se vit contraint d^écrire plusieurs lettres pour rassurer complètement ses amis.
L'admimstratioii capitulaire avait alors sur lei brai UM afliure ipintuse et qui la oonirariait beaucoup. De prétendus Dominicains qui étaient parvenus à capter la bienveillance d'une noble et ricbo daoie> cheroluiieot à former un établlMement dans le canton éê Rnglaa. Mais cette tentotive éoboua devant la fernaté de MH. lea vicaires gteéraon ca{»tulaires.
M. OliTier était vivement préoccupé du jour, le plus rapproché possible, où il pourrait fixer son sacre qui devait être fait dans Téglise de Saint-Roch par Mgr Tarchevèque de Paris, assisté des évèques de Versailles et de Séez. Dans le mois de juillet il n*y avait qu*une seule fête d'ap6tre, celle de saint Jacques, et encore tombait-elle le dimanche, et les curés de Paris qui désiraient assister à cette cérémonie, étaient retenus ce jour là dans leurs paroisses par leurs devoirs respectifs de pasteurs. Il ne restait plus que la fête de saint Barthélémy, le 24 août, et celle de saints Simon et Jude, le.26 octobre. Hais Mgr Affre, dont la santé et les fatigues e^dgeaient le repos, attendait la fin de la cérémonie pour aller respirer Tair natal de ses montagnes. Ce prélat parcourait alors le nord de la France et la Belgique. C'est dans ce voyage que deux commis-voyageurs qui se trouvaient avec lui dans le même coupé osèrent lui demander, croyant faire de Tesprit, quelle ressemblance il y avait entre un évëque et un mulet? — Je vous promets, dit l'archevêque, de répondre à votre question, si vous voulez répondre à la mienne : quelle difTérence y a-t-il entre des commis-voyageurs et des ânes? Nos gens de cfaerdier et de fouiller en tout sens leur pauvre cervelle. A la fin ils dirent : Nous n'en voyons aucune. — Ni moi non plus, répliqua M. Afflre.
Il se présentait un beau jour pour la consécration de M. Olivier : c'était le 6 août, fête de la TransAgu» ration, premier anniversaire du sacre de Mgr Aflire. Mais il fallait une permission du souverain pontife.
Dès le 8 juin, M. Olivier l'ayait sollicitée par la lettre saivaDte : ir
« Beatissime Pater,
« Ad episcopatum Ebroïcensem Vestrœ Benignitati f à Rege Francorum designatus summum honorem « duxi facultatem mihi datam summo Poutificimeam « fidem, humilitatem et obedientiam profitendi. Et si « minimns merito attamem pietate erga sanctissimam % sedem praecipuus Vestrœque Paternitati addictissic mus, efflagito facultatem extra dies statutos reci- <r piendi consecrationem episcopalem ab illustrissimo « Archiepiscopo Parisiensi , assistentibus DD. Ver- « saliensi et Sagiensi episcopis. Magni momeuti causas « tantœ facultatis yelit perpendere optimusPonUfex:
€ 1<» Omnes confratres meos in cura pastorali con- « vocare teneor ; sed ipsis non liceret, diebus domi< « nicis.
« 2<» Diebus dominicis, débiter sum Parochus sancti « Rochi missœ audiendœ erga innumeros chris- « tianos quibus perimpossibilis esset auditio missee, « posità consecratione, propter concursum cleri, pro- « cerum et plebis.
« ffi Nulla occurit festivitas natalitium ApostoH « auto festum sancti Bartbolomœi , et tune absens € esse, sanitatis caus&, DD. Archiepiscopus Pari- 'i siensis exoptat. Ad pedes Vestree sanctitatis pervo- « lutus largam benedictionem expecto fidens, « Beatissime Pater,
« Vcster humillimus et devotissimus servus et fl- « Vàa.
« 01iyier> Parochus Sancti-Rochi^
« Ebroïcensis episcopus nominatus. »
« Ti^ hêuretit Père,
« Désigné par le roi des Français à voire bénigtaité « pour le siège épiscopal d'ETrdux, Ji regardé oomme « le plus grand hooneur Toocaiton qui m'êè^ offerte € d'assurer au soUTerain ponUfe ma fei| Aon btami' K 11 té et mon obéissance* Bien que le plus petit de « tous par le méritOi mais cependant Tud deo pre- « miers par mon amour envers le très saint Siège» par « mon éternel et inviolable attaolemeni à Votre Pa** « ternité^ je la supplie de m'aooorder la Acuité de « recevoir» en dehors des temps fixés par les sla" « tuts, la consécration épiscopale des mains du très a illustre arohevéquo de ParlSi assiité de nos soi- H gneurs les évèques de Versailles et de Bées. Qua le « très excellent pontife daigne pesar les grates mo- « tife d'une aussi grande faveiir t
« lo Je suis tenu de convoquer tous mes confrères « revêtus de la charge paatorale ( mais leur assis- « tance serait empèchée« un Jour de dimanche)
c i« Le dimanche» comme ooré de Sallit^Roobi Je « suis dans Tobligation de procurer Tauditioa de la « messe à d'innombrables chrétiensi auxquels oeite « assistance serait impossible» le Jour de la conetcra- « tien» à cause du concours dtt Clergé, dei grands et « du peuple \
« â<» U ne se renoonti'i aucune Ate d*apéira avant « la saint BaTthélemj » et» à Oeite époque» Mgr V»^ <c chevëque de Paris désire s^absenler pour cause de <K santé. Prosterné aux pieds de Votre Sainteté, j'at- « tends d^elIe avec conùance une abondante bénédic- «t tion.
^ Je suis,
« Tréë heureut Père,
« Voire très bmobte cl très cléroué senriteor ti
i au,
« Oi^iviEn, curé de Saint-Rocb, évoque « nommé d'Evrouxt n
Le jour fixé pour le sacre approchait, et M, Olivier, J'esprJt libre, voulait se recueillir profondément seul {i seul avec Dieu, Comme les préparatifs de la cérémopie Tauraieut nécessairement troublé dans ses communications avec le ciel , il avança le jour de sa retraite, et le Jeudi 22 juillet, il entra dans cette maison vénérée de Saint-Sulpice, qui avait été le berceau de sa jeunesae cléricale.
Le même jour* il écrivit au cbapitre d'Eyreux et aux Ylcaires généraux capltulaires ;
c •••,• Vous prendrez, messieurs, les dispositions
< que vous jugerez convenables pour appeler sur vo- « tre nouvel évêque Tabondance des bénédictions cé-
< lestes. J*entre en retraite, ce soir, au séminaire,..,. « Je vous offre^ messieurs, mon çm^r ft ma vie. »
N. Olivier avait toqjours envisagé Tépiscopat avec une sorte de terreur. Une nouvelle carrière s'ouvrait devant lui; oomment allait-il la parcourir? Devant les diargea redoutables de Tapostolat, troublé jusqu'au fond de son ftme, comme U Ta avoué depuis, par un noir pressentiment de Tavenir, il se sentit comme abattu. On ne rêvait pour lui que la joie et l'enivrement dea grandeurs, et lui, loin de ressentir aneane joie dans son oœur, éprouvait, au contraire, les secrets et formidables frémissements de Jésus-*
Christ au jardin de Tagonie, eu présence de Tange attristé qui lui présentait le calice d*amertume. Il s'humiliait devant Dieu, de qui seul il pouvait attendre le secours : prosterné sur le pavé de sa cellule solitaire, il le mouillait de ses larmes. De cet anéantissement profond de lui-même, il invoquait cet esprit de force qu'il devait bientôt communiquer aux autres. Il se préparait aux luttes et aux travaux de i'épiscopat, comme les premiers évoques se préparaient au martyre.
Derrière lui, le chemin qu'il avait jusqu'alors parcouru lui semblait parsemé de fleurs ; dans la carrière qui s'ouvrait devant lui, il ne voyait que des ronces, des épines, le tranchant acéré d'un glaive. Curé de Chaillot, de Saint-Etienne et de Saint-Roch, il avait semé dans une terre bien préparée, dans des coeurs qui voulaient être instruits et -éclairés. D'innombrables conversions avaient signalé son ministère de simple prêtre. Evèque, l'infatigable semeur ne va-t-il point répandre la semence divine dans un terrain sec, aride, rocailleux, rencontrer des esprits prévenus, entêtés, orgueilleux , des cœurs glacés ? Peut-il espérer, a-t-il le droit d'attendre un sort plus heureux que celui du divin semeur de l'Evangile, qui vit une partie du bon grain foulé sous les pieds des passants , étouffé par les épines, et l'autre périr parce qu'il ne fut pas arrosé et que des méchants l'enlevèrent du cœur des hommes ? Une bonne partie fructiflera au centuple, Ill'espère, car la contradiction est le signe ordinaire du bien qui doit s'accomplir, et pourquoi l'enfer aurait-il ces fureurs si le ciel ne devait pas être ouvert à une infinité d'âmes? Au prix de combien de larmes, de sueurs, de peines, de tribulations l M. Olivier
neyoit dans Tépiscopat que le sacrifice perpétuel de sa Tîe. Mais, ce qui le soutient au miMeu de toutes ces angoisses, ce qui le rassure contre ses terreurs, ce qui le relève de son abattement, ce n*est pas même un ange, c'est Marie en qui il a toujours eu une si tendre conûance. Il se souirient qu'elle priait dans le cénacle ayec les apôtres, dont il va être le successeur; c'est auprès d'elle qu'il va chercher la force et un appui. Cette considération remplit son àme d'une joie ineffa* bie, d'une paix que le monde ne peut pas comprendre parce qu'il ne peut pas la donner. A c6té de la Sainte Mère de IHeu, qui peut douter un instant de la mteéricorde divine ? Pierre, qui inonda ses joues de tant de larmes, ne pleurait pas son reniement quand Marie était dans la compagnie des apôtres, et leur ferveur et leur allégresse à Jérusalem avaient sans doute sa douce présence au nûlieu d'eux pour principe. M. Olivier la conjurait de ne pas l'abandonner un seul jour pendant tout le cours de son apostolat, et nous pensons que c'est au souvenir de l'assistance toute ma-^ temeUe qu'il croyait avoir reçu d'elle dans sa retraite qu'il devait la fidélité avec laquelle il récitait son chapelet tous les jours. On se souvient que, mourant, il roulait encore dans ses doigts les grains de son rosaire, en même temps que de grosses larmes descendaient sur ses joues. J'ai toujours pensé que ces larmes ne révélaient aucune douleur, mais qu'elles attestaient, au contraire, une joie intérieure, une expanrion de reconnaissance; car, lorsque Tàme d'un chrétien est unie à celle de Marie, il n'y a plus ni amertume, ni chagrin, ni douleur.
C'est pendant les jours de ferveur de cette retraité, le 24 juUlet, que M. Olivier écrivit à M. Lefebvre :
« M.f Vottu nCw$% promi, Yout olMt Guib^rt. «9 « concours plein de dévouemanl » §t moi je toui pro" « mets un oœur plein d'attaebement et de déyotion. • Mareiraiie pae rend heureux. Dieu m'y coneole per « une grande pai% ei me soutient par une grande pon- « aanoe en sa mli^ricorde divinet «
vu,
IL est bien évident que ce qui se paesaii h EYreui était étran§fer à M, Olivier. M. de BionicauU , préfet de l'Eure, M. Bourguignon, arohitecte, pressaient avec un louable tèle les réparatiqnt et le renouvelle'* BMnt du mobilier de Tévèché, auquel on n'avait pas travaillé depuis vingt atis. Us étaient pleins de bonne volonté, mais ils avalent rencontré des obstaelei et des dlMcultés tracassières du cMé où Poh aurait dû le moins les attendre, H y avait eu d'inoroyables sortiee sur le luxe et les folles dépenses de M. Olivier. M. Selnie Davenay, toi^ours bien renseigné, flsisait pleuvoir sur oe ohapitrq des torrents d'inlures. Ce n'est pas là oe qui Tinquiétait. Le plue simple bour» geoia, quand il déménage, fait rafridohir lei appartements qu'il doit occuper. Le département de TËure tenait à honneur de préparer une demeure eonvenable à l'évéque d'Ëvreui. M. OUvier s'était flranehement ouvert à M. lo préfet sur eet article t
« Votre nouvel évèque vous arrive sans fortune, lui « écrivait-il. H a dépensé la paHrqul lut revenait de «( sa mère dans les deux églisee qu'il a dirigées à Pa** «( ris. Son père, âgé de quatre«viogt-*trois ans, se « porte bien, et il ne veut point 6ter à Taisaoee qui
€ lui est nécessaire dans un âge avancé. D'un autre c c6té, j'ai rintention d*dire digne à Evreux, sans € luxe, mais avec une maison convenable. »
Mais lot ouvriers avaient eu beau se hftter> e'est le temps qui manquait, et un dimancbe, Us avaient cru que la nécoëiiti et Turgeoce étaient une excuse pour continuer leurs travau)(, Selme Davenay, qui ne passait pas pour dévot» cria au scandale ; il s'indignait tou*iouru aprà» coup. Il y avait eu d'autres colères et d'autres menaces avant les siennes. On était même panrenu h faire prendre feu au vénérable M. Lambert, chanoine tris saint st très vénérable. Le bon vieillard écrivit à M. Olivier lo 25 juillets
s Monseignetir, soutnres que je vienne un instant « interrompre vos saintes communioations avec Dieu| « mais ce sont les intérêts mêmes de Dieu qui provo-* c quent cette démarche. Faut-il qu'à la joie que nous « cause votre prochaine installation et le terme de ^ notre veuvage vienne se mêler un sentiment bien « pénible, celui de voir votre palais épiscopal rempli c d'ouvriers les jours de dimanche I Hélas! que pou vonsc BOUS dhre désormais aux nombreux profonateurs de « ce sahit jour, après le scandale qui leur est donné « dans la résidence même du premier pasteur, et dont < ils se plairont peut«êtr6 à le faire complice. Vous « avoir signalé le désordre, c'est, nous Tespérous, eu e avoir assuré la eessatlon. »
M. Olivier féliclla M, l'abbé Lambert du zèle qui Tenflammalt pour la gloire de Dieu, et lui promit d'envoyer des ordres pour faire cesser aussitôt le désordre dont sa piété s'était affllgéç.
Le 29 juillet.M. Olivier écrivit à M. THApilal, maire d*Evreux, pour lui annoncer officiellement le jour de son arrivée à Evreux, et l'inviter à la cérémonie de son sacre. Il lui envoyait en même temps mille francs pour être distribués aux pauvres de la ville la veille de son entrée, et il ajoutait : « Je suis heureux que les pre- « miers rapports qui s'établissent entre nous soient « des rapports de charité. » Le chapitre recevait en même temps huit cents francs pour indemniser la fabrique de la cathédrale des frais que son intallation allait lui occasionner. C'était déjà une preuve que ces pompes ruineuses, dont on parlait si fort, ne ruinaient, en définitive, que M. Olivier lui-même.
Le dimanche, X^^ août, M. Olivier était dans la chaire de Saint-Roch, et donnait à ses bien aimés paroissiens, avant de se séparer d'eux, un dernier témoignage de son affection pastorale* Après un court préambule aussi touchant que pieux, il expliqua les motib qui l'empêchaient de formuler des adieux ; il craignait de détourner leur attention du saint sacrifice et de provoquer une scène de sensibilité qui , dans l'église, aurait pu être regardée comme une offense à la majesté du Dieu trois fois saint. Il commenta ensuite cette prière de Salomon : Et nunc, tmncU $0$^^ torum^ con$erva in œternwn impolMam d^mmn iêtam.
« Et maintenant, saint des saints» conservez à jamais ce € temple exempt de toute souillure. »
« Ce sont, dit-il, les paroles que nous venons de lire au saint antel, et que vous avez lues avec nous ; ce sont les paroles par lesquelles la grande bonté de Dieu vous invite à conserver le cœur de ces enfants toujours purs, sa demeure toujours sainte et vénérée. C'est aussi la pensée que nous venons méditer avec vous, afin qu'entrant dans toutes vos pensées, nous puisslonSf pour ainsi dire, dans une seule parole, résumer tout ce que nous vous avions dit de la part de Dieu pendant plusieurs années, et que dans cette prièie fervente, vous trouviez la mesure de tout ce que Dieu a droit d'attendre de vous.
« Le chrétien a des devoirs à remplir envers Dieu, il a des devoirs envers l'Eglise, il a des devoirs envers lui-même. C'est dans l'observance de cette triple série de devoirs que se trouvent la certitude du salut, et ce dépôt sacré dont parle TapAtre saint Paul, dépAt qui vous a été confié, mais que l'équitable juge doit nous garder pour être notre récompense dans l'éternité.
« Mes frères, si vous voulez accomplir vos devoirs envers Jésus, Dieu, votre sauveur; si vous voulez toujours marcher dans la voie qui nous conduit à lui; si vous voulez pouvoir dire sans rougir : Oui, Jésus est ma vie, Jésus est pour moi la vérité, Jésus est pour moi la voie qui conduit au salut, via, veritas et vita, conservez comme le moyen le plus efficace la sainte dévotion, Tadoratiou profonde envers Jésus-Christ au sacrement de l'autel. Si vous aimez Jésus-Christ au sacrement de l'autel, vous ne serez jamais déshérités dans son cœur : il n'abandonnera jamais les enfants qui auront honoré sa présence divine dans les taber-
Aaol6« 49 h Urrei il ne repouisent jamais daa tai>eroacles éternels ceux qui Taurooi adoré iûui las voûta» du temple daiw le témoigoage le plua éclatant de sa tendresse et de son amour. Aimes donc la lainto Eu* oliarialie. £oiiseryei; pour elle, aocroissez aaua oesee en TOUS le respect qui lui est dû. Ayes eolu de vivre de telle aorte, que voVre unique douleur soit d*4tre privés de la nourriture céleste qui est distribuée h Vautel,
M Voulez*vous savoir la mesure et la règle du pro* grès de Dieu dans les ftmes? Vous les trouvères tou* jours dans cette sainte ardeur, dans cette soif divine, dans cette incessante faim de rEucbaristie. Voules* vous voir les premiers symptômes d'une eflfireuse détresse, les premiers signes d'une décadence, les premiers mouvements d'un cœur qui va périr? Cherchezles dans l'éloignement pour la sainte table, dans la froideur auprès des saints mystères, dans l'absence du chagrin et de la peine d'en être séparé, dans la sécheresse et le dégoût volontaires. Ainsi, mes frères, si yogs voulez avoir la règle de votre ferveur, avoir la mesure de ce que Dieu a droit d'attendre de vous, ayez soin do cultiver toujours l'amour de Notre-Sei* gneur dans le saint sacrement de l'autel. Oh ! vous qoi m'entendez, comprenez-vous ce respect, même inté* rieur, qui doit préserver dans votre cœur le respect intérieur de l'âme; ce respect, cette adoration qui fait tant de mal h l'impiCf qui fait tant de peine à son cœur, parce que votre foi est bien plus puissante contre lui que vos paroles, parce que le recueillement d'une assemblée entière est plus éloquent que la fou-* dre et plus puissant que le tonnerre? Conservez bien ce respoct profond de la divine Eucharistie : quand
Kotrê-Seigflêtjir paftêe, quê celiê BftSéûiblée soit ioajddrtf pfosi^niéé à let*re ei noa plus à genoux suf des 8ié^es< Oh I Je vous eu prie, que je vous laisse ce laiut culte de la majesté divlue I que toujours ou tous re* cotinalsse, et, dans tous les temples de Dieu, qu'on retrouve en tous le caractère sacré d*un catholique qui adore réellement iésus«Ghrlst dans rEucharistie. Dieu le veut t qu'aucuna considération humaine, excepté celle de la santé, qu'aucun respeot humain ne vous empêchent de payer extérieurement à Jésus^Chrlst le tribut de vos adorations. Ayet soin d'être toujours fléèles k eetie communion générale de la messe du dimanche; e*est encore là un acte d'adoration à la majesté dMne. Fuye«, autant que vous le pourrcst, ces communions particulières, ces actes de dévotion individuels, qui sont bons pour vous, mais qui ne sont pas pour la gloire de Dieu.
« Fuyei surtout les maximes de ceux qui reeom-= mandent ces dévotions isolées. Souvene2«vous que le premier témoignage d'un cœur catholique, c'est la gloire de Dieu. Tant que la gloire de Dieu vit dans un ccBur et le ftilt vibrer, ce cœur .a la vie; mais du jour ûh ce cteur est devenu égoïste, même pieusement, o& Il flè s'occupe que de lui, c*est un cœur qui dépérit et q«l tombe. C'est l'avant-coureur d'une ruine funeste^ Oui, le sentiment de l'amour de la gloire de Dieu, c'esl ravanl*murÉle qui défend touie la place. Il y a tft quelque cho3e qui empêche de jamais outrager celtd dont on aime le nom. On ne veut pas l'outrager en soi, parce qu'on ne veut pas qu'il soit outragé dans les amres; on veut l'adorer en soi, parce qu'on veut que les autres l'adorent aussL
« Tout ^^ml bieh, fidèles, ayet soin de ténloigner a*
voire Seigneur Totre amour par la charité; tout ce que nous ferons sera inutile tant que la charité ne sera pas en nous. C'est la charité qui est la règle et la mesure, non pas seulement de cette vocation dont nous parlions tout à Theure, mais de notre dévouement à Dieu. Nous ne pourrons être sûrs que nous aimons Dieu que quand nous aurons de la charité pour nos frères. Toutes les autres règles sont fautives; cellelà ne trompe pas.
« Je ne parle pas ici d'un sentiment de philanthropie» d'un sentiment d'humanité, d'un sentiment de compassion pour les autres : cela est impérissable dans le cœur de l'homme. On peut avoir tout cela, et même on a tout cela en dehors du christianisme. Mais Je parle de cette charité, c'est-à-dire de cet amour du prochain pour Notre-Seigneur, pour la gloire deNotre- Seigneur. Par conséquent, je vous recommande les œuvres paroissiales, les œpvres catholiques. Fuyez les œuvres individuelles. Un secours donné à un pauvre est une œuvre bien méritoire en soi ; mais donné par vous, il perd pour vous de sa valeur. La vanité, famour-propre, le sentiment de contentement qu'on éprouve, c'est une récompense qui nous attend. Hais la charité, passant par les mains de votre pasteur^ donnée par lui au nom de Notre-Seîgneur, la charité pastorale, c'est la charité de Notre^-Seigneur. C'est N<^e-Seigneur qui divine, c'est lui qui vous a envoyé le pauvre, et vous lui donnez à lui pour qu'il donne par votre main. Comprenez-le bien, et vous aiderez avec zèle votre pasteur dans les aumdnes. Regardez cela comme un devoir sacré. Il n'y a pas de mains plus pures que les mains des pasteurs; car ce n'est pas leur main, c'est la main de Jésus-Christ qpi donne.*
c II s^offire à voire ch^té» deux œuvres d'une immense importance : Tœuvre des pauvres houleux et Tœuvre si intéressante de l'Ouvroir, de ces quarante jeunes filles qui croissent an milieu de vous, sous vos ailes, et qui deviennent et deviendront des femmes essentiellement religieuses et chrétiennes dans le monde. Cette œuvre, je vous la recommande comme Tœuvre essentielle, comme le caractère divin de la charité de Notre-Seigneur. Il a dit : Lai$$ez les petite enfanté venir à moi. Remarquez-le : c'est du jour où cette œuvre a été établie dans cette paroisse que toutes les bonnes œuvres s'y sont multipliées; que nous avons été accablés quelquefois non seulement des dons de Dieu pour les répandre, mais encore de toutes les œuvres générales de la France, pour ainsi dire, accumulées. Pendant un carême, des sommes considérables ont été versées pour toutes les œuvres* Nous sommes même sortis de France : nous sommes allés à la Martinique, où nous avons porté trente-sept mille francs pour notre part; nous sommes allés plus loin encore, car nous sommes allés, pour la propagatioif de la foi, jusqu'aux extrémités du monde
c Mamtenant, pour vous, que vous dirai-je? Aimezvous les uns les autres par les élans sacrés de la charité. Ayez dans le dergé que je vous laisse toute la confiance qu'il mérite, c'est-à-dire, une confiance sans bornes Ayez pour le nouveau pasteur que je vous présenterai bientôt, au nom de Mgr l'archevêque, ce respect que vous avez eu pour notre personne, cet attachement que vous nous avez montré; et que Dieu vous bénisse de toutes ses bénédictionsi dans le temps et dans l'éternité. »
Le jeudi g août, veiHe du sacre, à VAngelui de midi et à ïAngfiluê du goir, les cloches de la paroisse, lancées à toutes Yolées, aufioDcèreot la solennité du lendemain. Le matin du 6 août, fête de la transfigvration de Notre-Seigneur sur le Tbabor, les olocbes préludèrent encore, à grandes volées» à la solennité du jour.
L'église se présentait décorée avec beaucoup de pompe* Par ordre, de la reine, les décorateurs pour les cérémonies royales avaient été chargés du soin d'orner le (entple, et les Menus-Plaisirs avaient fourni toutes les ridies tapisseries et tous les meubles. Audessus de Tautel principal, au fond du sanctuaire, s'élevaient de magnifiques draperies rouges bordées de franges dorées.et couronnées par des écussons aux armes de rarchevèqoe consécrateur, Mgr Afilre, et de révèque à sacrer*
Ml Olivier portait d^azùr avec une colombe d'arg^nt,de9ceodant en barre, les ailes également d'argent éployées.en bande, et tenant à la base de droit« un rameau d^oUvier d'or et d'azur. Il avait pour de** vise ; F^r^ fwmn, j'apporte la paix. Cm armoiries . n'oSraieat rien de nonveau aux yeux des paroissiens de Saint-Roch et des amis de M. Olivier. Ils connais* saient depuis longtemps son cachet particulier qui portait une colombe avec son rameau d'olivier, et cette devise en français : J'apporU la paùo. Seule- . meut le vol de la colombe symboUque était horizontal, sur le cachet. Ainsi ceux qui ont supposé que M. Olir vier s'était mis en frais d'imagination pour trouver
r SCS armes se sont cruclleraeDt trompés. Rien n*ét$ùl plus simple et plus naturel eo même temps,
A Tintérieur de Téglise, tous les piliers de la nef étaient enveloppés, dans toute leur longueur, d'une très belle draperie. Au-dessous, à la hauteur des lustres, on voyait des écussons aux chiffres de la paroisse Saint-Roch et de réglise d'Evreux; au pied de chaque draperie était un autre écusson aux armes de Tarchevéquc de Paris et de l'évêque d'Evreux,
Au devant du chœur, au milieu de la croix, s'élevait un grand autel à la romaine, richement orné pour la cérémonie. Cet autel était garni d'une croix au milieu et de six chandeliers avec six grands cierges, où étaient attachées les armoiries des deux prélats.
Le chœur aussi avait été richement décoré tout à Teniour dans le goût des décorations de la nef. Sur tous ces ornements venaient se refléter la lumière d'un grand nombre de lustres» établis sur deux rangs, depuis la porte principale d'entrée jusqu'au maUre^autel. Le tout présentait un coup d'œil féerique.
Dès sept heures du matin, une fouie immense se pressait dans la rue Saiot-Honoré et dans les rues voisines, pour entrer dans l'église Saint-Roch. Toute I9 paroisse avait pris un aspect de fête, et les équipa* ges refluaient jusqu'à la place Vendôme.
A huit heures, la nef, le chœur, les tribunes, Jes b^-côtés de la nef étaient remplis par les fidèles. MM. les curés de Paris étaient à droite de l'autel, près du irône de Mgr l'archevêque ; ils avaient à leur tète leur vénérable doyen, M. le curé de Saint-Nicolasdes-Champs , auquel M. Olivier avait écrit quelquefi jomu auparavant : « Je ne perdrai jamais le f9|ivfnir
c des vertus, de la science et du zèle de celai qui « marche à la tète du corps pastoral de Paris, plus € eocore en raison de ses travaux et de ses mérites , « qu'en vertu des années. » Le clergé du diocèse de Paris s'était donné rendez-vous au sacre de l'un de ses principaux membres, qui faisait rejaillir sur lui tant d'éclat , et remplissait le chœur. Celui de la paroisse occupait une place honorable dans cette imposante cérémonie. Les différentes communautés de la paroisse assistaient aussi à la consécration du prélat qui, pendant dix ans, avait été leur pasteur. Les ecclésiastiques de la province occupaient dans le chœur les places qui leur avaient été réservées.
Sont successivement arrivés, et ont été conduits à leur place, les ministres du roi , M. le maréchal Soult, président du conseil des ministres; M. Martin (du Nord), garde des sceaux et ministre des cultes; M.Duchàtel, ministre de l'intérieur; M. Humann, ministre des finances ; M. Villemain , ministre de l'instruction publique; M. Dessauret, directeur des cultes; les am-* bassadeurs de la Grande-Bretagne, de l'Autriche, de la Prusse, de l'Espagne, du Piémont, de Naples, de Belgique, et plusieurs autres membres du corps diplomatique; le préfet de la Seine; les maires du \^ et du S® arrondissement; le colonel de la deuxième légion de la garde nationale; le juge de paix ; Mgr Lemeicier, ancien évèque de Beauvais; Mgr Garibaldi, intemonce apostolique; les chanoines de la métropole; MM. les vicaires-généraux et les chanoines, re«* présentant le clergé d'Evreux ; les curés de Paris. Le banc de S. M. la reine était occupé par les dames de sa cour : le roi et la reine se trouvaient en ce moment aa château d'Eu. Les dames de charité étaient au banc
d^Buvre. M. le baron de Bray, président dâreonseil de fabrique, M. de Tourville, trésorier, M. Labbé, secrétaire, M. Lerat de Magnitot, M. le comte de Breteuil, M. le baron de Fréville , M. Piet, marguilliers de la paroisse, occapaient leurs places accoutumées.
A dix heures, la cérémonie commença : M. Tabbé Caron, maître des cérémonies à Saint-Sulpice, présidait à tous les détails du sacre avec cette intelligence ponctuelle qui le distinguait.
La consécration du nouvel évèque se fit au milieu de l'attention générale et du plus profond recueillement, selon les cérémonies prescrites par le pontiflcal romain.
La mitre que Tarcbevèque consécrateur posa sur la tète de M. Olivier était un don de Marie-Amélie, reine des Français ; elle était enrichie de diamants d'un grand prix; elle brilla aux regards des assistants émerveillés de tous les feux des lustres qui se reflétaient sur Tor et les diamants.
Après la pose de la mitre sur la tète, on intronisa le nouvel évèque : Tarchevèque consécrateur et le premier évèque assistant, le prenant chacun par la main, le firent asseoir sur le siège épiscopal que le célébrant occupait auparavant. Puis Tarchevèque consécrateur entonna le Te Deum^ qui annonçait que tout était terminé.
Il s'est rencontré des gens, à Tespril étroit, qui reprochaient à M. Olivier de n'être pas noble, et ce sont des roturiers pour la plupart qui lui adressaient ce singulier reproche. Eh bien I Tinspiration de son cœur lui donna Theureuse idée d'honorer son origine plébéienne au jour le plus solennel et le plus glorieux de sa vie. En présence de toutes les grandeurs et de toutes
les illu^trftHons de son pays, devant les ministres da roi, sous les yeux des représentants des puissances étrangères et de cette immense et brillante- assemblée, la première pensée du fils du peuple fut pour son père ; son premier acte d'évêque fut d'aller, mitre en tête et la crosse à la main, droit à son père, courbé sous le poids de sa quatre-vingt-quatrième année, et de lui donner sa première bénédiction. Quelle différence entre lui et Jean-Baptiste Rousseau, qui renia son père devant une seule marquise ! L'émotion de M. Olivier était visible, et bien partagée par tous les assistants, en voyant le pieux et vénérable vieillard, Claude Olivier, se courber profondément pour être bénit par son Ris ! Le nouveau prélat leva en même temps les yeux au ciel : ce regard était pour sa mère I
On avait pu juger, par rafifluence de toutes les niastrations de la capitale et le concours des fidèles, quel vif intérêt avait excité le nouvel évêque; et comment il avait été accueilli dans toute Téglise Saint-Roch avec les marques d'un profond respect. Quoiqu'il y eut un monde considérable, bien que la plupart ne pussent voir aussi bien, il ne s^était pas fait le moindre bruit; ce que l'on ne saurait attribuer à la présence de quelques officiers de paix disperses dans la vaste enceinte. L'autorité civile s'était montrée parfaitement intentionnée, et, si elle n'avait pas fait un plus grand déploiement de forces, c'est qu'elle était sûre, ainsi que le clergé de la paroisse, de l'excellent et du pieux esprit de la foule qui se portait dans les grandes solennités à Saint-Roch. Il y avait là rhabitude contractée de l'ordre.
Pendant toute la durée de la cérémonie, tons les regards avaient été constamment tournés vers ceprê-
ire si admirableméDt connu, qal recevait en ce momeni la plénitade du sacerdoce» et qui, absorbé dans la pensée des grâces et des devoirs de son divin ministère, semblait n'avoir rien vu. Plusieurs versaient d'abondantes larmes, et qui n'eût alors envié le bonheur qui attentait l'église d'Evreux ?
Le lendemain du sacre, Mgr Tévêque d'Evreux célébra les saints mystères dans la chapelle du Calvaire de la paroisse Saint-Roch, et donna la communion à tous les enfants qui avaient fait cette année leur première communion. L'après-midi, il donna la confirmation à ces mêmes enfants et à un grand nombre d'adultes. L'affluence des ûdèles était considérable. Deux fois il monta en chaire, et il émut vivement son auditoire par deux chaleureuses improvisations. Un salut solennel suivit la cérémonie de confirmation.
Le jour suivant, dimanche 8 août, le prélat assista de son trône à l'office paroissial. Dans le courant de la journée, il reçut les adieux d'un grand nombre de personnes notables de la paroisse. Les communautés vinrent aussi recevoir sa bénédiction pour la dernière fois : on remarqua surtout les jeunes filles de l'Ouvroir, qui, an retour, montraient toute la douleur dont les pénétrait le départ du pasteur qui leur avait servi de père. La plupart des personnes qui sortaient du presbytère fondaient en larmes. Les mêmes scènes se renouvelèrent toute la journée du lundi. Dès avant la fin du jour, la foule, qui se pressait aux abords du presbytère Saint-Roch, augmentait toujours jusqu'au
momeBi du départ du prélat, à qui, par des signes son équivoques d'une affectueuse sympathie, elle faisait de derniers et touchants adieux. Le chemin de fer de Rouen n'était pas encore ouvert; vers dix heures du soir, le prélat monta en voiture, et partit pour Ëvreux. Les nombreux amis qui avaient voulu raccompagner le suivirent dans une diligence qu'ils avaient louée pour le voyage.
Le même jour, à Evreux, on distribuait, au nom du prélat, à toutes les familles indigentes un pain de quatre kilogrammes et de l'argent pour le pot-aufeu. Pour lui, il ne partait pas riche : une seule pièce de cinq francs avait été oubliée dans sa bourse! It